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Décidément, Florian Zeller semble obsédé par la famille et ses complications. Avant Le Père, l’écrivain avait déjà signé La Mère en 2010, avec une Catherine Hiegel toujours aussi épatante. La pièce revient au Théâtre Hébertot pour l’automne. Zeller y explore subtilement les tourments d’une mère abandonnée par son fils adoré et les dérives d’un amour étouffant voire incestueux. La partition zellerienne joue habilement sur le flou fantastique entourant son texte. Marcial di Fonzo Bo est parvenu à saisir ces zones brouillées dans une mise en scène chirurgicale. À voir de toute urgence !

Anne s’ennuie depuis que Sarah et Nicolas, ses deux grands enfants, ont déserté le foyer familial. Quant à son mari Pierre, il se paye des vacances au soleil avec sa maîtresse en prétendant assister à des séminaires. Profondément déprimée, cette femme ingurgite de l’alcool, des pilules bleues et des somnifères. Son sentiment d’abandon la déchire de toute parte jusqu’à ce que le fils prodigue revienne au bercail suite à une rupture douloureuse. La joie rayonne de nouveau pour Anne mais le bonheur sera de courte durée…

La saveur de La Mère provient à la fois de sa construction fondée sur des variations de répétitions et des détails dans les redites et de la porosité entre réel et délire. Impossible de démêler si Nicolas n’est qu’un fantôme dans l’esprit d’Anne ou s’il retourne effectivement auprès de sa mère. La structure en échos oblige à reconsidérer l’ensemble des scènes précédentes et à repérer les failles dans le discours. En tout cas, Anne se définit par sa souffrance sans borne : Zeller a su dessiner son personnage avec beaucoup de justesse et de nuances. Ses piques vachardes envers son mari ou sa belle-fille sont hilarantes tandis que sa tentative de suicide bouleverse. La relation surprotectrice qu’elle tisse avec son fils s’avère loin d’être caricaturale. Son amour n’est pas excessif, elle réagit comme une mère déboussolée par la rupture d’un quotidien auparavant heureux comme à l’image de la préparation de ces petits-déjeuners.

On ne le répétera jamais assez mais Catherine Hiegel continue de nous enchanter sur scène. De sa voix rauque et chaude, elle campe une mère piquante, séductrice, désarçonnée, pleine d’espoir et folle d’amour. Sa petite robe rouge achetée pour une occasion spéciale, ou ses repas de fruits de mer qu’elle souhaite partager avec son fils constituent autant de leitmotivs émouvants. Marcial di Fonzo Bo place l’intrigue au centre d’un décor clinique blanc métaphorisant les divagations d’Anne. La pièce dure un peu plus d’une heure mais le metteur en scène insuffle une belle tension à l’ensemble.

Pas de doute : La Mère est à inscrire dans le calendrier de vos prochaines sorties théâtrales. Écriture affûtée, jeu démentiel de Hiegel, mise en scène maligne. N’hésitez plus ! ♥ ♥ ♥ ♥

© Lot
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