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Shakespeare

La fraîcheur de la jeunesse au service de Shakespeare

Chaque été, Florence Le Corre et Philippe Person proposent un spectacle de sortie à leurs élèves de deuxième année au Lucernaire. Après nous avoir régalés l’année dernière avec Le Dindon, la jeune troupe confirme son talent comique en se lançant dans une féerie shakespearienne. En conservant le suc érotique et fougueux du Songe d’une nuit d’été, le duo de metteurs en scène ne s’embarasse pas de fioritures et va à l’essentiel. Le rythme apporté par les coupes met en valeur le talent d’une jeunesse qui en a sous le coude !

Une fête masquée bat son plein : les noces de Thésée et d’Hippolyta sont sur le point d’être célébrées. Tout se déroulerait à merveille si Obéron et Titania ne se disputaient pas. Pour punir son épouse de son insolence, le roi des Elfes décide de lui jouer un mauvais tour. Mais son serviteur Puck, décidément bien maladroit, multiplie les gaffes…

Dans ce chassé-croisé amoureux nocturne, les sens se révèlent déréglés par la magie et la sève du désir consume les êtres jusqu’à la moelle. L’intrigue, resserrée autour de ces appétits sexuels multiples, se donne à entendre de manière très physique. Les corps bondissent, agressent, se défendent, se caressent. Que d’action !

Forêt complice
La direction d’acteurs fait d’ailleurs la part belle à la fraîcheur d’une troupe complice. Bien que certains comédiens soient encore un peu verts dans leur jeu (et que les fées soient complètement cruches), l’ensemble crée une forte impression de cohérence. Encore une fois, Lucas Bottini se détache du lot en Puck punk diablotin à souhait. Sa bouille d’ange faussement innocent et son insatiable énergie n’en finissent pas de convaincre. Mention spéciale également pour Florine Leleu en exubérante Titania et pour Thomas Modeste, épatant en latin lover de pacotille et en niaise Thisbé.

Pour ne rien gâcher à la fête, la mise en abyme avec la représentation de Pyrame et Thisbé n’a pas été oubliée ! Les répétitions, puis le spectacle sont l’occasion d’une bonne tranche de rigolade, servie par des dialogues modernisés. Manon Hincker est très amusante en maîtresse des opérations qui n’arrive pas à tout gérer.

Si les riffs de la guitare électrique ont remplacé les intruments d’antan, les amours versatiles, elles, n’ont pas pris une ride. C’est dans ce labyrinthe des passions que nous conduit avec délice Florence Le Corre et Philippe Person. ♥ ♥ ♥

LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ de William Shakespeare. M.E.S de Florence Le Corre et Philippe Person. Théâtre du Lucernaire. 01 45 44 57 34. 1h25

© Jennifer Guillet

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Tempête sous un crâne : Carsen donne mal à la tête !

Robert Carsen est un nom connu pour tout amateur de comédies musicales. Ses mises en scène colorées et pleines d’entrain déchaînent l’enthousiasme d’un public friand de féerie. Lorsque son nom a émergé du chapeau magique d’Éric Ruf, l’excitation était à son comble. Comment ! Carsen mettant en scène La Tempête de Shakespeare, bijou baroque et extravagant ? Chic ! Que nenni ! Son parti pris est radical et profondément déconcertant : exit les couleurs chatoyantes et bonjour les cinquantes nuances de gris ! Privilégiant une approche intériorisée de la pièce, Carsen va jusqu’au bout de son idée mais nous laisse au bord de la route. On regarde souvent sa montre, faute d’incarnation, de chaleur, de flamboyance.

D’emblée, tout est dit. Prospero siège dans un lit d’hôpital et semble se réveiller d’un long coma. Des toiles grises tendues constituent le décor. Plutôt aride. On comprend rapidement que cette tempête va se déchaîner à l’intérieur de l’esprit du magicien destitué de son titre de duc de Milan. Carsen navigue donc à contre-courant de l’idée qu’on se fait de la pièce et propose une représentation toute mentale et, avouons-le, trop sèche pour être percutante. L’exercice s’avère trop périlleux pour Carsen, qui par ce choix d’une élégance minimaliste et monochrome, surprend un peu trop brutalement son public.

Féerie en sourdine
Cependant, cette esthétique d’une prison mentale est menée avec cohérence et intelligence. Carsen va jusqu’au bout de son idée. Simplement, on s’attendait à un feu d’artifice au vu d’une telle pièce. L’ensemble est d’un sinistre trop effrayant pour la tonalité générale. En noircissant à outrance Shakespeare, le metteur en scène semble avoir oublié la démesure propre à l’Anglais. On retrouve, avec bonheur, cette hybris lors de la réunion des trois alcooliques fêtards : Caliban, l’esprit sauvage incarné avec brio par Stéphane Varupenne, à la force tellurique ; Stephano et Trinculo deux bouffons respectivement incarnés par un Jérôme Pouly et un Hervé Pierre au sommet de leur forme comique ! Leur apparition apporte une légèreté bienvenue et salvatrice.

Si Carsen ménage un peu trop ses effets, quelques scènes éblouissent par l’enchantement qu’elles suscitent à l’instar de cette vidéo en noir et blanc (décidément) célébrant l’hymen de Mirando et Ferdinand par un trio de déesses élégamment interprété par la superbe Elsa Lepoivre. Ou bien encore les facéties d’Ariel, l’esprit de l’air, qui déchaîne les éléments avec une voix amplifiée et des ombres effrayantes. Ce magicien de pacotille se retrouve incarné sous les traits graciles et enfantins d’un Christophe Montenez tout en délicatesse. Ici, Carsen nous prouve qu’effectivement pas besoin d’effusion pour engendrer l’illusion théâtrale.

Michel Vuillermoz, lui, est d’une autorité implacable. Sa souffrance est perceptible, sa dignité d’homme bafoué aussi. Serge Bagdassarian jubile en odieux personnage manipulateur. On retrouve la Georgia Scalliet des débuts, à la voix traînante et aux accents trop mièvres. Son jeu sonne faux mais le rôle d’une vierge de quinze ans qui s’ouvre au désir est compliqué à tenir…

Robert  Carsen a-t-il été impressionné par les enjeux de la maison de Molière et s’est-il bridé de lui-même ? Si sa vision psychanalytique de la pièce souligne avec pertinence la folie et la paranoïa de Prospero, la gravité de l’ensemble plombe l’ambiance. ♥ ♥

LA TEMPÊTE de William Shakespeare. M.E.S de Robert Carsen. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h40 entracte compris.

© Vincent Pontet

Shakespeare ou le temple du consumérisme

En sous-titrant Le Marchand de Venise, Business in Venice, Jacques Vincey souligne l’importance du commerce dans nos sociétés et de la marchandisation non seulement des biens mais aussi des êtres. Le fric facile, la monétisation des échanges régissent le monde et Shakespeare l’avait bien compris. Qu’en retenir en 2017 ? Une mise en relief d’une surenchère consumériste, la dégradation des rapports humains ? Sans doute oui. D’une modernité acide, cette relecture outrancière dégomme le capitalisme en adoptant un point de vue carnavalesque et bigarré. Une fête cruelle et sans pitié où l’amour véritable aura du mal à émerger.

Mais où donc se trouve Venise sur la scène du Théâtre 71 ? Nulle trace de la Sérénissime. En revanche, nous sommes accueillis par d’immenses étals d’un supermarché grandeur nature. Parfait pour le placement de produits ! Un Coca, des chips ou des céréales ? Vous pouvez presque grimper sur scène et attraper ce qui vous fait envie… Dans ce temple de la nourriture, un sympathique bouffon de roi ouvre le bal en guise de prologue un brin provoc. Pierre-François Doireau est impayable dans sa manière d’apostropher le public et de réclamer de l’argent. C’est lui qui dirige les opérations avec un malin plaisir !

L’intrigue est somme toute assez cruelle : Bassanio souhaite emprunter de l’argent à son riche ami Antonio afin de conquérir sa belle Portia. La fortune d’Antonio navigue sur les flots. Il décide donc d’emprunter de l’argent à Shylock, vieil usurier juif méprisé par tous. L’homme accepte à une condition : si le délai de l’emprunt est dépasser, il pourra prélever une livre de sa chair… La question de l’antisémitisme irrigue donc l’ensemble de la pièce et la violence des attaques et des injures perpétrées contre les Juifs épouvante. Tous les clichés y passent : insensibles, ladres, monstrueux…

Le fric, c’est (pas) chic !
Jacques Vincey pousse la valeur marchande de l’Homme dans ses derniers retranchements. Le début du spectacle hérisse les poils et l’on craint franchement le pire. Fête costumée trash avec au choix masque d’éléphant rose à grosse trompe, Superman à fraise ou combi moulante avec des poils extra-longs à l’entrejambe ; musique à plein tube… On hurle, on crie. Bref, c’est un peu pénible. Et agaçant. Dans quelle galère s’est-on embarqué…

Par la suite, on trouve son rythme de croisière. La situation et les comédiens se posent. On respire. Si on regrette parfois une direction d’acteurs un peu brouillonne, les comédiens tiennent parfaitement leur rôle. Thomas Gonzalez est un superbe Bassanio, maniéré et impétueux ; d’une élégance sale. Jacques Vincey donne de l’humanité au personnage de Shylock. La longue scène du procès permet de mettre en lumière l’entêtement digne de l’homme qui ne revient jamais sur sa parole. La machine infernale l’écrase mais sans jamais en faire un être abject. Jean-René Lemoine campe un Antonio à la voix posée et bienveillante, charismatique. Océane Mozas est une irrésistible Portia, à la fois évanescente et tellement too much avec sa perruque blonde et sa longue robe blanche tirée d’un conte de fée… Vincey manie d’ailleurs à merveille la parodie lors des scènes de l’épreuve du coffre destiné à tester la valeur des prétendants de Portia. Un mélange entre la télé-réalité, la Roue de la Fortune et Dallas… C’est clinquant, débordant de strass et d’artifices mais tout cela renvoie bien à la société corrompue par le fric que dénonce Shakespeare.

Cette version supermarché aura donc le mérite d’aller jusqu’au bout de son parti-pris qui peut énerver par son extravagance appuyée, sa folie tapageuse et démonstrative. Mais l’ensemble se tient malgré des longueurs notamment au dénouement qui aurait pu être expédié bien plus rapidement. ♥ ♥ ♥

LE MARCHAND DE VENISE (BUSINESS IN VENICE) d’après William Shakespeare. M.E.S de Jacques Vincey. Théâtre 71 (puis tournée). 3h (avec entracte).

© Christophe Raynaud de Lage

L’étoffe des songes hypnotisante de Guillaume Vincent

Avec Songes et métamorphoses, Guillaume Vincent orchestre un bal onirique qui interroge les pouvoirs du théâtre. Lieu de tous les possibles et de toutes les transgressions, la scène épanche les envies les plus folles. Aux Ateliers Berthier, le metteur en scène convoque une jeune troupe dynamique qui déclame son amour du théâtre avec une frénésie candide et ténébreuse de bon aloi. Les figures tutélaires d’Ovide et de Shakespeare se répondent en écho avec plus ou moins d’éclat mais toujours avec cette même énergie communicative.

Hommage aux anciens, le spectacle commence par actualiser plusieurs grandes métamorphoses ovidiennes. Toutes auront en commun l’altérité, le rapport à soi et au monde, la violence des liens humains et la question de la représentation. Premier ravissement avec l’histoire de Narcisse et Écho jouée par des écoliers . Le quatrième mur s’écroule et les bricolages naivement enfantins font mouche. Une girouette en aluminium représente le soleil et la lune, le carquois et les flèches de l’éphèbe sont en plastique… C’est adorable et ingénieux : l’effet truc et astuces souligne aussi et surtout la volonté de valoriser la pratique du théâtre amateur, qui permettra de faire le pont avec la pièce des artisans du Songe d’une nuit d’été.

L’entrée méta-théâtrale évoque le plaisir primitif qu’exerce l’art de la scène sur les gens, cette faculté de s’extirper de son être pour capter l’essence d’un personnage. Ce début alléchant dérive ensuite vers la fonction revendicatrice du théâtre. On retrouve le même professeur un peu dépassé par les événements (lunaire Gérard Watkins) qui enseigne cette fois-ci à des lycéens. Le ton monte : d’un côté le conservatisme prudent, de l’autre la jeunesse bouillonnante en soif d’aventures. Le mythe d’Iphis et Ianté, qui raconte des amours lesbiennes, cristallise les tensions. En imposant une interprétation pleine d’une gouaille libérée et naturelle, Vincent s’amuse à brouiller les pistes à l’envi entre fiction et réel : sommes-nous vraiment face à du théâtre ? Se moque-t-on de nous ? Brillant.

L’histoire incestueuse de Myrrha prend ensuite la relève : la transposition moderne fait penser à une comédie british pince-sans-rire avec ce dialogue surréaliste entre une fille ravagée par le désir, ronchonne et frustrée (épatante Elsa Agnès, impayable quand elle s’empiffre de corn-flakes) et un père embarrassé. En fin analyste des tabous, Ovide décortique les amours sulfuriques d’anti-héros n’ayant d’autre choix que de supplier une transformation, un entre-deux entre Eros et Thanatos, pour survivre.

Les Métamorphoses se concluent par un conte gothique à glacer d’effroi. Le mythe infanticide et anthropophage de Procné parachève en beauté cette première partie du spectacle. Exit la représentation en abyme choupinette du début en carton-pâte et place au film d’horreur gore. On admire les talents d’orfèvre de Vincent qui manipule les genres avec le doigté d’un magicien. Ce goût assumé pour l’hétéroclite insuffle une dynamique à l’ensemble et concourt à créer un sentiment d’étrangeté. Ici,  le plateau est plongé dans la pénombre, un dîner se prépare. Procné est devenue une femme de ménage battue et qui a décidé de mettre un terme aux humiliations. La transposition sociale fonctionne à merveille et Émilie Incerti est fabuleuse en diabolique ogresse à la voix rauque et envoûtante. Déjà formidable dans Rendez-vous Gare de l’Est, la comédienne nous emporte dans cette implacable vengeance avec un sens consumé du suspense. Les coups de carabine éclatent, l’hémoglobine gicle… Le mauvais goût des films Z flirte dangereusement avec Hitchcock et le mélange est savoureux.

Féérie noire
Après l’entracte, c’est au tour du grand William de monter sur scène. Pièce baroque par excellence, Le Songe d’une nuit d’été exacerbe la puissance de la magie et des rêves tout en pointant du doigt les ravages de l’amour. Ici, le chant (Britten and cie) occupe une large place et le couple féerique campé par les superbes Candice Bouchet (Obéron) et Estelle Meyer (Titania) entame de saisissants oratorios. Les confettis métalliques pleuvent dans cette obscure forêt.

Vincent a su amplifier la détresse du quatuor amoureux en transformant le comique chassé-croisé sentimental en une terrifiante course-poursuite où l’amour entraîne aux plus sombres folies. Cette sève sexuelle qui ne cesse d’affoler les battements cardiaques des jeunes amants est transposée avec intelligence sous la forme d’une dégradation vestimentaire. Les magnifiques habits nobles sont progressivement déchirés et salis par la boue. Nulle trace de Fragonard ici, les dérèglements des sens s’avèrent crus et sales. On saluera l’emportement engagé et viscéral d’Elsa Agnès, Elsa Guedj (un nom à retenir), Hector Manuel et Makita Samba. On regrettera cependant l’étirement de cet arc de l’histoire qui aurait gagné à être dégraissi. Malus également pour le jeu cabotin de Gérard Watkins dans le rôle de Puck. Ses tics s’avèrent vite agaçants.

En revanche, ne boudons pas notre plaisir concernant le sketch dilué de la pièce des artisans : cette séance d’impro faussement improvisée est absolument phénoménale et l’on rit à gorge déployée. Un alignement de chaises pour des comédiens qui discutent de leur rôle avec plus ou moins de plaisir (Charles-Henri Wolff est irréstible en beauf à demi-chauve dans le rôle de Thisbé et que dire encore une fois d’Émilie Incerti en lionne pas effrayante pour un sou). Il faut tirer notre chapeau à Florence Janas, époustouflante en coach castratrice et barrée. Le méta fonctionne à plein tube et l’on se réjouit de vite repasser à cette partie centrale de l’intrigue. La pièce de Pyrame et Thisbé conclut en un feu d’artifice délirant cette longue épopée de quatre heures.

Guillaume Vincent nous aura donc rappelé à propos à quel point le théâtre offre l’occasion d’une démarche réflexive sur notre capacité à s’approprier les différents rôles de notre vie. ♥ ♥ ♥ ♥

SONGES ET MÉTAMORPHOSES d’après Ovide et William Shakespeare. M.E.S de Guillaume Vincent. Théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier). 01 44 85 40 40. 4h avec entracte.

© Élizabeth Carecchio

Thomas Jolly, roi de la pop shakespearien

Après la conviviale odyssée shakespearienne de Henry VI, inutile de dire que Thomas Jolly était attendu au tournant. Adoubé par le public et la critique (et très prochainement aux manettes de deux opéras à Garnier et à l’Opéra Comique), le trentenaire poursuit logiquement son compagnonnage avec le grand Will en s’attaquant au gros morceau de Richard III. Ambitieux, le jeune Jolly l’est assurément en se distribuant dans le rôle-titre alors qu’on le voyait à peine (à la toute fin) dans sa saga de dix-huit heures. Avec sa double casquette d’acteur vedette et de metteur en scène, il prend des risques. S’il captive l’auditoire en crapaud bossu métamorphosé en diva capricieuse et sournoise, son travail scénique se révèle plus fragile et reste à la surface malgré une indéniable fougue rock’n’roll communicative.

Avec Richard III, Shakespeare signe sans doute l’une de ses tragédies les plus noires et acerbes. Folie du pouvoir, drame de la jalousie, complexe d’Œdipe et caprice de gosses cimentent la personnalité d’un aspirant au trône complexe et revanchard. Richard III, l’enfant rejeté et non désiré, se prend à rêver de gloire militaire et rien ne résiste à ses fourberies et ses traîtrises. Pas même et surtout pas sa famille que ce soient ses frères Clarence et Édouard, ses neveux ou sa belle-sœur Élisabeth.

De cette histoire de vengeance, Thomas Jolly replaque les codes propres aux jeux vidéo et aux séries qui ont contribué à établir son succès populaire. Le futur roi boiteux passe son temps à contempler ses caméras de sécurité, les enfants royaux s’éclatent sur leur console et l’insistance apportée aux effets sonores et lumineux confirme l’intérêt du jeune metteur à scène pour le spectaculaire saupoudré d’« entertainment ».

Si Shakespeare s’érige définitivement comme un dramaturge de l’hybris, Jolly n’hésite pas à en remettre une couche et c’est bien là le cœur du problème. Autant la durée marathonienne d’Henry VI, son ambiance si chaleureuse et la sensation d’avoir participé à une aventure inoubliable parvenaient à faire oublier ses maladresses, autant le resserrement de l’action (un peu plus de quatre heures) pointe fatalement du doigt les faiblesses de l’ouvrage. Concrètement, Jolly possède les défauts de ses qualités à savoir un élan énergique hors du commun, une belle idée du partage, une capacité à transformer le théâtre en « binge watching ». Mais peut-être par excès de générosité, sa mise en scène verse dans une surenchère qui frôle trop souvent le mauvais goût.

En témoigne la scène capitale de la première partie lors du mariage de Richard et d’Anne : le plateau se transforme en rave party rock et pop dans laquelle Jolly joue avec jubilation un maître de cérémonie diva à mi-chemin entre Lady Gaga (I’m a monster), Michael Jackson (le costume blanc et rouge) et Freddie Mercury (l’androgynie festive). Tout le monde danse, on chante, on s’agite, on fait sa rock star mais la mayonnaise ne prend pas devant un public frileux et circonspect. Un bide.

Trop de clinquant tue l’émotion
Plus précisément, ce Thomas Jolly soulève constamment des paradoxes qui entraînent des réactions à la fois agacées et ravies. Un exemple significatif est à chercher du côté de l’ambiance visuelle et sonore du spectacle. On ne sait jamais si l’on doit être consterné par l’aspect cheap de ces puits de lumière mobiles façon Star Wars et ces bruitages irritants qui prennent un peu le public pour des bécasses (inutile d’accentuer sans cesse les instants de crise par un son grandiloquent) ou, si au contraire, notre âme d’enfant ne resurgit pas par saccades devant cette avalanche d’effets spéciaux ludiques et régressifs (ces mêmes lumières stroboscopiques sculptent l’espace avec imagination tout en y imprimant une pulsion d’urgence).

Cependant, l’esthétique adoptée bascule globalement dans le clinquant et le « bling-bling » d’où un manque certain de cachet. Pourtant, le triomphe de Jolly depuis Avignon (il est désormais programmé partout en France) a dû entraîner une hausse significative du budget de la troupe de La Piccola Familia qui aurait pu être réinjecté dans une scénographie et une plastique générale plus ambitieuses. Ce parti-pris revendiqué contamine la dynamique de l’ensemble : en mettant en lumière de façon trop outrancière l’aspect show de Richard III, Jolly semble avoir perdu en chemin la matrice tragique de la pièce.

Heureusement, certains passages conservent tout leur poids dramatique et distillent une émotion authentique. Lorsque les trois mères, Marguerite, la veuve bannie et prophétesse (épatante Charline Porrone) ; Élisabeth, l’épouse royale qui vient de perdre ses enfants et son mari le roi (ambiguë Émeline Frémont) et la Duchesse d’York, la génitrice du monstre, se réunissent pour se lamenter et préparer leur vengeance, la tension est à son comble. Les trois tableaux représentant le trio de familles massacrées surplombent sans pitié ces femmes pitoyables. Sûrement le moment le plus bouleversant et le plus prenant de cette expérience (en plus des imprécations lancées par Marguerite). Thomas Jolly a par ailleurs eu raison de s’attribuer le rôle principal. Il en possède la carrure : le diablotin aime faire rire et se laisse aller à une insouciance tyrannique savamment maîtrisée. Drama queen poseur et insolent, il extériorise avec panache sa fureur de possession et intériorise sobrement ce conflit de gamin éternellement complexé. Belle composition.

Avec Richard III, Thomas Jolly ne réitère pas l’exploit d’Henry VI. Poussé aussi par des délais ultra rapides, le jeune metteur en scène semble s’être reposé sur ses lauriers et ses acquis alors qu’il aurait fallu passer la vitesse supérieure et monter un cran au-dessus dans sa réflexion sur ce monstre attendrissant. On attendait plus de cette nouvelle mouture : plus de surprises, plus d’émotion, plus de nouveautés. Si ce spectacle ne démérite absolument pas et se montre divertissant à souhait, il reste trop terre-à-terre et dans l’épate pour réellement convaincre. Un dosage plus équilibré entre poésie et spectaculaire aurait sans doute permis à ce Richard III de décoller davantage. ♥ ♥ ♥

RICHARD III de William Shakespeare. M.E.S de Thomas Jolly. Théâtre de l’Odéon. 01 44 85 40 40. 4h20 (entracte compris)

© Brigitte Enguerrand

Suliane Brahim et Jérémy Lopez, fougueux amants-enfants de Vérone

Étonnant quand on y pense. Le Français n’avait pas monté Roméo et Juliette depuis plus de soixante ans. Éric Ruf s’est longuement interrogé sur les raisons de cette désertion apparemment inexplicable. Bien décidé à dépoussiérer les clichés (souvent mièvres) qui collent à la peau de cette pièce culte, l’administrateur général opère une désacralisation généralisée du mythe des amants de Vérone. Plutôt que de calquer une image stéréotypée et préconçue, Ruf revient à une forme de genèse vierge et exalte la simplicité évidente de l’amour malgré les guerres claniques. Avec une distribution de « gueules », il livre une version racée et authentique de la tragédie shakespearienne.

Salle Richelieu, on est loin du faste doré et capiteux habituellement dévolu à la pièce du grand Will. Signée par le patron des lieux en personne, la scénographie nous plonge davantage dans un champ de ruines, vestiges d’une fête désenchantée. Pas de palace ici mais un immense décorum à la blancheur douteuse, lieu de rendez-vous et de rixes sordides (les nobles évoluent même dans des toilettes poisseuses et carcérales). La couleur terne est donnée d’emblée, les forces en présence constituent des êtres intermédiaires, des nantis victimes d’un déclassement brutal et sans appel.

Humanité à fleur de peau
Cette volonté de restituer un entre-deux, aussi bien historique (nous sommes sûrement dans les années 30-50, ambiance mafioso et dolce vita façon Audrey Hepburn dans Vacances romaines) que social met en lumière la profonde humanité du drame. Roméo et Juliette, avant d’avoir été transformés en archétypes, sont des êtres humains pris dans les tourbillons délicieux et incontrôlables du coup de foudre. Ruf a délibérément opté pour deux rôles éponymes inattendus. D’un côté, la brunette Suliane Brahim se révèle à croquer en nymphe faussement prude, ravissante dans ses multiples robes rehaussées d’un serre-tête fleuri. Sans jamais verser dans la niaiserie, elle délivre plutôt une candeur mutine et une maturité enfantine. De l’autre côté, le bondissant Jérêmy Lopez accède enfin à son premier grand rôle à la Comédie-Française. Habitué aux emplois comiques de trublions, le jeune moustachu prouve qu’il en a sous le capot :  s’il conserve toujours sa maladresse attachante et son impétuosité, il sait également manifester la profondeur d’un cœur simple débordé par la passion. Si le pari semblait risqué sur le papier, le résultat sur scène en vaut la chandelle.

Si le tandem séduit, le reste du casting imposant n’est pas en reste. Un petit mot pour chacun : Claude Mathieu se fait plaisir en nourrice un peu autoritaire et beaucoup dévouée à sa jeune maîtresse ; Danièle Lebrun se surpasse en Lady Capulet survoltée. Serge Bagdassarian, physiquement méconnaissable, incarne avec bonhomie la voix de la sagesse de Frère Laurent ; Laurent Lafitte et Pierre-Louis Calixte des cousins de Roméo fiévreux et déconneurs (irrésistible numéro de music-hall) ; Didier Sandre se montre très élastique en Capulet fêtard et taquin, hilarant en costume de soubrette mais également colérique et injuste à souhait. Dans sa direction d’acteurs, Ruf parvient donc à naviguer aisément du rire au tragique dans un mouvement fluide.

Pour sa première mise en scène en tant que directeur du Français, Éric Ruf frappe fort avec cette mouture si proche de nous, d’une brutalité exaltée, négociant parfaitement les virages sentimentaux et comiques ; nerveux et apaisés. Malgré la traduction indigeste de François-Victor Hugo, on reçoit la tragédie intemporelle de Shakespeare avec une force vivace. De la belle ouvrage et un joli succès en perspective. ♥ ♥ ♥ ♥

ROMÉO ET JULIETTE de William Shakespeare. M.E.S d’Éric Ruf. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h45 (entracte compris)

© Vincent Pontet

Norah Krief, muse shakesperarienne

Pétrarque aimait Laure ; Ronsard était fou de Cassandre et Shakespeare raide dingue de… Norah Krief. Désireuse de pousser la chansonnette depuis longtemps, la comédienne s’improvise rock star avec une fureur poétique électrisante. Déchaînant une foule en liesse, la muse aux boucles folles célèbre l’inconstance du monde une heure durant à travers une vingtaine de sonnets sélectionnés parmi les poètes du grand Will.

Bustier rouge glamour et pantalon noir fluide : silhouette androgyne pour Norah Krief, petit bout de femme au regard malicieux et séducteur. Entourée de trois troubadours nerveux et complices (Philippe Floris à la batterie ; Frédéric Fresson au piano et Philippe Thibault à la basse), la poétesse s’est montrée particulièrement perspicace dans le choix des sonnets évoquant tout bonnement le cycle de la vie. De l’innamoramento au rejet, de l’ivresse de l’amour fou à la solitude et à la vieillesse, Norah Krief traverse l’existence avec une présence hallucinante.

Performance protéiforme
Dans un boudoir baroque envahi par des miroirs d’artistes et des tapis orientaux, la chanteuse se métamorphose à son gré en diva sexy, en farfadet alcoolisé ou en amante désabusée. À chaque incarnation correspond un style musical : world music, tribal, ballade et rock bien sûr. Ces Sonnets retrouvent leur pouvoir rythmique performatif et le passage de la lecture à la scène permet de saisir avec émerveillement les possibilités multiples de scansion.

Fée mutine, Norah Krief rend ainsi hommage à Shakespeare avec une énergie folle. Épaulée avec doigté par Richard Brunel, elle chante l’universalité des émotions telle une sirène ensorcelante. Et nous berce d’une mélodie survoltée et douce-amère. ♥ ♥ ♥ ♥

SONNETS de William Shakespeare. M.E.S de Richard Brunel. Théâtre de la Bastille. 01 43 57 42 14. 1h10.

© Jean-Louis Fernandez

Un Roi Lear plongé dans les Années folles

Pari risqué de monter un classique dans un grand théâtre privé, plus enclin à miser sur les valeurs sûres des comédies contemporaines. Pourtant, Jean-Luc Revol affiche ses ambitions en se lançant à la conquête du Roi Lear, sommet dramatique s’il en est. Dans un souci de lisibilité évident, le metteur en scène livre une version populaire de la tragédie shakespearienne loin d’être déplaisante mais trop grand-guignol pour susciter une réelle émotion.

En 1929, à la veille du crack boursier, Lear décide de léguer son empire de magnat du cinéma à ses trois filles. Au moment d’établir le testament du vieillard, Cordélia, la benjamine, refuse de se complaire en compliments hypocrites tandis que les deux aînées rivalisent de flatteries. En répudiant son enfant chérie, le roi signe son arrêt de mort et entame une folle descente aux Enfers.

À mille lieues du travail platement scolaire de Schiaretti, l’adaptation de Revol ne manque pas d’idées. Transposée en pleines Années folles, la pièce souligne avec plus de force le contraste entre l’insouciance pétillante d’un monde à la Gatsby (savamment soulignée par le soin apporté aux costumes) et la chute irrémédiable d’un univers gangrené par l’ingratitude et les trahisons.

Si Revol expose clairement les enjeux du Roi Lear en proposant un divertissement pur, ses intentions scéniques demeurent plus brumeuses. Sans doute trop gourmand dans ses expectatives, il tente d’établir une mise en abyme cinématographique de la pièce. En d’autres termes, un work in progress dévoilant les coulisses d’un studio. Plusieurs indices titillent la curiosité du public comme les décors changés à vue avec indications scénographiques ou bien un petit film liminaire évoquant le cinéma des années trente.

Grand-guignol
Cependant, cette dimension réflexive de l’art ne se révèle pas assez tranchée pour constituer un fil conducteur établi. Malgré tout, certains choix peuvent accréditer la cohérence d’un tournage de film. La scène de l’énucléation du pauvre Gloucester en fournit un exemple idéal : le grotesque des combats combiné à un féroce surjeu vont dans le sens d’une forme de distanciation.

En voulant proposer une lecture accessible d’une œuvre ardue et parfois bavarde, Revol échoue à trouver un équilibre convenable entre lisibilité et noblesse. Avec son ambiance parodique de films de gangsters et son insistance sur les conflits exacerbés entre les membres d’une même famille, ce Roi Lear évoque davantage Dallas chez les mafieux que le drame terrible de la sénilité.

Du coup, cette sensation permanente d’outrance comique se répercute sur l’interprétation des acteurs qui n’arrivent pas à provoquer une impression de grandeur dans la composition de leur personnage. Globalement, la distribution s’avère faible parce que mal dirigée. Le couple de sœurs vipérines incarné par Marianne Basler et Anne Bouvier illustre ainsi cette propension à éluder le tragique de leur rôle en se vautrant dans des manières de divas pénibles.

Heureusement, quelques comédiens sauvent la mise, à commencer par le rôle-titre. Michel Aumont régale en pater familias bougon et obstiné. Il apporte en outre une douceur émouvante à son jeu. Un ours bourru mais profondément sensible. Bruno Abraham-Kremer campe le solide comte de Kent avec beaucoup d’aplomb et de confiance tandis qu’Arnaud Denis incarne un Edmond perfide et filou en diable, dandy rempli d’auto-dérision. Denis d’Arcangelo, enfin, insuffle une légèreté grivoise au rôle du Fou transformé en aviateur pour l’occasion.

Deux heures quarante durant, Revol nous embarque donc dans un voyage fitzgéralidien entraînant et ludique mais dénué d’une quelconque poésie majestueuse pourtant inhérente à cette pièce culte. L’esprit de Shakespeare semble dès lors un peu éloigné de nous… ♥ ♥

LE ROI LEAR de William Shakespeare. M.E.S de Jean-Luc Revol. Théâtre de la Madeleine. 01 42 65 07 09. 2h45.

© Christophe Vootz

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Au Théâtre de la Ville, Mélanie Leray propose une version déjantée en mode gangster-disco d’une comédie misogyne de Shakespeare, La Mégère apprivoisée. Assumant avec malice une vulgarité outrancière, la jeune metteur en scène ose le « too much » avec fantaisie.

La Reine Elisabeth, première du nom, ouvre les hostilités au lever de rideau : tout en confessant sa faible condition de femme, elle revendique son cœur et son estomac d’homme. Cet ajout initial de Mélanie Leray impose d’emblée l’intelligence de sa lecture de la pièce en liant le destin de la souveraine anglaise (contemporaine de Shakespeare) à celui de Catherine, cette fameuse mégère qui fait tourner en bourrique son entourage. Prisonnière de l’inégalité sexuelle, l’anti-héroïne éponyme joue les rebelles et refuse de se soumettre à la loi patriarcale. Bianca, sa ravissante sœur cadette, charme tout le voisinage mais ne pourra se marier qu’à condition que son aînée se fasse au préalable passer la bague au doigt. Mais qui voudrait épouser cette colérique virago ? Petruccio, un gentilhomme vénal, s’accommodera parfaitement de la situation. Entre l’opportuniste et la tête de mule s’engage un combat verbal étonnant, dans lequel le perdant n’est pas celui que l’on croit…

Le titre programmatique de la pièce de Shakespeare devrait tracer les contours de la métamorphose de la chatte en brebis inoffensive. Le personnage de Catherine symbolise une percée féministe avant l’heure définissant une émancipation des sexes. Cependant, le mariage reconfigure les destins et les hommes reprennent le dessus. Petruccio use de toutes les tortures possibles pour mater son épouse indisciplinée : famine (hilarant épisode avec un paquet de chips), privation de sommeil, miroitement d’habits magnifiques… La lobotomie semble s’effectuer sans accroc mais le final de la pièce, en forme de manifeste misogyne, renvoie davantage à une méchante ironie soulignant la bêtise du pseudo sexe fort. D’où la position paradoxale et délicate à établir de Shakespeare.

Mélanie Leray réussit un coup de génie en fusionnant caricature et finesse d’analyse dans sa mise en scène. Elle parvient à mettre le doigt sur la fausse soumission de Petruccio : bien plus qu’un maître idiot et violent, il s’agit du double de Catherine. Il lui enseigne comment le langage peut se transformer en redoutable arme de persuasion. La hargne peu subtile de la louve s’est transformée sous l’apprentissage du mari en sournoise manipulation : tel un gourou, Catherine hypnotise ses proches à la fin tout en indiquant clairement qu’elle n’est pas la dupe de son discours de femme soumise. L’air de rien, Leray propose ainsi une trajectoire féminine complexe.

Pour le reste, elle ne se prive de rien et s’éclate comme une gosse sur le plateau : d’autres trouveront à coup sûr qu’elle en fait des tonnes mais pour le coup, cet aspect exagéré se montre cohérent avec la vision qu’offre Leray. Sous l’égide d’un capitalisme éhonté où les billets pleuvent à gogo, où tout peut se mettre aux enchères (même ses propres filles !), où les machines à sous contrôlent le sort de nos vies, la cour italienne se montre bouffonne à souhait. Leray aurait pu se vautrer dans un grotesque hors de propos (on se souvient de la mise en scène catastrophique de Hamlet par Jemmett au Français) mais étrangement, la mayonnaise prend royalement. Parodiant allègrement Le Parrain et autres films de mafieux véreux, Leray opte pour un comique kitsch appuyé dont l’effet est garanti par la maîtrise incroyable de la vidéo. Constamment en gros plan, les visages des acteurs peignent une hyperbole émotionnelle épatante. Stupéfaction, crise de larmes désopilante (provoquée par des gouttes pour les yeux abondamment versées) ou incompréhension, tout y passe.

Baignant son intrigue dans les années 60-70 (mention spéciale aux magnifiques costumes de Laure Mahéo), Leray lorgne vers la période disco avec une Veuve à la coupe afro dynamique (formidable Ludmilla Dabo dont les intermèdes musicaux sont une pure merveille). Surfant sur les anachronismes avec un naturel déroutant, la metteur en scène dirige en outre ses acteurs à la baguette : Laetitia Dosch se distingue en odieuse Catherine impitoyable dont la feinte soumission cache une intelligence hors pair. Clara Ponsot campe une Bianca faussement sainte-Nitouche avec aplomb tandis que Vincent Winterhalter insuffle une désinvolture pathétique à Petruccio. Enfin, Jean-Benoît Ugueux amuse en valet Lucky-Luke aussi bienveillant que crétin.

Ainsi, cette Mégère apprivoisée séduit par son irrévérence revendiquée, son goût de l’éclectisme et sa grossièreté toujours justifiée. Prenant et malin. ♥ ♥ ♥ ♥

© Brigitte Enguérand
© Brigitte Enguérand

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