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Enchantement créole au Studio-Théâtre

Comme chaque année, le Studio-Théâtre nous régale avec une adaptation jeune public de grande qualité. Le cru 2021 met en lumière Hansel et Gretel. Le conte sombre des frères Grimm se colore de reflets créoles dépaysants. D’origine haïtienne, Rose Martine s’approprie avec malice et intelligence ce classique de la littérature enfantine. Un voyage en terre (in)connue qui mérite le détour.

Sur le plateau, la forêt touffue a laissé place à un univers végétal à l’abandon : sol sec et craquelé, squelette d’arbre couché configurant une ossature dérisoire de maison. Cet environnement désertique entre en résonance avec la situation désespérée d’une famille en proie à la famine. Refusant de voir mourir leurs jumeaux à petit feu, un bûcheron et sa femme décident à contrecoeur de les abandonner au plus profond des bois. Comment survivre sans l’aide bienveillante de ses parents ? Cette épreuve initiatique va conduire les enfants à la maison d’une vilaine sorcière anthropophage…

De cette histoire connue de tous, la metteure en scène introduit des variations qui entraînent le conte dans une autre dimension, plus exotique. Tout d’abord, le choix d’un conteur comme maître de cérémonie donne un fil rouge à l’ensemble. Gaël Kamilindi se glisse avec aisance dans le costume « hutte africaine ». En véritable trublion, il commente, danse, vérifie que le public est bien réveillé. Une tornade ! Quant à la sorcière, pas de nez crochu ou de balai ! Julie Sicard porte une superbe robe bariolée avec un chapeau-yeux du plus bel effet ! L’inspiration vaudou est ainsi clairement palpable. La comédienne s’amuse comme une folle en mégère sadique à la voix effrayante ! Des chansons créoles, parenthèse sonore bienvenue, égaient la représentation.

Pour incarner les enfants, Rose Martine a fait appel à deux jeunes pensionnaires fraichement arrivés dans la maison : Claïna Clavaron et Birane Ba rivalisent d’ingénuité jamais mièvre et s’engagent à fond dans leur rôle. Une belle solidarité les unit. Sylvia Bergé et Gilles David campent un couple émouvant, navré d’en arriver à de telles extrêmités.

Avec sa version très personnelle d’Hansel et Gretel, Rose Martine confirme donc l’adage expliquant que les contes renferment toujours en eux une part éternelle de réinvention et de réappropriation.

HANSEL ET GRETEL d’après les frères Grimm. M.E.S de Rose Martine. Studio-Théâtre. 01 44 58 15 15. 1h10. ♥ ♥ ♥ ♥

© Vincent Pontet

Splendeurs et misères des ouvrières au Vieux-Colombier

Pour sa rentrée au Vieux-Colombier, le Français propose une pièce sociale, dans l’air du temps, qui donne la parole à un groupe d’ouvrières bien décidées à sauver leur emploi dans un contexte économique tendu. Avec 7 Minutes, Maëlle Poésy offre une mise en scène nerveuse et palpitante et plonge le public dans un dispositif bifrontal, idéal pour appréhender les réactions de cet essaim de femmes ébranlées dans leurs convictions.

Que représentent sept minutes dans une journée de travail ? Rien apparemment. Des broutilles. Pourtant, ce laps de temps presque insignifiant va provoquer la discorde. Dans un espace indéfini, entre local de stockage et lieu de pause, dix membres du Comité d’usine de Picard & Roche s’impatientent. Blanche, leur porte-parole, est très attendue : cela fait des heures qu’elle parlemente avec les dirigeants de l’entreprise afin d’éviter la faillite. Une fois revenue parmi ses collègues, elle leur annonce une bonne nouvelle : tous les emplois sont maintenus. Mais il y a un mais. En contrepartie, les patrons demandent à leurs employées de réduire leur temps de pause de quinze à sept minutes. Une aubaine pour les dix femmes mais Blanche se montre plus réservée : céder sur ce minuscule point, c’est ouvrir le champ à d’autres abus. Le temps presse : le membres ont une heure pour faire savoir si elles acceptent ou non cette clause. Que faire ?

Le spectateur se retrouve happé, presque pris en otage car la pièce repose finalement sur le pouvoir de conviction de la parole. Blanche va-t-elle réussir à renverser la vapeur et à rallier à sa cause le reste de la troupe ? Véronique Vella, tout en nuances, apporte délicatesse et révolte à son jeu. Toujours à l’écoute, elle prend même des allures maternelles. C’est elle qui brille malgré le talent indéniable de ses camarades. 7 Minutes, partition chorale, donne effectivement à réfléchir sur le sens du collectif, sur la notion de choix, sur la tension entre les aspirations individuelles forcément égoïstes et la force du groupe.

Maëlle Poésy retranscrit avec fougue et fièvre ce théâtre de l’urgence. Pas d’esbroufe, juste le jeu au coeur de la mise en scène. Onze comédiennes, d’âge, de statut et de parcours différents, cohabitent au sein d’un même espace et se donnent la réplique avec énergie. On admire la sagesse vénérable de Claude Mathieu ; on se délecte de la rage de Françoise Gillard ; on apprécie la fraîcheur de Séphora Pondi, toute nouvelle pensionnaire ; on adore toujours autant la spontanéité d’Anna Cervinka. La langue, très ancrée dans le réel et le quotidien d’aujourd’hui, renforce l’illusion théâtrâle. Les échanges, tels un ping-pong, insufflent du rythme à l’ensemble. Emporté dans ce tourbillon verbal et ces retournements de situation, on souhaite évidemment savoir l’issue du vote, qui révèlera quelques surprises…

7 Minutes de Stefano Massini. M.E.S de Maëlle Poésy. Théâtre du Vieux-Colombier. 01 44 58 15 15. 1h30. ♥ ♥ ♥

© Vincent Pontet

Le sens de la fête en musique au Français

La Comédie-Française donne de la voix salle Richelieu. Habituée à célébrer un artiste (Gainsbourg, Brassens, Vian), la troupe de Molière a décidé cette fois-ci de rendre hommage à la comédie musicale américaine (mais pas que… !). Sous la houlette des truculents Marina Hands et Serge Bagdassarian, nos caméléons de la scène embrasent les planches et se jettent à corps perdu dans le démon de la danse et du chant. Quelle générosité !

Pour faire face à la sinistrose ambiante, quoi de mieux qu’une fête conviviale, pleine de confidences, de rires et d’émotions ? Mettant à profit comme jamais la devise de la troupe « Simul et singulis », les concepteurs du spectacle s’appuient sur le parcours et l’individualité de chacun des comédiens ainsi que sur le jouer ensemble.

Mais quelle comédie ! se construit donc sur une triple alternance : des intermèdes très réussis (mis à part un sketch poussif sur la voyance), des solos et des numéros choraux. Chaque comédien a le droit à son moment de bravoure et peut laisser libre cours à sa folie et à sa personnalité. Ainsi, la poésie lumineuse de « Mon truc en plumes » de Florence Viala ravit les yeux ; la technique vocale de Sylvia Bergé force le respect dans « Don’t rain on my parade » ; la séduction gourmande de Marina Hands dans « My herr » ensorcelle. Mention spéciale aussi à Serge Badgassarian, hilarant en tragédien grotesque dans « Avant de nous dire adieu » et à Anne Kessler, en roue libre avec « Si, Maman si ».

L’émotion peut aussi prendre à la gorge comme lorsque Serge Bagdassarian se dévoile dans « Ma quête », qu’Anne Kessler brûle à petit feu avec « Je veux mourir sur scène » ou bien que Gaël Kamilindi, en troublant travesti, se lance dans « I go to sleep ».

La magie du spectacle repose donc incontestablement sur ces montagnes russes émotionnelles qui surprennent le public. Quelques pépites encore… Le spectacle commence de manière très touchante par l’entrée en scène de Yoann Gasiorowski qui dévoile un moment intime de sa vie mais nous n’en dirons pas plus. Idem pour le numéro sacrément fripon des garçons qui s’encanaillent comme jamais. Merci enfin à Elsa Lepoivre, démentielle dans la narration effrenée de son quotidien d’actrice : on succombe !

Quel bonheur de retrouver une troupe en pleine forme et heureuse de partager cette friandise avec nous. Un grand bravo à l’arrangement musical de Vincent Leterme et Benoît Urbain.

© Vincent Pontet

MAIS QUELLE COMÉDIE ! de Marina Hands et Serge Bagdassarian. M.E.S des auteurs. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h. ♥ ♥ ♥ ♥

Camille Chamoux : Épicure, mon amour

Camille Chamoux a un léger souci avec le temps. Débarquant, l’air de rien, dix minutes avant le début de son nouveau spectacle, l’humoriste prend ses aises et met le public du Petit Saint-Martin dans sa poche. Très chic, en working girl des temps modernes, elle nous félicite de notre ponctualité et nous demande d’être ses complices, histoire de piéger les retardataires. Elle est comme ça Camille Chamoux : nature, taquine, accessible. Avec Le Temps de vivre, elle invite à une séance de méditation sur notre finitude.

L’être humain se définit par son rapport au temps : toujours pressé, il ne peut pas profiter de la vie puisque son cerveau se projette déjà dans l’après. C’est à juste titre que Camille Chamoux distingue la pensée chronomètre, celle qui oppresse, de la pensée minuteur qui consiste à raisonner dans le sens inverse. Puisque nous sommes mortels, concentrons-nous sur le moment présent. Fidèle épicurienne, l’humoriste n’hésite pas à se moquer d’elle-même et à partager ses névroses sur scène. Commence par convoquer Proust et sa fameuse Madeleine, aborde Waze et Uber, tacle les Boomers qui ont eu la belle vie et ne lâchent pas le morceau, évoque une amie mal dans sa peau qui a l’impression d’avoir gâché sa vie car elle n’a pas saisi les occasions au moment opportun…

Sous couvert d’humour, ce spectacle aborde donc une notion philosophique de première importance qui consume nos journées et nous plonge dans des abîmes de réflexion. Intelligent, frais, généreux… Les qualificatifs ne manquent pour le nouveau tour de force d’une pile électrique en puissance. Camille Chamoux est une femme qui suscite de l’empathie car on comprend sa détresse. Compagne, mère de famille, amie, elle incarne finalement la girl’s next door à laquelle on peut facilement s’identifier.

En sortant du théâtre, on se dit qu’il n’est « jamais trop tard ». Camille Chamoux, en martelant ce mantra, a bien raison. Il est temps de vivre ! En concluant ses propos par la récitation si incarnée du poème de Boris Vian, recueilli à l’ombre d’une bougie, l’humoriste se fait muse et nous fait frissonner. Merci.

© Christophe Raynaud de Lage

LE TEMPS DE VIVRE de Camille Chamoux. M.E.S de Vincent Dedienne. Petit Saint-Martin. 01 42 08 00 32. 1h20. ♥ ♥ ♥

Honoré fait honneur à Proust au Théâtre Marigny

Christophe Honoré, fervent littéraire, convoque les fantômes de Proust à un bal crépusculaire qui ne manque pas de piquant. En proposant une version forcément morcellée du Côté de Guermantes, troisième tome de la Recherche, le cinéaste impose sa patte perfidement glamour et livre aux spectacteurs du Français sa propre madeleine, plutôt savoureuse.

L’œuvre proustienne est un maelstrom de sensations. L’ouie commence par être sollicitée : les notes mélancoliques de Cat Stevens s’envolent dans l’enceinte du Théâtre Marigny. Stéphane Varupenne, remarquable dans le rôle omniprésent du narrateur, s’improvise excellent guitariste et chanteur. Un concert intimiste dans l’immense hôtel particulier des Guermantes. La musique, gentiment anachronique et pop, viendra d’ailleurs régulièrement ponctuer le spectacle, telle une berceuse. Puis, comme par magie, comme si la caverne d’Ali Baba s’ouvrait d’elle-même, apparaissent en fond de scène les aristocrates papillonnant autour de Marcel via une porte donnant sur la cour du théâtre.

Christophe Honoré s’est clairement fait plaisir et a sélectionné des saynètes-souvenirs qui lui tiennent à cœur. Suivant une logique parcellaire, le metteur en scène passe d’un tableau à l’autre sans transition. Évidemment, chaque séquence est plus ou moins passionnante mais nous sommes libres de piocher. Les moments le plus délectables s’avèrent ceux qui soulignent l’odieuse médisance de ces personnages cancaniers. L’hypocrise et la méchanceté vont de pair dans ce monde de faux-semblants. L’usage judicieux de micros tenus par des perchistes souligne la force des commérages ou bien renforce le poids du secret et des dissimulations. On somnole davantage avec la tirade sur l’art militaire malgré le talent de Sébastien Pouderoux. Ennui et intérêt se succèdent donc au gré de la représentation. Comme la lecture de Proust finalement. Cette version à la fois mondaine et politique (l’antisémitisme est sévèrement tâclé avec l’affaire Dreyfus) joue sur tous les terrains et présente un microcosme d’êtres de fuite qui ont le vague à l’âme malgré une ambiance faussement festive.

Pour incarner tout ce beau monde, Christophe Honoré a opté pour une distribution resplendissante. En tête, Elsa Lepoivre vampirise le plateau en Duchesse d’une élégance vipérine à tomber par terre. Et puis quels superbes costumes ! La comédienne caméleon sait aussi fendre l’armure et laisser apparaître une sensibilité à fleur de peau derrière sa belle assurance. Laurent Lafitte est drôlissime en maître de maison au parler si snob ; on adore le Charlus exubérant de Serge Bagdassarian et les apparitions pintadesques de Florence Viala, Julie Sicard et Anne Kessler. Un esprit de troupe réjouissant après de si longs mois sans leur présence. Ils nous avaient manqué !

LE CÔTÉ DE GUERMANTES d’après Marcel Proust. M.E.S de Christophe Honoré. Théâtre Marigny. 01 44 58 15 15. 2h30.  ♥ ♥ ♥

© Jean-Louis Fernandez

Aimer malgré tout : le mélo touchant d’Alexis Michalik

Jusqu’à présent, Alexis Michalik nous avait habitués à des fresques historiques ambitieuses et des intrigues à tiroirs. Avec Une histoire d’amour, la coqueluche du théâtre livre une odyssée plus intimiste, à la chronologie linéaire. Plus simple dans son approche, plus actuelle dans ses propos, cette nouvelle aventure se conçoit comme un mélo qui s’assume. Mais attention : mélo ne signifie pas forcément pathos facile ici. L’émotion pointe le bout de son nez naturellement, sans qu’on n’y fasse attention. Le mérite en revient à une écriture diablement efficace et sans fioriture qui suscite immédiatement une empathie. Une connivence avec les personnages, un intérêt pour l’histoire. En mettant en scène l’ordinaire, l’aventure de l’amour, dans une sphère qui l’est moins, Michalik fait vibrer à l’unisson un public conquis par ce conte moderne.

C’est l’histoire de deux âmes qui n’auraient pas dû se connecter. Mais que voulez-vous, le coeur a ses raisons que la raison ignore. Justine aime les garçons. Enfin, c’est ce qu’elle croit. Mais sa rencontre avec Katia bouleverse son univers et la passion embrase les deux jeunes femmes. L’envie d’un enfant se fait pressante chez Justine. Katia, marqué par un père violent et une mère disparue trop tôt d’un cancer, se montre plus réticente. C’est finalement Katia qui tombera enceinte. Cet événement marquera paradoxalement la fin du couple. Douze ans après, la petite Jeanne a bien grandi. Sa maman, touchée par le même mal que sa génitrice, est sur le point de mourir. Qui pour s’en occuper ?

Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour concocter un épisode digne de Plus belle la vie. La magie du théâtre fait pourtant des merveilles. On y croit de bout en bout. Les dialogues sont percutants ; l’écriture et la mise en scène fluides. On navigue dans le temps et l’espace avec une facilité déconcertante. Presque en un claquement de doigts. Le changement à vue des décors par les comédiens eux-mêmes ne brise en rien le quatrième mur. L’illusion opère.

Imprimant un jeu réaliste à ses comédiens, Michalik remonte également sur les planches. Composant avec le fantôme de sa femme disparue, William, son personnage, est peut-être le plus attachant. Alcoolique à la dérive, c’est lui finira par s’occuper de sa nièce, la sensible Jeanne jouée par la lumineuse Violette Guillon.

Oscillant entre Éros et Thanatos, cette Histoire d’amour ne se laisse jamais déborder par ses thématiques, parfois lourdes, comme le deuil . Nonobstant quelques naïvetés (une bande-son parfois trop appuyée ; des pas de danse un brin mièvres), ce nouveau spectacle a su toucher juste.

UNE HISTOIRE D’AMOUR d’Alexis Michalik. M.E.S de l’auteur. Théâtre de la Scala. 01 40 03 44 30. 1h25 ♥ ♥ ♥ ♥

© François Fonty

Deux euros vingt : un divertissement en or !

L’argent peut-il détruire une amitié ? Au Théâtre Rive-Gauche, la nouvelle comédie de Marc Fayet réunit une bande de copains soumis à un jeu un brin pervers. Jackpot ! 

Deux euros vingt. Une somme dérisoire, non ? Pourtant, ces quelques pièces de monnaie vont semer la zizanie au sein d’un groupe d’amis réunis le temps des vacances.

L’argent est un puissant moteur dramatique. Molière en sait quelque chose avec son Harpagon. Jalousie, rancœur, manipulations, bassesses… L’appât du gain révèle bien des travers et met à mal une amitié qui dure pourtant depuis des années.

Avec sa plume entraînante et son sens (un peu prévisible tout de même) du rebondissement, Marc Fayet signe une pièce sans prétention mais portant un regard acéré sur la valeur de l’amitié. Peut-on dire toute la vérité à ses amis ? Faut-il mentir pour les préserver ? Cet équilibre précaire s’incarne avec justesse sur scène.

José Paul a insufflé une belle dynamique de troupe en soignant sa distribution. Chacun des six personnages possède un caractère bien trempé et les voir évoluer en couple ou en sextuor est réjouissant. Avec son air évaporé, Lysiane Meis est parfaite en fausse godiche portée sur la relaxation. Cynique à souhait, Michèle Garcia convainc en amie amère. Caroline Maillard tire son épingle du jeu en copine hypocrite. Marc Fayet s’en sort avec brio dans le rôle ingrat du maître du jeu taquin puis odieux. Le flegme serein de Gérard Loussine fait sourire tout comme les colères de Michel Lerousseau.

En somme, un bon divertissement en perspective. Un conseil : ne laissez rien traîner sur la table ! Qui sait à quoi vous vous exposeriez…

DEUX EUROS VINGT de Marc Fayet. M.E.S de José Paul. Théâtre Rive Gauche. 01 43 35 32 31. 1h30 ♥ ♥ ♥

© Fabienne Rappeneau

Bérengère Krief fend l’armure dans Amour

Amour : quel joli titre pour un spectacle. Plein de promesses et de surprises. Vague et évocateur à la fois.

À la Gaité Montparnasse, Bérengère Krief ose se confier en toute intimité. Et étonne. Narrant son odyssée sentimentale, l’humoriste à la bouille ronde si attachante fend l’armure. Pour notre plus grand plaisir.

Depuis toute petite, Bérengère idéalise l’amour. La rencontre magique entre Papi Milo et Mamie Ginette lui met des paillettes plein les yeux. C’est décidé : elle aussi aura le droit à son conte de fées. Friande de comédies romantiques à l’eau-de-rose, la jeune femme croit en sa bonne étoile et souhaite forcer le destin. Mais la réalité la rattrape rapidement et un mariage raté l’amène à remonter le cours du temps et à essayer de comprendre ce qui a pu provoquer un tel échec.

On sent que Bérengère Krief a donné beaucoup d’elle-même dans ce spectacle : elle se livre sous un nouveau jour et accepte de briser ce côté girly insouciant qui lui colle à la peau. Par éclair, des révélations choc brisent l’enrobage rose bonbon et suffisent à prendre conscience de la toxicité de certaines relations.

Si Amour adopte un ton grave par moments, on retrouve vite le sourire. La mise en scène léchée de Nicolas Vital contribue grandement à transformer le spectacle en un cabaret de qualité mêlant strass, lip sync (vive Nicole Croisille) et numéro circacien du plus bel effet. Voltigeuse casse-cou et gracieuse à la fois, Bérengère Krief s’essaye au cerceau aérien et prouve ainsi que l’amour ne tient qu’à un fil. Un combat de tous les instants donc qui se conclut sur une note positive car apaisée.

AMOUR de Bérengère Krief. M.E.S de Nicolas Vital. Théâtre Gaité Montparnasse. 01 43 20 60 56. 1h25 ♥ ♥ ♥ ♥

© Laura Gilli

À la recherche des liens perdus

Quel lien nous unit aux autres ? Comment se construire, se reconstruire dans le deuil, l’absence et la solitude ? En portant sur la scène de l’Odéon Nous pour un moment, la nouvelle pièce d’Arne Lygre, Stéphane Brauschweig tente de répondre à ces questions universelles. Par le choix d’une épure aussi bien linguistique que scénographique, le directeur des lieux souligne la fragilité des relations humaines, les aléas bouleversants de la vie. Une langue simple et franche qui relève à la fois de l’anodin et de l’essentiel. Une belle découverte.

Une personne, un ennemi, un inconnu, une connaissance… Autant d’anonymes sans identité précisément définie mais qui vont pourtant se croiser au fil de la pièce. Souvent en duo, parfois en trio, ces forces en présence badinent entre elle, se disputent, se cherchent, se désirent, s’apprivoisent. En toile de fond, un accident tragique qui va se répercuter sur l’ensemble des protagonistes.

Ricochets
La construction de la pièce, en ricochets, séduit. Très fluides, les scènes s’enchaînent en un fondu impeccable. Les situations, de plus en plus noires, évoquent la mort, le suicide. Pour allegée quelque peu cette atmosphère plombante, Stéphane Braunschweig opte pour un décor aquatique du plus bel effet. Les personnages se meuvent dans un parterre liquide qui évoque les changements soudains de direction que peuvent prendre nos vies. Un plateau tournant permet de changer rapidement de situation, tout comme un panneau qui se lève et se baisse à l’envi. Simple mais efficace.

La ronde de comédiens, glissant aisément d’un personnage, voire d’un sexe à l’autre, brille. Citons-les tous : Anne Cantineau, Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Glenn Marausse, Pierric Plathier, Chloé Réjon et Jean-Philippe Vidal.

Un moment troublant, comme l’eau qui s’agit au gré des pas de ces êtres en quête de sens et de connexion à autrui. ♥ ♥ ♥ ♥

NOUS POUR UN MOMENT d’Arne Lygre. M.E.S de Stéphane Braunschweig. Théâtre de l’Odéon.  01 44 85 40 40. 1h35

© Elizabeth Carrechio

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