Un seul(e) en scène est une gageure en soi : tout le spectacle se construit autour d’un(e) comédien(nne) ; tout repose sur ses épaules. Pas le droit à l’erreur. Aucun faux pas avec J’avais ma petite robe à fleurs au Rond-Point. Hors de tout pathos racoleur, l’uppercut imaginé par Valérie Lévy touche et atteint sa cible. Le sujet, sensible et délicat, de la tentative de résilience après un viol et du cynisme de la téléréalité ne peut laisser indifférent. Alice de Lencquesaing s’empare à bras le corps et à fleur de peau de ce personnage d’écorchée qui tente de se reconstruire après l’horreur.

Blanche accueille chez elle un caméraman venu filmer son témoignage. Si l’expérience est concluante, elle pourra en parler à la télévision en direct. La jeune femme semble enthousiaste, bien qu’un peu nerveuse. Le sujet au départ reste mystérieux. On sent une urgence palpable, celle de se livrer. Mais raconter un viol, c’est aussi revivre encore et encore le trauma. La catharsis sera-t-elle réellement libératrice ?

Le texte, subtil, navigue entre deux eaux apparemment contradictoires. La confession est-elle source d’angoisse ou de soulagement ? Son histoire, son témoignage à ses parents, aux policiers, lors du procès paraissent bien lourds à porter mais en même temps, Blanche souhaite être sous les feux des projecteurs. Entre exhibition et inhibition, la parole se cherche. Et la pudeur des mots choisis par Valérie Lévy émeut.

La mise en scène de Nadia Jandeau est d’une simplicité recherchée. L’intérieur dépouillé d’un appartement avec les meubles d’usage insiste sur la solitude et le désoeuvrement de Blanche, qui semble perdue avec ses va-et-vient incessants. Comme si sa pensée était en mouvement, sur le fil. Comme si elle cherchait quoi faire, hésitait sans arrêt. La présence du caméraman instaure un dialogue muet mais palpable. La vidéo projetée souligne les expressions faciales de la comédienne et rend son discours plus puissant, plus incendiaire comme si le prisme de l’écran décuplait la rage enfouie au fond de Blanche. Ce sont bien évidemment les réseaux sociaux et la télé-poubelle qui sont aussi critiqués par l’usage de la caméra induisant une forme de voyeurisme malsain, indécent. Toutefois, la vidéo offre aussi des instants de poésie, des bulles d’évasion bienvenues au milieu du climat oppressant ambiant. On y observe Alice de Lencquesaing en extérieur, plus ouverte. Le contrepoint est appréciable.

Il faut par ailleurs souligner la performance de la comédienne. Sous ses allures frêles de petite souris se cache une volonté de fer, déterminée, franche dans son jeu. La jeune femme est impressionnante de maîtrise et suscite d’emblée l’empathie. Elle en impose. On suit avec intérêt le labyrinthe de ses pensées ; les conséquences terribles de son viol qui l’ont poussée à l’isolement, à la méfiance ; sa lente reconstruction semée d’embûches.

J’avais ma petite robe à fleurs est un spectacle fort, qui mérite vraiment qu’on s’y attarde.

J’AVAIS MA PETITE ROBE À FLEURS de Valérie Lévy. M.E.S de Nadia Jandeau. Théâtre du Rond-Point. 01 44 95 98 00. 1h15. ♥ ♥ ♥ ♥

© Giovanni Cittadini Cesi