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Raphaëline Goupilleau

Mentir ? Un jeu d’enfant pour Raphaëline Goupilleau !

Déjà dans Même pas vrai ! Sébastien et Nicolas Poiret avaient brodé une brillante comédie autour du secret et de l’ineffable Raphaëline Goupilleau. Ils récidivent avec Deux mensonges et une vérité au Rive-Gauche. Toujours aussi habile, le duo de dramaturges réussit à concocter une pièce au tempo serré, aux répliques tueuses et à la distribution colorée. Une autre bonne surprise de la rentrée avec Papa va rentrer.

Vingt-sept ans déjà que Catherine et Philippe sont mariés. Un bonheur sans nuages. Pourtant, lors d’un dîner romantique, Philippe commet une gaffe : il avoue à sa femme qu’ils n’arrivent plus à se surprendre car ils se connaissent sur le bout des doigts. Tandis que Monsieur y voit la preuve d’une union solide, Madame se montre nettement plus blessée. Il se lance alors dans un jeu qui va se retourner contre lui : il soumet sa femme à un défi, celui de trouver le mensonge parmi trois affirmations. Facile pour elle mais le calvaire débute pour l’avocat lorsqu’il doit deviner quelle est la vérité…

Trio infernal
On suit avec un plaisir certain l’enquête de Philippe et le jeu du chat et de la souris entre lui et sa femme. Avec un abattage de tous les diables, Lionel Astier est génial en mari crédule qui démarre au quart de tour. Sa mauvaise foi, son côté grognon et ses plaidoiries abracadabrantesques envoient du lourd. Raphaëline Goupilleau, elle, se montre toujours aussi délicieusement roublarde, sûre d’elle en maîtresse du jeu. Le feu colérique du premier s’allie à merveille avec la gourmande tranquillité de la seconde. Frédéric Bouraly complète le duo en meilleur ami gaffeur, à côté de la plaque et radin qui n’en rate pas une. Les trois autres comédiens, au rôle bien plus fade, sont par conséquent assez transparents.

Nonobstant un décor laid et insignifiant et quelques coupes à faire, Deux mensonges et une vérité s’impose comme une comédie solide, alerte et accueillie par de chaleureux applaudissements. À n’en pas douter, cette pièce risque de bénéficier d’un bouche-à-oreille du tonnerre. Et tant mieux ! ♥ ♥ ♥ ♥

DEUX MENSONGES ET UNE VÉRITÉ de Sébastien Blanc et  Nicolas Poiret. M.E.S de Jean-Luc Moreau. Théâtre Rive Gauche. 01 43 35 32 31. 1h40

© Fabienne Rappeneau

Une Médiation musclée à s’en décrocher les mâchoires

Et si tout était sujet à comédie ? Chloé Lambert le prouve avec sa Médiation, petit bijou inattendu dont elle a le secret. Au Poche, rien ne va plus entre un couple qui se déchire pour la garde de leur garçon et deux médiatrices aux méthodes diamétralement opposées. Julien Boisselier s’empare de ce capharnaüm communicationnel avec un sens du rythme effréné et une direction d’acteurs qui laisse libre cours aux excès comique en tout genre. En compagnie de ce quatuor de zinzins, on rit volontiers tout en se questionnant sur la valeur du mot « famille ».

Elle s’appelle Anna, exerce le métier de styliste et se révèle stressante à force de vouloir tout contrôler. Il se prénomme Pierre, est paléontologue et se révèle immature, inconséquent et égoïste. Fatalement, il y a de l’eau dans le gaz dans le couple qui s’est séparé six mois à peine après la naissance du petit Archimède. Pour préserver l’équilibre de leur enfant et parce que le juge le leur a ordonné, ils se rendent dans le bureau de deux médiatrices. Loin d’arriver à apaiser les tensions, le duo féminin assiste en direct à une foire d’empoigne où les coups bas se multiplient. Et si en outre, on apprend que les deux professionnelles sont mère et fille traînant le boulet d’un père absent, la coupe est pleine !

Chloé Lambert a décelé tout le potentiel comique d’une telle situation, complètement dans l’air du temps et théâtrale à souhait. Sur ce canevas original, elle brode une pièce à cent à l’heure, émaillée de piques tordantes et de retournements gonflés. L’auteur brosse également des portraits borderline hilarants de parents plus soucieux de leur propre confort que de celui de leur bambin.

Échanges bouillonnants
Julien Boisselier porte à son acmé la portée drôlement abrasive de cette comédie en misant tout sur la complémentarité du quatuor. Il s’est lui-même distribué dans le rôle ingrat du papa beau parleur et irresponsable et il endosse à merveille le costume du goujat cynique. Face à lui, Chloé Lambert imprime sa folie douce à Anna, maman au bord de la crise de nerfs. Le ménage fait la paire et agace autant qu’il enthousiasme. On revoit avec délice la géniale Raphaëline Goupilleau en médiatrice traditionnelle prônant l’impartialité mais poussée à bout par ce couple infernal. Son fameux grain de voix ironique et enroué met le public à genoux. Elle offre un contrepoint faussement sérieux et véritablement tordant à l’affaire. Ophélia Kolb, enfin, apporte la touche de fraîcheur en jeune médiatrice inexpérimentée aux méthodes peu orthodoxes mais très efficaces.

S’appuyant donc sur les répliques ping-pong infaillibles de la pièce et sur le talent de ses comédiens, Boisselier a opté pour une scénographie froide et impersonnelle évoquant un séminaire d’entreprise. On y retrouve le fameux tableau et son feutre indispensable, les chaises et le bureau ovale. Ce décor neutre et glacial permet par contraste de muscler l’échange entre les quatre forces en présence et de souligner leurs excès.

Le seul bémol concerne sans doute la fin de la pièce : d’une part, le changement total de comportement de Pierre paraît peu crédible et cette volte-face soudaine ne convainc guère. Ensuite, on a l’impression que l’auteur a absolument voulu conclure son histoire sur la résolution du conflit entre Isabelle et Jeanne, les deux médiatrices, à propos de ce fameux père. Sauf que ce deuxième récit, caché, n’a pas bénéficié en amont d’un traitement égal à celui de la médiation première. Du coup, cette conclusion paraît un peu téléguidée et le virage proprement dramatique est trop brusque et trop pathétique. On aurait attendu une autre fin, plus légère.

Malgré tout, La Médiation s’affirme comme un vrai coup de foudre. Détente assurée en compagnie de ces quatre êtres rongés par leurs névroses et pathologiquement drôles. Chloé Lambert signe une comédie sociétale en plein dans l’actualité et porte un regard juste et fin sur le totem de la famille plus qu’un peu chamboulé. ♥ ♥ ♥ ♥

LA MÉDIATION de Chloé Lambert. M.E.S de Julien Boisselier. Théâtre de Poche. 01 45 44 50 21. 1h45

© Brigitte Enguerand

Même pas vrai !, comédie écrite à quatre mains par Nicolas Poiret et Sébastien Blanc, décape malignement les rapports familiaux sur fond omniprésent de mensonge. Qui est la dupe de qui ? Portés par la mise en scène tendue, délirante et piquante de Jean-Luc Revol, les comédiens s’amusent à se lancer des vacheries à tout bout de champ, la fantastique Raphaëline Goupilleau en tête. Le public du Théâtre Saint-Georges s’esclaffe et nous aussi ! Attention aux menteurs, ils finissent toujours par se faire prendre à leur propre jeu…

Mathilde, agent immobilier énergique et gouailleuse, n’a pas sa langue dans la poche. Bien décidée à percer le secret de son chirurgien de mari Arnaud, cette mythomane compulsive organise un dîner où les règlements de compte se déchaîneront avec une absurdité contagieuse. Même pas vrai ! rappelle à bien  des égards Le Dîner de cons, en l’occurrence une conne : Marie, psychanalyste, arrive trop tôt chez Mathilde et Arnaud. La pauvre va subir une farce des plus machiavéliques mettant à rude épreuve ses nerfs et la poussant à boire jusqu’à l’ivresse et son départ… Cette scène centrale donne le la d’une pièce centrée autour du jeu et de la manipulation. La thématique de la dissimulation repose surtout sur les épaules de la maîtresse de maison, personnage énigmatique et ambivalent. Est-elle une réelle mythomane ou se voile-t-elle la face en éludant sans cesse les questions épineuses ? Difficile de trancher tant cette femme perversement joueuse se tient en équilibre entre le déni, l’inconscience et une volonté farouche de mentir effrontément à son entourage.

Ces mensonges quotidiens font effectivement des victimes collatérales en commençant par Arnaud le mari, à la fois complice de sa femme et complètement largué par ses délires. Avouons qu’il est assez savoureux de s’entendre dire que l’on a reçu un tailleur de la part du Président de la République… Michaël, le fils prétendument gay mais couchant avec Irène la cougar, accessoirement associée d’Arnaud et meilleure amie de Mathilde, se retrouve lui aussi embarqué dans cette grande rigolade aux conséquences pour le moins catastrophiques. Constamment rabaissé par ses parents qui le prennent pour un ado attardé, le jeune homme se retrouve étouffé dans une sphère familiale borderline.

Cette pièce résolument moderne bénéficie de l’écriture incisive de deux jeunes auteurs : Nicolas Poiret et Sébastien Blanc ont concocté une comédie trépidante et astucieuse. Les piques volent, les scènes de ménage éclatent et les coups bas se déroulent en présence de témoins gênés. Bien qu’il soit compliqué de se mettre tout de suite dans le bain, la faute à un début en chapeau de roue assez difficile à assimiler, la pièce gagne ensuite en cohésion et en cohérence.

Le décor mobile et ingénieux de Stéfanie Jarre assure les transitions fluidement et permet à toute la troupe de personnages de se confronter lors de scènes choc comme cette partie de Trivial Pursuit assassine et tordue. La reine qui mène le bal, c’est évidemment Raphaëline Goupilleau, cristallisant cet instant de crise magistralement. L’actrice irradie en menteuse vacharde, avec son ton de voix si naturellement moqueur et son venin craché sans distinction. Elle se balade sur scène, distribue gracieusement ses méchancetés, s’en va puis revient encore une fois en tant que chef d’orchestre de cette mascarade plutôt violente. Rêvant de magie dans sa vie, Mathilde ment pour pouvoir supporter plus facilement les difficultés de la vie. À ses côtés, Bruno Madinier campe un mari un peu perdu, ne sachant plus comment parler à sa femme. Ce duo se complète bien et met finement en valeur la difficulté de communiquer et de se comprendre au sein d’un couple. L’amour intense que se portent les époux passe par le mensonge et les dérobades, incapables de se dire franchement la vérité. Thomas Maurion joue le fils ahuri et consterné avec fraîcheur, Anne Bouvier est délicieuse en sainte-nitouche qui pète un câble et Valérie Zaccomer incarne avec extravagance une associée stressée de devoir supporter des amis si pénibles.

Seul léger reproche à noter : la transition mal assurée et maladroite entre la comédie absurde et loufoque et les moments plus dramatiques vers la fin. L’amorce sérieuse n’est pas suffisamment préparée en amont pour toucher avec sincérité. Dommage mais aisément rectifiable !

Même pas vrai ! offre ainsi une réflexion actuelle sur la place du mensonge dans notre société, vice régissant nos vies avec une étendue vertigineusement conséquente. Jouant à fond sur les non-dits et la bombe que suscite la découverte de la vérité, cette comédie amuse follement et bénéficie d’un casting humoristique cinq étoiles. Un franc moment de rigolade à voir d’urgence au Théâtre Saint-Georges ! ♥ ♥ ♥ ♥

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