Pour célébrer les quatre cents ans de la naissance de Molière, Sébastien Pouderoux et Stéphane Varupenne ont voulu monter Les Précieuses ridicules, le premier succès parisien de Monsieur Poquelin. Au Vieux-Colombier, cette courte satire corrosive des précieuses résiste à l’épreuve du temps et se teinte d’une coloration musicale bienvenue et endiablée. Les deux metteurs en scène ont choisi de ne pas juger le duo féminin et de leur laisser une chance. Bien leur en a pris car Magdelon et Cathos deviennent finalement très attachantes !

En être à Paris est un vrai sacerdoce : la concurrence est tellement rude ! Nos deux provinciales veulent se faire une place au soleil et transforment leur salon en chambre d’expérimentations artistiques d’un nouveau genre. Happenings, performances picturales, poétiques et musicales… Les deux sociétaires ont opté avec malice pour une transposition moderne qui fustige avec tendresse notre prétention à devenir artistes en étant partisans du moindre effort. Star Academy, les chorégraphies Tik Tok, les tutoriels sur les réseaux sociaux, entre autres, ont favorisé l’éclosion d’une nouvelle génération, persuadée de réussir avec ces nouveaux outils à leur disposition. Des accents féministes, à propos, se font également entendre lors d’une scène engagée particulièrement intense : le mariage (forcé) est sévèrement condamné alors que le droit des femmes à disposer d’elles-mêmes encensé.

L’intelligente scénographie d’Alwyne de Dardel nous immerge dans le temple du factice. Le public est en effet accueilli dans un salon à la décoration criarde : tout pique les yeux et sonne faux : il suffit de jeter un oeil au papier peint matelassé d’un bleu douteux pour s’en persuader. Des objets de mauvais goût trônent sur les murs à l’instar de ce panier de basket en strass. Des bâches recouvrent des chaises, des travaux semblent se préparer. Dans ce bazar hétéroclite, la littérature jonche le sol en piles poussiéreuses utilisées comme ballons de basket ! On comprend alors que tout n’est que faux semblants. Et que dire des vêtements bariolés, à proprement importables comme cette jupe immense fort inconfortable ?

Cet espace en devenir, chantier modulable, devient le terrain de jeu de comédiens en pleine forme à commencer par Jérémy Lopez qui vole la vedette à ses camarades. Chien fou, déchaîné, il se surpasse dans l’improvisation et nous laisse exsangues. Son madrigal « Au voleur » devient un morceau de bravoure méritant le déplacement malgré sa longueur. Vive l’auto-tune ! Sébastien Pouderoux et Stéphane Varupenne assurent en musiciens/chefs d’orchestre : guitare, piano, trombone… Rien ne leur résiste. Leurs talents musicaux apportent du cachet à la représentation.

Enfin, notre duo de précieuses joue de sa complémentarité : si Séphora Pondi rayonne en coquette sûre d’elle et imposante ; Claire de la Rűe du Can campe un personnage plus mal à l’aise et en retrait. Le mentor et sa protégée se sont bien trouvés ! On a presque envie de s’en faire des amies et L’épilogue, glaçant, accentue la violence de l’humiliation et se passe de mots. Il est intéressant de noter à cet égard qu’un retournement de situation s’opère : Cathos, révoltée, quitte la scène en brisant une guitare alors que Magdelon s’accomode de la situation en transformant l’instrument déchu en oeuvre d’art ! Un pied de nez à l’art contemporain, sans aucun doute.

LES PRÉCIEUSES RIDICULES de Molière. M.E.S de Sébastien Pouderoux et Stéphane Varupenne. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 1h10. ♥ ♥ ♥ ♥

© Vincent Pontet, coll. Comédie-Française