Théâtre et philosophie ne semblent a priori pas faire bon ménage. Nicolas Truong, responsable des pages débats du Monde, nous prouve le contraire avec Projet luciole, joli succès au Monfort la saison dernière. Cette pièce hybride y fait son retour pour le plus grand bonheur du public car l’angle adopté par le metteur en scène se situe à mille lieux d’un quelconque pédantisme. Privilégiant une approche ludique, ce patchwork de concepts philosophiques se veut enjoué, à défaut d’être totalement compréhensible en regard de la complexité des propos. Judith Henry et Nicolas Bouchaud restituent avec gourmandise et espièglerie le plaisir des bons mots des penseurs de notre temps. Un ovni précieux et exigeant à découvrir.

Une pluie de livres tombe du plafond à la mention des grands philosophes du XXè siècle. Arendt, Agamben, Badiou, Rancière, Benjamin… L’occasion de faire dialoguer la pensée critique dans un esprit de complémentarité et de découverte. Les sensibilités s’entremêlent, le patchwork s’avère parfois difficile à suivre mais paradoxalement ce ne sont pas les discours philosophiques qui captivent l’attention mais bien le talent indéniable de la mise en scène de Nicolas Truong, Les lucioles de l’innocence et du savoir prennent magiquement vie dans la cabane du Montfort : tantôt ronds éblouissants, tantôt livres phosphorescents… Pas de pensées vulgarisées ici mais un spectacle intelligent et accrocheur sous une forme théâtrale ingénieuse et culottée. Dans ce fourmillement d’idées, Judith Henry et Nicolas Bouchaud se transforment en bestioles lumineuses attachantes et vives. La première possède l’insolence malicieuse du regard tandis que le second cultive un air farfelu et rêveur captivant. Tour à tour amants, amis ou rivaux (dans un savoureux duel conceptuel), le duo s’approprie avec délectation les aphorismes des philosphes.

Même si la portée philosophique de Projet luciole, pour ambitieuse qu’elle soit, peut dérouter par son hermétisme textuel, la mise en scène séduisante et accrocheuse de Nicolas Truong déporte le regard sur l’ambiance délurée et joviale de l’ensemble. Dirigeant avec virtuosité deux comédiens épatants, il parvient à dépoussiérer sérieusement la philosophie. Objectif atteint ! ♥ ♥ ♥

© Mathilde Priolet
© Mathilde Priolet
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