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L’Écoles des femmes en rouge et noir de Braunschweig

Molière à la salle de gym, est-ce vraiment raisonnable ? Une petite moue dubitative s’esquisse sur nos lèvres en apercevant Arnolphe et son ami Chrysalde suer sang et eau sur des vélos d’appartement. Les disciples de Véronique et Davina sont un peu à la peine dans cette scène d’exposition laborieuse. Quel est le sens de cette métaphore sportive ? Se maintenir en forme pour séduire Agnès, la jeune femme qu’Arnolphe a éduquée loin du monde ? Installer d’emblée l’importance du corps chez Molière ? On ignore où veut réellement en venir Stéphane Braunschweig au début de L’École des femmes. On sent que la soirée va être longue si la suite se révèle du même acabit.

Ouf ! Cette bizarrerie ne s’éternise guère. Durant cette mise en bouche déconcertante, on aura eu le temps d’apercevoir le décor : un sol rouge sang, du noir partout et une immense vitre teintée qui trace une frontière poreuse entre la sphère du social et celle de l’intime, (la chambre de Suzanne). Entre donjon SM sadien et caverne vampirique, notre cœur balance. Faudrait-il comprendre qu’Arnolphe est un démon pervers ?

La direction d’acteurs du patron de l’Odéon se montre sans doute plus ambigüe. Claude Duperfait compose un insaisissable serpent : on éprouve de la compassion envers ce pauvre bougre qui a bien du mal à assumer son amour un brin incestueux. Une compassion en même temps atténuée par l’inflexibilité du personnage, qui veut aller jusqu’au bout de son idée folle de mariage. Le comédien n’est jamais dans la caricature : plein d’une violence rentrée, on le sent bouillonner en permanence sans jamais vraiment exploser. Il ne tient pas en place, égaré dans les tourments d’un amour impossible.

Face à lui, Suzanne Aubert campe une Agnès moins futile qu’il n’y parait. À la voir manier avec dextérité une paire de ciseaux aiguisée, on se demande si ce n’est pas elle qui aurait tué le petit chat.. Par ennui peut-être ? Elle se cherche cette fleur en quête d’épanouissement. Avatar nabokovien, cette Lolita en herbe, moulée dans un simple T-shirt et un mini-short en jean, hypnotise. Gracile, la comédienne passe d’une ravissante ingénuité à une savoureuse effronterie. Il faut l’observer rire à gorge déployée lorsqu’elle Arnolphe lui lit consciencieusement le manuel de la parfaite épouse. Il faut observer avec quel aplomb elle éconduit son père de substitution, estomaqué. La poupée enfermée dans sa cage en verre s’est métamorphosée en une lionne farouchement attachée à sa liberté. Qui ose dire non et qui suit les élans de son désir. ♥ ♥ ♥ ♥

L’ÉCOLE DES FEMMES de Molière. M.E.S de Stéphane Braunschweig. Théâtre de l’Odéon. 01 44 85 40 40 . 1h50

© Simon Gosselin

L’ÉCOLE DES FEMMES de Molière. M.E.S de Stéphane Braunschweig. Théâtre de l’Odéon. 01. 1h50

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Seasons of Love

Retenez bien son nom : Alexander Zeldin. Encore inconnu en France, le trentenaire britannique a fait chavirer d’émotion l’Odéon. Avec Love, l’ancien assistant de Peter Brook met un coup de projecteur sur les exclus de la société, sans racolage ni misérabilisme. Des paroles saisies sur le vif, troublantes d’authenticité. Un théâtre du quotidien où la vraie vie rejaillit sur scène et vous prend à la gorge.

Le vivre-ensemble est une expression devenue tellement galvaudée qu’elle semble en avoir perdu son sens. Pourtant, le noyau qui gravite autour d’un foyer d’urgence insalubre n’a pas le choix. La cohabitation s’avère compliquée ; l’intimité difficilement permise. La pièce, écrite à partir de témoignages malheureusement bien réels, tente une radiographie de ces laissés pour compte qui n’abandonnent pas. Dean et sa petite famille ; leur voisin-ovni et sa mère malade ; un réfugié syrien et une exilée soudanaise essayent de s’apprivoiser, non sans difficulté. Les toilettes, à jardin, constamment occupées rendent criante la métaphore de la promiscuité indigente. Et pourtant, quelle dignité dans le traitement de ce combat de tous les jours !

Le dramaturge expose sans fard la précarité de ces honnêtes gens qui n’arrivent plus à  joindre les deux bouts. Sans tomber dans un voyeurisme malsain, il s’appuie sur des silences éloquents, des regards, une langue crue ainsi que sur une élégante pudeur qui évite le démonstratif. Le public, très proche de la scène, se retrouve partie prenante dans cette odyssée de l’intime.

L’amour en partage
L’émotion vous cueille sans y prendre garde. Vous vous surprenez à sentir des larmes salées couler le long de vos joues tandis que cette femme âgée (campée par Anna Calder Marshall, bouleversante de lucidité) dont le corps lâche, passe, les yeux dans le vague, parmi les spectateurs, à la recherche d’une main tendue. Et là, la magie du théâtre opère : on la tend spontanément cette main, on veut accompagner les derniers instants de Barbara. Un silence règne aux Ateliers Berthier. Une silence d’une beauté saisissante qui invite à goûter aux joies du partage.

Love pourrait glacer le sang par ses thématiques bien sombres. Pourtant, le désespoir ne gangrène jamais les éclairs heureux qui illuminent l’espace. Oh, il suffit de trois fois rien pour esquisser un sourire : un shampooing au liquide-vaisselle, une petite qui se prend pour un professionnelle du gospel, un baiser d’amour pur qui scelle la promesse d’un futur plus radieux. L’amour comme ultime protection contre les coups du sort.

Saluons-les tous : Janet Eduk, le sourire toujours aux lèvres, épatante en compagne enceinte jusqu’aux dents ; Emily Beacock, adorable gamine étonnamment mature pour son âge ; Luke Clarke, père courage droit dans ses bottes ; Nick Holder, voisin bien mystérieux et maladroit ; Waj Ali, fantôme boiteux au mutisme sympathique ; Mimi Malaz Bashir, discrète exilée et Yonatan Pelé Roodner, ado rebelle amateur de rap. Ce sont eux qui composent la galaxie Love. ♥ ♥ ♥ ♥

LOVE d’Alexander Zeldin. M.E.S de l’auteur. Théâtre de l’Odéon puis Comédie de Valence. 1h30

© Sarah Lee

Florence Viala, une Locandiera de caractère

Alain Françon connait bien Goldoni. Il avait déjà monté au Français une formidable Trilogie de la villiégature. L’ancien directeur de la Colline retrouve la troupe de Molière pour La Locandiera. Comme toujours avec Françon, pas de révolution théâtrale en vue mais une direction d’acteurs à couper le souffle et un respect du texte. Après La Nuit des rois ultra sexuelle de Thomas Ostermeier, un vent plus conventionnel souffle salle Richelieu. Ce qui n’est pas pour nous déplaire ! L’occasion pour Florence Viala d’illuminer la scène de sa présence malicieuse et si sensible.

Mirandolina mène son petit monde à la baguette. Aubergiste florentine appréciée de tous, elle navigue entre une foule de prétendants. Ce n’est pas de sa faute si tout le monde tombe amoureux d’elle ! Et pas n’importe qui s’il vous plait ! Un Comte dépensier et un Marquis pingre se disputent ses faveurs, en vain. Elle tient à son indépendance la belle… L’insulte d’un Chevalier misogyne va piquer la dignité de la locandiera au vif. Bien décidée à laver cet affront, elle se lance dans une entreprise de séduction qui se retournera contre elle…

Au centre de la distribution, Florence Viala rayonne avec une assurance lumineuse. Elle sait insuffler à ce rôle ambigu suffisamment de complexité pour ne pas faire de Mirandolina qu’une simple manipulatrice. Orpheline et célibataire, elle doit se débrouiller seule pour survivre. Son franc parler le dispute à sa duplicité envers le Chevalier. La sociétaire souffle le chaud et le froid avec intensité entre être et paraître.

Autour d’elle, gravite un essaim de mâles en pleine forme à commencer par le duo Michel Vuillermoz/Hervé Pierre qui se tire constamment dans les pattes avec une exquise délectation. Impeccable en homme du peuple digne et impassible, Laurent Stocker tempère les ardeurs de tout ce beau monde. Enfin, Stéphane Varupenne amène de la densité à  son interprétation du Chevalier. Détestable au premier abord, il gagne peu à peu notre sympathie en homme rongé par le désir et les brûlures de l’amour.

Alain Françon sait exactement où il doit mener ses comédiens et toutes les pièces du puzzle s’assemblent harmonieusement. Le décor taupe, d’un doux rustique, de Jacques Gabel, tout comme les détails raffinés des objets, évoque un cadre accueillant. On s’y sent bien… Une soirée très agréable en perspective, dans le respect des traditions. ♥ ♥ ♥ ♥

LA LOCANDIERA de Carlo Goldoni. M.E.S d’Alain Françon. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h.

© Christophe Raynaud de Lage

Résilience musclée

Généralement, quand un artiste monte sur scène, il endosse le costume d’un personnage. Il se met dans la peau d’un autre le temps de la représentation. Ce n’est pas le cas de Gaël Leiblang. Le journaliste sportif transforme une expérience personnelle douloureuse, la perte de son fils, en une course contre la montre désespérée. Au Lucernaire, Tu seras un homme papa aborde le processus de la résilience avec une maladresse touchante, celle d’un comédien amateur qui tente de se reconstruire par le jeu.

La naissance d’un enfant constitue sans aucun doute l’un des plus beaux cadeaux au monde. Quand Gaël assiste à la naissance de son fils Roman, il est fou de joie. Cependant, les mauvaises nouvelles s’accumulent rapidement car le nourrisson souffre de malformation congénitale. Comment se relever après ce coup de massue ?

À toute allure
Afin de symboliser l’échéance infernale de la mort précoce du petit, Thibault Amorfini signe une mise en scène fiévreuse où le corps délivre sa propre vérité. La métaphore du sport tourne à plein régime ici : course, corde à sauter, escalade horizontale… Autant de façons de se dépenser et de maintenir en haleine le public. L’issue fatale ne fait aucun doute mais l’activité physique s’érige comme un palliatif face à ce terrible coup du sort. S’épuiser comme une brute pour tenter d’oublier le malheur…

Gaël Leiblang se livre corps et âme sur scène : à l’écriture et au jeu, il se confesse sans pathos sur une injustice éprouvante. Le fait qu’il soit sur les planches depuis finalement peu de temps confère de la fraîcheur à son interprétation. Tout n’est pas parfait et c’est cette fragilité qui émeut. Un spectacle sensible qui ne laissera pas indifférent. ♥ ♥ ♥ ♥

TU SERAS UN HOMME PAPA de Gaël Leiblang. M.E.S de Thibault Amorfini. Le Lucernaire. 01 45 44 57 34. 50 min.

© Véronique Fel

La jalousie va si bien à Romane Bohringer

Il existe des comédiennes qui n’ont pas besoin de se forcer pour être dans le vrai. Romane Bohringer est de cette trempe là. Désarmante de naturel, elle se glisse dans la peau d’une femme rongée par la jalousie. Seule sur scène, elle fait sienne la prose crue et violente d’Annie Ernaux. Pierre Pradinas, son fidèle compagnon de route, la conduit vers une intense « occupation », celle d’une actrice habitée par son personnage.

Qui n’a jamais connu la jalousie ? Ce sentiment déchirant et illusoire de vouloir imposer constamment sa présence à l’être aimé. Cette torture de ne plus être soi et de ne vivre qu’en fonction de l’autre, de s’immiscer dans sa nouvelle vie. Elle, elle connaît cette escalade dans la violence. C’est pourtant elle qui est à l’origine de la rupture avec W. Par lassitude et par souci de préserver sa liberté, elle le quitte. Bien mal lui en a pris. L’absence oblige à combler des manques. Elle n’arrête pas de penser à la femme qui l’a remplacée. La traque commence : nom, prénom, adresse, métier. Ce poison la contamine et lui fait du bien en même temps. Drôle de ménage à trois !

Romane Bohringer illumine le Théâtre de l’Oeuvre de sa folie espiègle. Solaire, elle prend le public en otage de ses confidences avec sincérité et surtout beaucoup d’auto-dérision. Elle fait ressortir tout l’humour du texte d’Ernaux qui n’apparait pas forcément à la lecture. Elle s’empare des mots avec une gourmandise de petite fille, heureuse d’être sur scène. Aussi explosive que narquoise, voici une véritable bête de scène !

On se demande encore pourquoi Pierre Pradinas s’est compliqué la vie avec des artifices de mise en scène. Des vidéos platement illustratives ainsi qu’un musicien parasitent la présence de la comédienne, qui se suffit amplement à elle-même. Davantage de simplicité, une ambiance plus intimiste, n’auraient pas fait de mal à l’ensemble.

Ces quelques fausses notes n’entachent en rien la qualité de ce spectacle, très fort, qui trouvera sans aucun doute des résonances en chacun d’entre nous. ♥ ♥ ♥ ♥

L’OCCUPATION d’Annie Ernaux. M.E.S de Pierre Pradinas. Théâtre de l’Œuvre. 1h05. 01 44 53 88 88.

© Marion Stalens

Mogador s’encanaille avec Chigago

Mogador s’encanaille drôlement ! En programmant Chicago, le temple parisien du musical s’enveloppe d’une aura sulfureuse et jazzy. Faisant la part belle aux femmes, le show minimaliste et léché met en lumière deux artistes éblouissantes. Sofia Essaïdi et Carien Keizer mènent la barque en prisonnières revanchardes.

Du noir et des paillettes. Une bonne façon de résumer Chigago. Le fantasme de reconnaissance et la gloire des projecteurs se heurte violemment à la réalité blafarde et étriquée de la prison. Roxie Hart et Velma Kelly sont deux criminelles-artistes qui considèrent finalement leur enfermement comme une chance de briller. Ou plutôt leur ticket vers la sortie. L’intrigue, qui joue avec les espaces-temps, souligne la beauté fatale et vénéneuse de ces meneuses de revue au caractère bien trempé.

La chorégraphie très alanguie et aguicheuse d’Ann Reinking entraîne dans une danse endiablée. Beaucoup de corps à corps sur un espace finalement assez réduit. Mogador nous a habitués à beaucoup plus d’extravagance. Peu de décor ici, pas de changement de costume, peu de personnages… Tant mieux ! On peut davantage se concentrer sur les deux vedettes de la soirée. Sofia Essaïdi, d’une assurance féline et gracieuse, dévore la scène avec un appétit insatiable. Plus pétillante, Carien Keizer dévoile tout son potentiel comique en apprentie star. Jean-Luc Guizonne, en avocat charismatique, contrebalance l’omniprésence féminine.

Intégralement revisitée en français grâce aux soins de Nicolas Engel, cette version n’a pas à rougir de son illustre aînée et la traduction des chansons tient la route. Entre jeux de mots sympathiques et rimes bien troussées, on ne perd pas le nord. Bravo ! ♥ ♥ ♥ ♥

CHICAGO. Théâtre Mogador. 01 43 72 17 00. 2h25 (entracte compris)

Hard, une comédie qui donne la trique

Porno et comédie, mariage heureux ? On salive de plaisir en sortant du Théâtre de la Renaissance. Bruno Gaccio à l’adaptation et Nicolas Briançon à la mise en scène ont osé mettre le X sur le devant de la scène avec panache et effronterie. Dialogues savoureux, situations cocasses, personnages bien croqués et comédiens qui mouillent la culotte : que demande le peuple ? Une bonne dose de culot ragallardit les troupes et les rires ne se font pas prier. On en redemande !

Comment une mère de famille catholique irréprochable pourrait-elle se retrouver à la tête d’un empire du porno sur le déclin ? Le ciel tombe sur la tête de la pauvre Sophie lorsqu’elle prend connaissance de cet héritage inattendu et encombrant à la mort de son mari. La collision entre les convenances et l’absence totale de tabous fait tout le charme de Hard. Le public pénètre dans l’univers intrigant des films pour adultes et découvre les rouages de cette industrie peu scrupuleuse avec beaucoup d’entrain.

Pas le temps de s’ennuyer ici ! Les jeux de mots douteux pleuvent tout comme les répliques cultes (que la décence nous interdit de reproduire ici). L’alternance tournage/gros plan sur Sophie s’installe avec fluidité, à l’image du décor dynamique de Juliette Azzopardi.

Passer de la mère coincée à la femme d’affaires aguerrie est une métamorphose qui sied parfaitement à Claire Borotra, si frêle en apparence. Celle qui a incarné Marilyn sur scène sait aussi se montrer féroce. François Vincetelli est irrésistible en playboy bien calibré. Entre le beauf et le romantique, notre cœur balance. La complicité ne fait pas de doute avec sa partenaire.

On adore détester Isabelle Vitari, odieuse en meilleure amie fourbe. Nicole Croisille, délicieuse en belle-mère franc du collier, amuse la galerie dans un rôle à contre-emploi.  Stephan Wojtowicz est impayable en réalisateur flegmatique et l’accent faussement espagnol de Charlie Dupont Stephan Wojtowicz déclenche des éclats de rire perpétuels. La sauce prend bien avec Hard ! ♥ ♥ ♥ ♥

HARD d’après la série de Cathy Verney. M.E.S de Nicolas Briançon. Adaptation de Bruno Gaccio. Théâtre de la Renaissance. 01 42 08 18 50. 1h45

© Charlotte Spillemaecker

Les lucioles de l’amour selon Thomas Jolly

Il y a toujours une curiosité presque enfantine à découvrir le premier spectacle d’un metteur en scène en vue. Avec Arlequin poli par l’amour, Thomas Jolly dévoile d’emblée son ADN, sa patte. À mi-chemin entre Beetlejuice et la fête foraine, son travail exhume notre âme de gosse et entraîne les sens dans une féerie éveillée. La Scala, récemment ouverte, a bien fait de programmer ce bonbon piquant.

Si Marivaux a écrit des chefs-d’œuvre, certaines de ses pièces sont complètement passées à la trappe. Certaines à tort. C’est le cas d’Arlequin poli par l’amour, une délicieuse variation sur la naissance du désir et les dangers qu’il y a à vouloir le contrarier. Le cadre est simple, tout comme l’action. Une puissance fée tombe amoureuse d’un Adonis sans savoir qu’il est sacrément bête. Bien décidée à parfaire son éducation sentimentale, elle se lance dans une entreprise désespérée. Le jeune homme succombe aux charmes de Silvia, gentille bergère. Ce coup de foudre inattendu attise évidemment l’ire de la sorcière…

Peut-on forcer quelqu’un à tomber amoureux de soi ? La réponse est évidemment négative. C’est ce violent affrontement entre l’innocence des premiers émois et la furie d’une passion à sens unique qui irrigue l’intrigue de la pièce.

Enchantement de tous les instants
Ce que propose Thomas Jolly relève d’un véritable enchantement visuel. Peu de moyens mais tellement d’effet ! Confettis, ballons, costumes de mouton, lumières chromatiques, musique entraînante, esprit cabaret… Tout concourt au plaisir dans cette relecture mi-dark, mi-canaille d’un marivaudage allégé et qui va droit au but. Tout comme sa proposition bien secouée qui bénéficie de l’abattage infaillible d’une belle brochette de comédiens.

On adore la sorcière-castafiore baroque campée par Julie Bouriche. Charlotte Ravinet est une Silvia mutine, attachante et entière tandis que Romain Tamisier est un Arlequin tout en facettes, de l’idiot béat à l’amoureux transi en passant par l’effrayant despote.

Entre ombre et lumière, cet Arlequin embarque le public dans une odyssée amoureuse aussi périlleuse qu’exaltante. Populaire et dynamique, ce premier spectacle esquisse tous les ingrédients phares des futurs succès de Thomas Jolly. On retrouve avec joie ce qu’on a tant aimé chez lui : une candeur touchante qui renvoie à l’enfance et au jeu. Tout en n’occultant jamais une certaine noirceur, ici la transition délicate entre la jeunesse et l’âge adulte. ♥ ♥ ♥ ♥

ARLEQUIN POLI PAR L’AMOUR de Marivaux. M.E.S de Thomas Jolly. La Scala. 01 40 03 44 30. 1h15

© Nicolas Joubard

Christelle Reboul et Jean-Pierre Michaël : un couple saveur nature entre fantasme et routine

L’amour serait-il une illusion ? Dans La Vie rêvée d’Helen Cox, Antoine Rault entretient le mystère entre fantasme hollywoodien et routine crispante. Entraînante et piquante, la mise en scène de Christophe Lidon décortique la mécanique du couple en misant sur de délicates vapeurs oniriques. L’ensemble est joliment troussé ; l’alchimie entre Christelle Reboul et Jean-Pierre Michaël y est sans doute pour beaucoup.

Les histoires d’amour commencent souvent tels des contes de fée ; celle d’Helen et de Paul n’échappe pas à la règle. Leur rencontre dans une galerie d’art se montre riche de promesses. Les années passant, le désir s’émousse tout comme la représentation d’une relation idéale. Alors Helen rêve sa vie et se réfugie dans des films à l’eau de rose. Un moyen de supporter l’éloignement et l’incompréhension. Comment s’extirper du rêve pour retomber dans la réalité ? Peut-on concilier les deux ?

Le sel du couple
Sur un thème rabattu, Antoine Rault propose une comédie qui tient la route en évoquant avec justesse les aléas de la vie à deux, les moyens de combattre le train-train qui use les sentiments. De la rencontre à la vieillesse. Christophe Lidon a su accentuer avec soin les envolées lyriques et caricaturales des films à l’eau de rose, drapées justement dans de douces lumières roses. Christelle Reboul et Jean-Pierre Michaël passent en un claquement de doigts de l’exaltation hystérique au désenchantement énervé. Ils s’investissent avec énergie dans leur rôle. On y croit car ils sont à la fois drôles et touchants dans leur humanité, dans leur rupture et leurs retrouvailles. Une comédie pimpante mais plus profonde qu’il n’y paraît. On y va ! ♥ ♥ ♥ ♥

LA VIE RÊVÉE D’HELEN COX d’Antoine Rault. M.E.S de Christophe Lidon. Théâtre La Bruyère. 01 48 74 76 99. 1h15

© Lot

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