Un passage éclair. L’impression d’avoir eu une hallucination, mais non. Axelle Laffont court bel et bien sur la scène du Petit-Saint-Martin, un gode-ceinture attaché autour de sa taille en guise d’apéritif. À l’image frappadingue de sa créatrice de retour au théâtre après dix ans d’absence, Hypersensible mène par le bout du nez son public avec une tchatche d’enfer et un survoltage de tous les instants.

Même les plus jeunes se souviennent des apparitions dénudées (elle a d’ailleurs remis le tapis pour la promotion du spectacle) de l’ancienne Miss-Météo et de son assurance canaille de polissonne provoc’. Les années ont passé, pas son énergie de pile électrique.

Pourtant, l’apparition de nuages grandeur nature en guise de décor aurait pu suggérer un certain apaisement. Ce serait sans compter les innombrables sources de plainte de la brindille entre un mec volage et lourdaud et des copines pas bien fut-fut.

Superwoman MILF
Présentant l’hypersensibilité comme un super-pouvoir, Axelle Laffont dresse un portrait aussi potache que décalé de ses sensations démultipliées bien lourdes de conséquences : de la parano au restaurant suite à une prétendue voisine espionne qui voudrait piquer le futur rôle de la belle en passant à la déconfiture suite à la révélation du vrai prénom de son nouveau copain (clairement, Hugo rend mieux que Jean-Jacques), les jeux trop arrosés entre trentenaires ou la difficulté à entretenir une relation saine avec son co-auteur, la girl next door multiplie les gaffes avec une ténacité désarmante.

N’hésitant pas à faire preuve d’autodérision sur son âge, la MILF se plaît à jouer les aguicheuses tout en se moquant des « puputes décérébrées » que constituent les demoiselles de vingt ans. On sent le terreau autobiographique verdoyer sur scène mais souvent de manière implicite.

L’autre auto-parodie (le sketch sans doute le plus réussi), fonctionnant comme un running gag, se centre sur le narcissisme engendré par les réseaux sociaux. Si vous saviez comme un simple riz au lait peut attirer les commentaires en masse… Axelle Laffont exploite jusqu’à l’absurde les dérives de la surexposition de la vie privée.

Charles Templon, lui, insuffle rythme et dynamisme à ce one woman généreux à l’habillage lumineux léché. Fraîche comme une nymphe immortelle charmant un pauvre mortel, l’humoriste verse dans du trash débridé et tellement jouissif. Elle aligne les blagues de sexe comme on liste ses courses au supermarché, les vannes fusent et le public prend cher (les ex aussi). On se sent bien en compagnie d’Axelle, une bonne copine qu’on rêverait d’avoir comme voisine pour prendre le thé avec elle et se raconter nos histoires… d’hypersensibles ! ♥ ♥ ♥ ♥

HYPERSENSIBLE d’Axelle Laffont. M.E.S de Charles Templon. Théâtre du Petit-Saint-Martin. 01 42 08 00 32. 1h20.

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