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Sébastien Pouderoux

Les volutes envoutantes de Lilo Baur

Un incendie loufoque flamboie en ce moment au Vieux-Colombier. Après avoir monté du Federico Garcia Lorca, Lilo Baur revient au théâtre ibérique en montant Après la pluie de Sergi  Belbel. Décalée, caustique et cruelle, cette comédie aux accents futuristes met à mal le monde de l’entreprise. Les comédiens (et surtout les comédiennes) du Français jubilent dans leur costume pastel et nous avec ! On aurait presque envie de s’en griller une avec eux…

En 1991, la loi Évin affolait les fumeurs. Exit le tabac dans les lieux publics ! Deux ans plus tard, le Catalan écrivait Après la pluie. Résonnant fortement avec l’actualité de l’époque, cette pièce décrit l’impact de cette répression au sein-même d’une boite. Au sommet d’une tour de quarante-neuf étages, cohabitent de manière plus ou moins forcée tout un microcosme d’êtres accros à la nicotine. Pas de hiérarchie sociale ici : secrétaire,  programmateur, de coursier ou directeur, tout le monde est logé à la même enseigne. On se cache par peur d’être dénoncé. Comment trouver le bonheur dans cette atmosphère délétère et ne pas succomber asphyxié ?

Catherine et Liliane au Français
À mille lieues d’un quelconque réalisme, la pièce interpelle par sa fantaisie pleine de verve fleurie. Les dialogues (souvent de sourds) sont franchement savoureux. Quel délice d’écouter ces commères de secrétaires cancaner les unes sur les autres. Clotilde de Bayser est déroutante en rousse-pythie ; Véronique Vella touche toujours autant par sa sensibilité humaine ; Anna Cervinka est irrésistible en cruche à côté de ses pompes (cette fille-là possède un abattage comique assez hallucinant). Rebecca Marder est encore verte dans son jeu : pas vraiment à l’aise encore (ceci dit, la comédie lui sied mieux que la tragédie…). Cécile Brune campe une directrice utopiste toujours pleine de gouaille au vocabulaire ordurier déchaîne les zygomatiques.

Côté mâles, le charmant Alexandre Pavloff mouille la chemise en directeur veule et méprisable ; Sébastien Pouderoux est craquant en informaticien coincé et désabusé par l’ardeur de ses collègues et Nâzim Boudjenah étonnant en coursier lubrique et beauf.

La troupe parvient avec humour et intelligence à faire ressortir la solitude des personnages qu’ils incarnent. Confinés dans un espace réduit, ils s’écoutent parler ou tentent de se rassurer au lieu de prendre en compte le discours de l’autre. On préfère imaginer une romance en croyant apercevoir un couple au loin, rêver d’une société à but non lucratif. Tout pour échapper à un travail abrutissant et stérile. Fumer, c’est aussi paradoxalement tenter de s’aérer l’esprit au sens propre comme figuré…

La scénographie d’Andrew Edwards joue sur les reliefs et les dimensions. Des poutres évoquent des étages superposés qui occasionnent le vertige. Comme celui qu’éprouvent les employés entre attirance et répulsion. On a l’impression d’être suspendus dans les airs tout comme de naviguer à bord d’un navire.

Après la pluie impose par contraste la métaphore du feu : sécheresse interminable, fumée rougeoyantes, incendie, crash d’hélicoptère… Lilo Baur restitue ce climat d’insécurité et d’angoisse avec parcimonie, comme si les protagonistes évoluaient dans une cocotte-minute prête à exploser à tout moment.

La tension se libère enfin avec l’arrivée providentielle de la pluie. On peut enfin devenir maître de sa vie et se délivrer d’une routine monotone et bien morne. L’eau finit par laver la crasse et les relents pestilentiels qui ont imprégné la vie terne de ces êtres. Sous le vernis comique et absurde à la Catherine et Liliane se dissimule une leçon de vie et d’espoir inspirante. ♥ ♥ ♥ ♥

APRES LA PLUIE de Sergi Belbel. M.E.S de Lilo Baur. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 1h40

© Brigitte Enguérand

 

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La Mouette d’Ostermeier rit jaune

On garde un souvenir éprouvant des Revenants d’Ibsen montée par Thomas Ostermeier en 2012 aux Amandiers. C’était la première fois que le directeur de la Schaubühne s’entourait d’une distribution exclusivement francophone. La mayonnaise n’avait pas pris, faute d’une direction d’acteurs rigoureuse et engagée. Quatre ans plus tard, Ostermeier récidive avec plus de bonheur en confrontant La Mouette tchekhovienne à notre modernité. Même casting (ou prou) mais cette fois-ci, la sauce ne dégouline plus (trop). A l’Odéon, le metteur en scène allemand déplace délibérément le curseur vers l’humour grotesque : une Mouette au rire cassant et inconvenant soutenue par la délirante Valérie Dréville.

Sueurs froides et gros malaise pendant les quinze minutes d’exposition : une peintre se lance dans une esquisse d’estampe japonaise au fond de la scène. On croit y déceler des ailes de mouette mais non en fait. Le temps paraît bien long. Tous les personnages sont assis autour d’une grande boîte grise. La dépressive Macha et l’instituteur un peu bête Medvedenko se bougent enfin jusqu’au centre d’un promontoire en bois. Et là, c’est le drame : pourquoi Cédric Eeckhout se met-il à déblatérer sur la Syrie et la loi 49-3 ? On cherche encore le rapport. Surtout qu’Ostermeier confesse lui-même avoir resserré son adaptation autour de l’art et de l’amour. Bon. Que c’est laborieux ! On a peine pour le comédien. Cette sorte de sketch gratuit et inutile semble totalement déplacé et la soirée commence très mal.

Heureusement, on rentre ensuite dans le vif du sujet : La Mouette oppose deux crédos artistiques entre d’un côté l’académisme et le conventionnel de la vieille école incarnée par l’écrivain Trigorine et l’actrice Arkadina et de l’autre côté, la jeune avant-garde fougueuse et des idées (parfois ridicules) plein la tête représentée par le dramaturge Treplev et la belle Nina. Qui emportera la bataille ?

Cette Mouette est l’occasion d’apercevoir une autre facette d’Ostermeier : il peut se montrer absolument hilarant. Notamment lors de cette scène de réécriture dans laquelle Treplev dézingue les tics des metteurs en scène contemporains alors qu’il en est lui-même la victime. Kostia déplore la paresse de ses collègues, toujours enfermés dans des décors minimalistes blancs avec des personnages à poil ou en slip parlant dans des micros… tandis que dans le fameux épisode de la tirade en plein air, le charmant Matthieu Sampeur apparaît torse nu. La fragile Nina, elle, se transforme en performeuse à la voix d’outre-tombe rappelant L’Exorciste (ou Jeanne Moreau) avec derrière elle un bouc ensanglanté suspendu. Ce moment de grand guignol réjouit par sa franchise et son insolente moquerie. Et pour le coup, l’adaptation s’avère parfaitement justifiée.

Valérie Dréville, drama queen d’exception
On rit beaucoup dans cette Mouette : l’accent sur les émotions et la tragédie de la jeunesse impuissante est mis en sourdine. Attention, on n’est pas à la fête de la saucisse pour autant. Non, ici on a affaire à un rire très jaune, outrancier, à relier avec des crises d’ego et la sensation d’une imposture. C’est l’actrice Arkadina qui cristallise le plus ce malaise. Et il faut avouer que Valérie Dréville est à se damner dans un rôle enfin clairement comique. Extra en vamp sur le retour, lunettes de soleil et trikini pour faire la belle. Elle balade son petit monde avec l’assurance d’une ogresse mégalo. Quel pied ! Matthieu Sampeur lui donne la réplique avec une sensibilité à fleur de peau. Son Kostia tourmenté offre un contraste saisissant avec l’insouciance de sa mère. En revanche, Mélodie Richard semble bien fade et transparente en comparaison. Elle correspond à son personnage, un peu molle et insignifiante.

En somme, malgré un début fastidieux et une fin poussive (les trente dernières minutes rament), cette Mouette brille par son autodérision et son humour grinçant. Ostermeier utilise la pièce de Tchekhov pour y projeter ses propres réflexions sur l’art d’aujourd’hui, sur ses cliches condamnables. Peut-on réussir pour le moment à les dépasser ? Vu le destin tragique de Kostia, la réponse paraît négative… ♥ ♥ ♥

LA MOUETTE d’Anton Tchekhov. M.E.S de Thomas Ostermeier. Théâtre de l’Odéon. 01 44 85 40 40. 2h35.

© Arno Declair

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Dea Loher. Retenez bien son nom. La dramaturge allemande née en 1964 effectue une entrée fracassante au répertoire du Français avec Innocence. Le québécois Denis Marleau accompagne avec une douceur gracieuse et stylisée cette quête de sens construite sous forme de kaléidoscope choral sur les laissés pour compte.

Une grande ville portuaire. Fadoul (Bakary Sangaré, incroyable conteur) et Elisio (enragé Nâzim Boudjenah), deux immigrés clandestins. Une noyée rousse ressemblant étrangement à Rosa (agaçante Pauline Méreuze au jeu trop maniéré). Franz, son mari, croquemort (décevant Sébastien Pouderoux). Frau Zucker, sa belle-mère ex-communiste, diabétique et unijambiste (hilarante Danièle Lebrun). Absolue, une aveugle strip-teaseuse (malicieuse et touchante Georgia Scalliet). Ella (Cécile Brune dans une forme olympique), la philosophe vieillissante qui disserte sur La Non-Fiabilité du monde. Frau Habersatt, la mère mythomane (Claude Mathieu, sublime égarée). Deux candidats au suicide (cocasses Louis Arène et Pierre Hancisse). En somme, un microcosme d’éclopés et d’handicapés dont la vie bascule par un événement peu ordinaire : une montagne d’argent dans un sac plastique, la folie, le deuil d’un enfant, la culpabilité.

Dea Loher ne verse jamais dans un misérabilisme facile : elle semble éprouver une vive sympathie pour ses personnages banals en quête de rédemption et la tête pleine de rêves… Sans émettre de jugement moral, l’auteur questionne notre responsabilité individuelle et collective, notre force de résilience et la prise en main possible ou non de notre destin. La construction astucieuse en tableaux, amplement adoptée de nos jours dans les écritures dramatiques, permet un déplacement de focales en va-et-vient, une constellation de lumières qui forme petit à petit un cosmos d’êtres réunis par les contingences. On passe ainsi d’une solitude lugubre à la lente édification d’une solidarité timide mais solide.

Dans une boîte à musique où les mélodies s’isolent et se rejoignent, Denis Marleau orchestre sa partition avec doigté : tous présents sur scène, les douze acteurs dessinent une cartographie ramassée et dessinée par touches impressionnistes : ces essaims d’entités virevoltent au gré d’une narration cassée et alternée, contribuant à créer une dynamique tout en jouant avec une structure en trous savamment bâtie. Certaines histoires se révèlent plus passionnantes que d’autres (notamment celle d’Absolue) d’où quelques longueurs mais l’ensemble tient la route.

Saluons à ce titre, la création vidéo de Stéphanie Jasmin qui consolide la charpente de la mise en scène en distillant des images ravissantes de candeur, douces et tendres, abstraites et enfantines. Ce support d’images évite de sombrer dans un réalisme déplacé et concoure à apporter une touche d’onirisme bienvenue dans ce monde inhospitalier où la tour des suicidés comptabilise ses morts…

Il était donc temps que la Comédie-Française accueille dans sa prestigieuse salle Richelieu des auteurs dramatiques actuels de premier ordre, qui plus est des femmes. En renouvelant son répertoire, la maison de Molière peut ainsi capter un public différent, en quête de nouvelles écritures. Remercions Laurent Mulheisen, conseiller littéraire du Français et traducteur français attitré de Loher, d’avoir convaincu Muriel Mayette de monter cet écrivain majeur et célébré Outre-Rhin. Innocence de Dea Loher s’apparente à un soutien bienveillant envers les démunis, ceux qui souffrent mais persistent dans leurs espérances. Et Denis Marleau a réussi à restituer toute la poésie de la dramaturge allemande en alimentant un univers d’images attachantes qui trouveront sans doute écho chez chacun d’entre nous. ♥  ♥  ♥  ♥

© Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

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Après Un Conte d’hiver monté au Studio-Théâtre en 2004, l’administratrice générale du Français récidive dix ans après avec Le Songe d’une nuit d’été. Muriel Mayette voit dans cette comédie shakespearienne féerique « une dimension physique » omniprésente. Prenant le parti d’inscrire ce Songe dans la chair la plus sensuelle, la metteur en scène dirige sa troupe avec un sens du détail exceptionnel et nous prouve encore une fois que la saveur de cette institution repose sur son esprit d’équipe. Carburant à fond les manettes sur l’humour, Muriel Mayette donne à voir une version intense, loufoque et endiablée de cette pièce. La scénographie ultra minimaliste de Didier Monfajon se révèle beaucoup moins séduisante, ne parvenant pas à évoquer de façon suffisamment concrète cet univers enchanteur. L’administratrice aurait pu laisser libre cours à sa fantaisie d’une façon bien plus démonstrative et poétique, vu les moyens de la maison de Molière. On déplorera aussi le choix discutable de symboliser ces êtres irréels et magiques par des faunes préhistoriques bien loin de nous faire rêver… Bilan mitigé donc mais globalement positif.

Grande effervescence à Athènes ! Le roi Thésée prépare son mariage avec la reine des Amazones Hippolyta. Dans la forêt avoisinante, le roi des fées Obéron querelle sa femme Titania au sujet de leurs possibles amants. Pendant ce temps là, un quatuor d’amoureux transis mais chagrins ne parvient pas à se mettre d’accord : Hermia aime Lysandre mais son père Égée la promet à Démétrius, poursuivi par les ardeurs de la jeune Héléna. Des artisans, sous la houlette du vantard Puck, répètent également une tragédie pour les noces de leur roi. Dans ces bois charmeurs, où tout le monde se retrouve réuni, Obéron jette un sort sur tous ces personnages, assisté par le facétieux Puck. Résultat : les amours changent de cible et l’égarement règne en maître lors de cette nuit rêvée, vécue ou fantasmée selon les ressentiments de chacun.

Cette adaptation du Songe est l’épreuve du feu pour Muriel Mayette : vivement critiquée par la troupe, l’administratrice était  attendue au tournant pour ce qui pourrait être l’une de ses dernières mises en scène au Français. Autant le dire de suite : ce Songe est loin d’être une catastrophe malgré des partis pris scéniques et dramaturgiques parfois hasardeux.

Ces points noirs peuvent être répartis en deux catégories : les décors trop peu suggestifs et la volonté de faire ressembler les fées et les elfes à des créatures repoussantes et peu charmantes. On se demande pourquoi Muriel Mayette a opté pour cette scénographie presque nue, reposant sur une immense bâche blanche en toile de fond avec des colonnes souples de la même couleur. Visuellement, le rendu s’avère plutôt laid et ne permet pas de s’immerger dans ce monde enchanteur et étranger aux mortels. Certes, la décision de Mayette peut se révéler maligne : ce décor quasi inexistant permettrait de projeter toutes nos illusions et chacun de nos fantasmes au gré de notre imagination. Or, le minimum que l’on demande à un metteur en scène, c’est d’oser prendre des risques et de les assumer. Ce flou scénique et artistique ne nous a pas convaincus, jugé trop facile. Il est certain qu’on ne s’attendait pas à la baguette magique ou au chapeau pointu mais la moindre des choses aurait été de nous indiquer ne serait-ce qu’un peu la vision qu’aurait eu Mayette de cet univers féerique.

Si les décors ne permettent pas de se faire un avis, en revanche les costumes et les attitudes des fées et autres elfes renvoient clairement à un royaume préhistorique, bestial et sauvage. On cherche encore à comprendre en quoi ces faunes revêtus de fourrures de bêtes et de longues queues inspirent la féerie. Les costumes de Sylvie Lombart, inspirés par Jérôme Bosch, émerveillent les regards mais semblent à contresens de l’image que l’on se fait habituellement des fées. Dans l’inconscient collectif, ces êtres sont liés à la douceur, aux bonnes manières, à la beauté et à la gentillesse. Ici, que nenni ! La reine Titania, campée par une Martine Chevallier féline, hurle comme une chatte sauvage tandis qu’Obéron se montre diaboliquement inquiétant et n’inspire aucune sympathie. Christian Hecq, à son habitude, fait divinement bien le clown et divertit allègrement la compagnie. La révélation comique se nomme néanmoins Louis Arène, absolument incomparable dans le rôle de Puck. L’acteur, à mi-chemin entre Gollum et Scrat de L’Âge de glace, grogne et provoque à chacune de ses apparitions un rire sincère. Génial en gaffeur joueur, il insuffle un humour constant à la pièce. Même si cette transposition caverneuse du monde des fées nous a laissés dubitatifs, force est de reconnaître que Muriel Mayette joue la cohérence permanente à ce niveau-là.

Malgré ces deux défauts lourdement handicapants, cette mouture 2014 possède un grain bien particulier. Félicitions d’entrée de jeu le formidable travail de troupe des vingt comédiens présents sur scène qui tirent chacun leur épingle du jeu. La metteur en scène a vraiment bien fait de privilégier les jeunes talents de son équipe, donnant ainsi à cette version une fraîcheur et une joie vivifiantes. Comment ne pas ovationner le quatuor d’amoureux contrariés incarnés par les fougueux et virils Laurent Lafitte et Sébastien Pouderoux accompagnés des délicieuses Adeline d’Hermy et Suliane Brahim, idéales en pestes gamines et boudeuses. Ces quatre comédiens font des étincelles et assurent les meilleures parties du spectacle. Ils permettent également de mettre l’accent sur l’importance de la sensualité et de la gestuelle dans cette adaptation. Affriolantes en nuisettes ou excitants torses nus et velus, le quatuor se caresse sans cesse, joue au chien, touche des seins ou se fait des baisers dans le cou. Ce lit des rêves trouve sa concrétisation idéale avec ce carré amoureux. Tout comme les elfes et les fées, les mortels sont régis par des pulsions sexuelles bestiales incontrôlables.

L’autre atout fort niveau distribution réside dans la troupe des artisans comédiens emmenée par le boute-en-train Jérêmy Lopez, excellent dans le rôle de Bottom. Pierre Hancisse, Benjamin Lavernhe et Stéphane Varupenne complètent l’équipe avec une douce folie. Le bouquet final de la pièce, la représentation de Pyrame et Thisbé, achève ce Songe par un feu d’artifice magistral. S’amusant sur un registre burlesque, les comédiens donnent une farce hallucinée  et hilarante de cette histoire tragique.

Cette version bénéficie aussi de détails scéniques intelligents et bien pensés comme cette métalepse dramaturgique inaugurée d’emblée par la présence des aristocrates prenant place aux premiers rangs de l’orchestre. Michel Vuillermoz en autoritaire Thésée, et Julie Sicard en Hippolyta soumise, mènent le bal et invitent leurs convives à s’installer et à discuter avec le public. Cette rupture finement pensée revient notamment à la fin lors de la mise en abyme de la représentation théâtrale. L’effet relève d’une simplicité astucieuse de bon ton. Les morceaux chantés sont divertissants et savamment distillés bien que dispensables. On se croirait à Broadway version Grinch !

Ainsi, ce Songe vaut le détour d’abord par la qualité d’interprétation démentielle de la troupe, extrêmement bien dirigée. pour son rythme haletant et hilarant qui tient la distance et pour sa chorégraphie sensuelle et charnelle au service du texte. Néanmoins, des réserves se font fortement ressentir, surtout au niveau de l’absence d’audace scénographique et du manque d’onirisme de la pièce, pas assez affirmé à notre goût. En outre, ces faunes monstrueux apparaissent comme un contresens à l’ambiance magique et accueillante que l’on est en droit de s’attendre lorsque l’on évoque le royaume des fées. Le mot de la fin revient à Puck, qui une fois le rideau baissé lance au public qu’il faut être indulgent sur la comédie qui vient de nous être contée. Ce appel à la bienveillance résonne cruellement dans le contexte de crise actuelle que traverse le Français… ♥ ♥ ♥ ♥

© Pascal Victor
© Pascal Victor

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