Au Théâtre de l’Atelier, Jean-Louis Benoit refuse de sombrer dans la noirceur et propose une adaptation boulevardière de Huis clos. Soulignant le cynisme sartrien par l’humour, le metteur en scène réussit à imposer sa vision de l’oeuvre avec cohérence. C’est possible de rire avec l’ami Jean-Paul !

Qui a dit que l’Enfer était forcément morose ? Quand Garcin, Inès et Estelle se retrouvent réunis dans un salon Second Empire, le trio se rend rapidement compte qu’il est condamné à vivre ensemble pour l’éternité. Pour donner corps et chair à sa philosphie existentialiste, Sartre a conçu cet Enfer d’un nouveau genre fondé sur un système permanent d’alliances qui se font et se défont au gré des conversation ou des intérêts de chacun des protagonistes. Le déserteur, la lesbienne et l’infanticide deviennent tour à tour bourreaux et victimes.

Théâtre de la parole mais aussi théâtre du corps. Constamment en mouvement, notre trio se toise, se cherche, s’évite, se poursuit. Très organique, l’approche de Benoit ne laisse pas de place au temps mort et se révèle fluide, voire bondissante. Privilégiant clairement le potentiel comique de la pièce, il imprime une veine très boulevard à l’ensemble. Ce n’est plus le mari, la femme et l’amant sur scène mais presque. Maxime d’Aboville est odieux en beau salaud mesquin et machiste. On arrive presque à ressentir de l’attachement pour son personnage. Marianne Basler ne semble pas à l’aise lors de son entrée en scène mais trouve rapidement ses marques. Sa voix grave et incisive convient parfaitement au caractère d’Inès Enfin, Mathilde Charbonneaux campe une Estelle frivole et fausement sotte avec éclat.

La scénographie, très sobre, s’appuie sur quelques effets bien sentis : déjà, le début annonce la couleur. Trois canapés recouverts d’une bâche argentée, une grande porte rouge suffisent à planter une décor intrigant. La lumière va avoir son rôle à jouer et permet de passer de la vie infernale à la vie terrestre en un claquement d’ampoules. Une valse de lampes s’allumant à intervalles irréguliers achève la création d’une atmosphère envoûtante. Nous sommes prêts à être conviés en Enfer si de tels personnages nous accueillent.

© Pascal Victor

HUIS CLOS de Jean-Paul Sartre. M.E.S de Jean-Louis Benoit. Théâtre de l’Atelier. 01 46 06 49 24. 1h20. ♥ ♥ ♥ ♥