Recherche

Hier au théâtre

Tag

Monfort

Corinne Dadat, danseuse-serpillière

Est-il possible de faire du théâtre sans être comédien ? La réponse est oui et Corinne Dadat nous le prouve avec un humour et une sincérité désarmante. Mohamed El Khatib a proposé à cette femme de ménage de venir sur scène raconter son histoire après l’avoir observée nettoyer la salle dans laquelle il gérait un stage de théâtre. Coup de foudre. Au Monfort (puis à la Colline), un rayon de vitalité, de bonne humeur et de franchise éclaire le plateau. Et cela fait du bien.

Corinne Dadat a cinquante-quatre ans. Plus de trente ans qu’elle occupe la fonction de femme de ménage. Pas le temps de faire un burn-out, réservé aux riches. Elle s’active Mme Dadat. Ce petit bout de femme se confie face à un public attentif : des relents de Strip-Tease surgissent, on adore son côté cash sans blabla inutile. L’empathie est naturelle envers cette mère courage qui ne se plaint jamais mais qui évoque simplement la réalité de sa situation. Son métier, souvent dédaigné et ignoré de la population, est mis sur le devant de la scène. Elle est pétillante Corinne. Son regard malicieux et très expressif en dit long. Son langage fleuri, ultra spontané, est rafraîchissant. Sa complicité avec El Khatib ne fait aucun doute et leur dialogue ping-pong regorge de gentilles piques.

Une femme attachante
On est aussi ému lorsque Corinne Dadat évoque sa famille : l’absence de sa mère qui lui pèse, son amour pour ses enfants pour lesquels elle tient absolument à ce qu’ils aillent au bout de leurs études pour ne pas s’engager dans la même voie qu’elle.

En contrepoint, une danseuse soutient Corinne et met à contribution son corps pour mettre en gestes les mots de la technicienne de surface. Élodie Guézou, superbe de souplesse, se lance dans un ballet de la serpillière étonnant et inattendu. La jeune femme aussi se dévoile et expose son mal-être, la précarité de son emploi, ses doutes. Effet-miroir brillant.

En acceptant de se livrer, Corinne Dadat touche car on sent bien que rien n’est calculé chez cette femme. Cette sincérité, aux antipodes finalement d’un quelconque rôle théâtral, ne manque pas d’émouvoir. ♥ ♥ ♥ ♥

MOI, CORINNE DADAT de Mohamed El Khatib. M.E.S de l’auteur. Monfort-Théâtre. 01 56 08 33 88. 50 min.

© Virginie Meigne

0.-26000-couverts-LIdéal-Club-affiche-co-Ibuc

Les 26 000 Couverts, portés par Philippe Nicolle, vous invitent à un cabaret sacrément déjanté au Monfort. Cette troupe d’artistes de rue se démène trois heures durant pour le plus grand bonheur d’un public en furie, enchaînant une foule de numéros plus ou moins réussis, en tout cas interprétés avec une belle alchimie de groupe. Plutôt imperméables à ce genre d’humour un peu ready-made, de bric et de broc, nous avouons avoir été dans l’ensemble dubitatifs face cette proposition malgré plusieurs sketchs à tomber par terre. La scène pleine à craquer, au contraire, a accueilli le collectif dans un esprit d’adhésion total et festif. À découvrir tout de même pour ces metteurs d’ambiance de folie !

Pourquoi L’Idéal Club ? Tout simplement pour permettre à une dizaine d’artistes d’exprimer leurs désirs les plus audacieux en terme de numéros. Oser, cartonner, déclencher l’hilarité générale et vite car la première est dans moins d’un moins ! Philippe, le metteur en scène du music-hall, crée (pour de faux bien sûr) au fur et mesure de la représentation sa revue mêlant chant, cirque, magie et musique. Et voit défiler des idées toutes plus extravagantes les unes que les autres…

Spatialisant le show dans une configuration de vrai cabaret, Philippe Nicolle parvient à imprégner le Monfort de cette ambiance si caractéristique avec des coussins près de la scène circulaire. On s’y croirait presque ! Très dynamique, cette curiosité protéiforme bénéficie de la variété inhérente au genre mais du coup, les sketchs s’avèrent très inégaux. L’humour constitue définitivement une affaire de goût et dans le cas présent, soit nous avons trouvé l’ensemble un peu léger niveau recherche soit nous n’avons carrément pas compris les numéros…

Néanmoins, citons pêle-mêle plusieurs pépites comme ce ventriloque amateur de pétards, une tente vivante, un débat sur la réincarnation animale, la parodie d’un one man show fumeux, des cow-boys qui jouent du pipeau.. Bref, un aperçu non exhaustif des loufoqueries qui vous attendent. En outre, les dix dernières minutes de comédie musicale en mode auto-dérision clôturent la soirée en beauté.

Ainsi, bien que l’humour de L’Idéal Club nous ait globalement laissés de marbre, force est de constater leur incroyable capacité fédératrice. Des bambins aux personnes âges, la salle entière a continuellement manifesté son plaisir à partager ce moment en famille et entre amis dans la convivialité d’un cabaret authentique et malicieux. Alors pourquoi pas ! ♥ ♥ ♥

final_ideal_club-_co_carine_deambrosis

Théâtre et philosophie ne semblent a priori pas faire bon ménage. Nicolas Truong, responsable des pages débats du Monde, nous prouve le contraire avec Projet luciole, joli succès au Monfort la saison dernière. Cette pièce hybride y fait son retour pour le plus grand bonheur du public car l’angle adopté par le metteur en scène se situe à mille lieux d’un quelconque pédantisme. Privilégiant une approche ludique, ce patchwork de concepts philosophiques se veut enjoué, à défaut d’être totalement compréhensible en regard de la complexité des propos. Judith Henry et Nicolas Bouchaud restituent avec gourmandise et espièglerie le plaisir des bons mots des penseurs de notre temps. Un ovni précieux et exigeant à découvrir.

Une pluie de livres tombe du plafond à la mention des grands philosophes du XXè siècle. Arendt, Agamben, Badiou, Rancière, Benjamin… L’occasion de faire dialoguer la pensée critique dans un esprit de complémentarité et de découverte. Les sensibilités s’entremêlent, le patchwork s’avère parfois difficile à suivre mais paradoxalement ce ne sont pas les discours philosophiques qui captivent l’attention mais bien le talent indéniable de la mise en scène de Nicolas Truong, Les lucioles de l’innocence et du savoir prennent magiquement vie dans la cabane du Montfort : tantôt ronds éblouissants, tantôt livres phosphorescents… Pas de pensées vulgarisées ici mais un spectacle intelligent et accrocheur sous une forme théâtrale ingénieuse et culottée. Dans ce fourmillement d’idées, Judith Henry et Nicolas Bouchaud se transforment en bestioles lumineuses attachantes et vives. La première possède l’insolence malicieuse du regard tandis que le second cultive un air farfelu et rêveur captivant. Tour à tour amants, amis ou rivaux (dans un savoureux duel conceptuel), le duo s’approprie avec délectation les aphorismes des philosphes.

Même si la portée philosophique de Projet luciole, pour ambitieuse qu’elle soit, peut dérouter par son hermétisme textuel, la mise en scène séduisante et accrocheuse de Nicolas Truong déporte le regard sur l’ambiance délurée et joviale de l’ensemble. Dirigeant avec virtuosité deux comédiens épatants, il parvient à dépoussiérer sérieusement la philosophie. Objectif atteint ! ♥ ♥ ♥

© Mathilde Priolet
© Mathilde Priolet

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑