On attendait avec ferveur la nouvelle création de Côme de Bellescize. Après des sujets délicats (la fin de vie dans Amédée, la décision de garder ou non un bébé handicapé dans Eugénie), le dramaturge s’engouffre dans des sentiers apparemment plus balisés avec Soyez-vous même. Au Théâtre de Belleville, le monde du travail se transforme en entretien d’embauche mystico-philosophique étonnant de jusqu’au boutisme. Porté par un duo de jeunes comédiennes qui se donne sans compter, cet affrontement 100% féminin entre parade et électrochocs mérite qu’on s’y attarde.

Jusqu’à quel point sommes-nous prêts à aller pour décrocher le métier de nos rêves ? La jeune ingénue pleine de détermination qui postule pour un poste dans la communication n’est pas au bout de ses surprises. Il s’agit ici de pousser l’autre dans ses retranchements. De briser le rituel inévitable d’embellissement lorsqu’on doit faire bonne impression. La directrice se livre ici à une entreprise maïeutique aussi vivifiante que traumatisante. Parvenir à son moi intime à travers une succession de tests humiliants, éprouvants, absurdes (mais finalement pas tant que cela).

Duo extrême
L’entreprise de de Bellescize joue la carte des métaphores : le poste à pourvoir est dans la javel, il va falloir se mettre à nu dans tous les sens du terme… Le message est bulldozer mais efficace. L’écriture, acérée et cash, se fait plaisir et ne tergiverse pas vraiment. Deux boules d’énergie s’apprivoisent sur le plateau exigu et se déchaînent. Fannie Outeiro se démarque en ingénue fraiche et volontaire qui va progressivement lâcher prise tandis qu’Éléonore Joncquez. L’interaction entre les deux femmes se veut complice car elles se révèlent jumelles de l’extrême. Si l’envie se fait se sentir d’assister à un coaching éprouvant mais fructueux, vous savez ce qu’il vous reste à faire ! ♥ ♥ ♥ ♥

SOYEZ VOUS-MÊME de Côme de Bellescize. M.E.S de l’auteur. Théâtre de Belleville. 01 48 06 72 34. 1h10.

© Pauline Le Goff