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Chloé Réjon

À la recherche des liens perdus

Quel lien nous unit aux autres ? Comment se construire, se reconstruire dans le deuil, l’absence et la solitude ? En portant sur la scène de l’Odéon Nous pour un moment, la nouvelle pièce d’Arne Lygre, Stéphane Brauschweig tente de répondre à ces questions universelles. Par le choix d’une épure aussi bien linguistique que scénographique, le directeur des lieux souligne la fragilité des relations humaines, les aléas bouleversants de la vie. Une langue simple et franche qui relève à la fois de l’anodin et de l’essentiel. Une belle découverte.

Une personne, un ennemi, un inconnu, une connaissance… Autant d’anonymes sans identité précisément définie mais qui vont pourtant se croiser au fil de la pièce. Souvent en duo, parfois en trio, ces forces en présence badinent entre elle, se disputent, se cherchent, se désirent, s’apprivoisent. En toile de fond, un accident tragique qui va se répercuter sur l’ensemble des protagonistes.

Ricochets
La construction de la pièce, en ricochets, séduit. Très fluides, les scènes s’enchaînent en un fondu impeccable. Les situations, de plus en plus noires, évoquent la mort, le suicide. Pour allegée quelque peu cette atmosphère plombante, Stéphane Braunschweig opte pour un décor aquatique du plus bel effet. Les personnages se meuvent dans un parterre liquide qui évoque les changements soudains de direction que peuvent prendre nos vies. Un plateau tournant permet de changer rapidement de situation, tout comme un panneau qui se lève et se baisse à l’envi. Simple mais efficace.

La ronde de comédiens, glissant aisément d’un personnage, voire d’un sexe à l’autre, brille. Citons-les tous : Anne Cantineau, Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Glenn Marausse, Pierric Plathier, Chloé Réjon et Jean-Philippe Vidal.

Un moment troublant, comme l’eau qui s’agit au gré des pas de ces êtres en quête de sens et de connexion à autrui. ♥ ♥ ♥ ♥

NOUS POUR UN MOMENT d’Arne Lygre. M.E.S de Stéphane Braunschweig. Théâtre de l’Odéon.  01 44 85 40 40. 1h35

© Elizabeth Carrechio

aff

Familier de l’œuvre du Norvégien Arne Lygre, Stéphane Braunschweig met en scène sa dernière pièce Rien de moi. Rien du tout plutôt, vu la consternation ressentie au sortir de la Colline. Pauvresse de l’écriture honteusement calquée sur Duras (d’ailleurs abondamment citée dans le programme…), direction d’acteurs globalement flottante, distanciation outrée sur un thème devant être incarné, poncifs à gogo… Bref, du grand n’importe quoi vain et prétentieux pour un résultat fort pénible et éprouvant. À fuir.

Rien de moi centre sa trame sur la passion amoureuse liant Moi et Lui. Coup de foudre dans un bar, abandon du mari et de l’enfant pour Elle. Emménagement chez Lui. Isolement de plus en plus grand. Rapports maternels compliqués. Deuil insurmontable. Rupture puis retrouvailles mortifères. En somme, l’histoire plutôt banale d’un couple dont la relation évolue en montagnes russes.

La pièce raconte l’amour et ne le vit pas. Là réside sans aucun doute son souci dramaturgique le plus évident. Abusant des « dis-je » ou des « dis-tu », le couple scrute et ausculte sa relation cliniquement. Braunschweig assure lui-même la traduction et souligne ce tic de langage jusqu’à la lourdeur. N’est pas Beckett ou Duras qui veut, Lygre se croit sans doute original dans sa façon de disséquer l’amour par la barrière du discours mais il échoue copieusement. Cette pièce, bien trop cérébrale, anesthésie le cœur et rebute par sa froideur extrême. D’ailleurs, le tandem principal s’agite comme un couple de pantins désincarnés : Chloé Rejon et (surtout !) Manuel Vallade ne parviennent à aucun moment à nous faire croire à leur histoire. L’acteur, au jeu déjà pénible dans Aglavaine et Sélysette, récidive dans son maniérisme exaspérant et ne distille pas le vide existentiel inhérent à son rôle. Résultat, on pique du nez très rapidement et l’on suit cet échange verbeux et vain avec un ennui et une colère de plus en plus intenses. Heureusement, Luce Mouchel rayonne sur scène et offre le seul moment d’émotion de la pièce : le récit de l’accident de la petite fille d’Elle avec une lumière bleutée évoquant la glace tueuse des fjords. Incarnant quatre rôles (les deux mères et les deux enfants de Moi), l’actrice se détache nettement du lot.

Cette pièce permet également de constater que pour le coup, Braunschweig s’en sort bien mieux comme scénographe que comme metteur en scène. Le décor virginal éblouissant et épuré se voit agrémenté d’un matelas ou d’une table. La vacuité de la situation se termine spectaculairement par l’immersion progressive du plateau dans l’eau. Cette mer de larmes déverse son léger torrent et noie le couple, voué à la mort. L’image est splendide.

Ainsi, ce Rien de moi exaspère grandement : platitude d’une écriture prétentieuse et absconse, deux acteurs à la ramasse et une traduction lourde. On ne comprend tout simplement pas, au vu de la production dramatique contemporaine, comment Braunschweig ait pu se focaliser à ce point sur Lygre. Un rire nerveux s’empare de nous à la sortie de la pièce. L’air vivifiant de Gambetta aura réussi à nous calmer mais la soirée aura été éprouvante.

© Élisabeth Carecchio
© Élisabeth Carecchio

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