Recherche

Hier au théâtre

Tag

Cyril Teste

Cyril Teste nous régale avec Festen

Cyril Teste avait frappé fort avec son Nobody : en mariant avec intelligence l’art du théâtre et du cinéma, le metteur en scène avait conçu un objet hybride séduisant et vertigineux. Deux ans plus tard, passage à la vitesse supérieure. C’est désormais à l’Odéon que se produit son collectif MxM avec Festen. Même dispositif pour un rendu toujours aussi diablement efficace.

Qui n’a jamais lavé son linge sale en famille, surtout autour d’un repas censé être festif ? Ce n’est pas Christian qui dira le contraire… Invité à célébrer les soixante ans du patriarche, le jeune homme va exploser l’unité familiale et dégommer la bienséance. Une mise à mort méthodique et calculée d’un père incestueux trop longtemps impuni. La vengeance implacable du fils (et de la jumelle qui s’est suicidée) entraînera d’abord l’incrédulité, le rejet puis une acceptation sans contestation possible.

Caméré vengeresse.
Avec Cyril Teste, la caméra se transforme en Némésis : instrument punitif, elle scrute les visages qui s’affaissent, les colères qui dérapent, les recoins qui dissimulent. Comme toujours, la fluidité de la mise en scène apporte du dynamisme au propos. Le spectateur a l’impression d’être pourvu du don d’ubiquité. On navigue d’un espace à l’autre (cuisine/salon/salle à manger) avec aisance et tout s’imbrique à merveille dans cette machine infernale.

Le vernis lisse des apparences se fissure avec éclat : la névrose collective monte crescendo. Le spectacle tient en grande partie sur les épaules solides de Mathias Labelle, déjà extraordinaire dans Nobody. Dans le rôle de Christian, il laisse pointre une émotion à fleur de peau, travaillée par le trauma et la rage. L’intensité de son expression faciale, ses déchaînements de chien fou et sa terrible froideur emportent l’adhésion. Le reste de la distribution joue moins dans la subtilité, les personnages sont brossés à plus gros traits.

En définitive, une célébration glaciale et volcanique de la parole, du courage de s’affirmer face à la masse des autres. Loin d’être un effet de mode chic et purement illustratif, la caméra devient un personnage à part entière : c’est elle qui permet de ressusciter les fantômes et de mettre à jour la vérité… ♥ ♥ ♥

FESTEN de. M.E.S de Cyril Teste. Théâtre de l’Odéon. 01 44 85 40 40. 1h50

© Simon Gosselin

Publicités

Cyril Teste et Falk Richter : une union fertile

L’entreprise, un havre de paix épanouissant ? Une chimère invraisemblable pour Cyril Teste qui scrute à la loupe les dérives du monde de l’entreprise dans Nobody. Par le biais d’un collage pertinent de plusieurs textes de Falk Richter, le plasticien expérimente son concept de « performance filmique » en superposant avec un art consommé du montage le théâtre et le cinéma. Une hybridité transdisciplinaire glaçante et bien sentie à ne pas rater au Monfort.

Enfermé dans une cage en verre chic et aseptisée, un groupe de hyènes se jauge et se lance dans une compétition effrénée pour déterminer qui est le meilleur dans l’agence de consulting Outsource. Coups bas, hypocrisie et délation assurés. Dans cet univers impitoyable, Jean Personne tente de percer comme il peut. Ce Rastignac désabusé s’érige en témoin sans concession de pratiques douteuses et son regard lucide sur son entourage professionnel vise à mettre à nu les dérèglements d’une société hiérarchisée et prête à tout pour conserver sa place.

Si le sujet de Nobody ne brille pas par son originalité, le ton très premier degré de Falk Richter fait des ravages sur scène. Le décalage instauré entre le ridicule des situations cocasses (comme ces entretiens chez la psy totalement hallucinants, comme avec cette employée confessant son penchant abusif pour la masturbation qui n’engendre que de l’ennui ou cette séance grotesque de brainstorming à propos d’une comédie musicale avec un phoque) et le sérieux imperturbable des acteurs renforce à coup sûr l’absurdité et le cynisme des propos. Méchamment drôle !

Magie double
Là aussi où Nobody frappe fort, c’est que Cyril Teste a imaginé avec le collectif MxM un dispositif binaire mariant frontalement deux arts apparemment opposés : le cinéma et le théâtre. La magie de l’éphémère et le génie du montage s’assemblent pour accoucher d’une proposition visuellement très léchée et tout à fait opérante du côté de la dramaturgie.

À travers le dédoublement de focales, les points de vue se multiplient et se nourrissent entre eux. Du zoom à la vue d’ensemble, l’écart entre les individualités et la survie dans cette masse hostile n’apparaît que plus saisissant. Le mode cinématographique offre également des envolées omniscientes en voix off qui permettent de mieux saisir les pensées de notre héros. Déconcertante en premier lieu, cette union s’emballe très vite avec une belle fluidité et se dévore comme un épisode de série télé. Entre Caméra Café et The Office, il n’y a qu’un pas !

Les jeunes acteurs du collectif de la carte Blanche en ont sous le coude et produisent une synergie extrêmement séduisante où chacun peut démontrer la mesure de son talent, Matthias Labelle en tête dans le rôle clé et délicat de Jean, cadre lunaire et prophétique.

Une orgie destroy clôture Nobody, laissant exsangues nos consultants mesquins. Un repos bien mérité après une performance si incarnée, naturelle et fraîche. Une seule envie en sortant du Monfort, ne jamais travailler dans une grande entreprise ! ♥ ♥ ♥ ♥

NOBODY d’après Falk Richter. M.E.S de Cyril Teste. Théâtre du Monfort. 01 56 08 33 88. 1h30.

© Simon Gosselin

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑