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Tragédie

The Events ou comment tenter de pardonner l’horreur

Dans le cadre du Festival RING, Michel Didym éclaire le notion de multiculturalisme sous le prisme de la métaphore de Babel. Une pluralité de langues tend vers la même direction : tenter d’évoquer l’indicible sur scène. Le grand événement de cette manifestation s’intitule à juste titre The Events. La pièce du Britannique David Greig engage un débat sur le processus de pardon lors d’un attentat et sur comment essayer de surmonter un trauma. Romane Bohringer irradie l’espace de sa présence simple mais si généreuse tandis que la révélation caméléon Antoine Reinartz lui donne la réplique sans ciller. Un duo percutant, entre animosité et désir de communication sur fond de chorale.

On donnerait le bon Dieu sans confession à Claire. Et pour cause, elle officie en tant que pasteur dans une petite ville. Afin d’animer la communauté, elle consacre beaucoup de temps et d’énergie à son rôle de chef de chorale. Tout se déroule dans une harmonie paisible jusqu’au jour où un élément perturbateur va ébranler les certitudes tranquilles et altruistes de la religieuse… Lorsqu’un homme, au comportement déjà douteux par le passé, débarque dans sa salle de musique et tire sur « ceux qui ne sont pas d’ici », tout s’effondre.

Cette pièce, d’une cruelle actualité, résonne douloureusement avec les récents massacres de Paris et de Bruxelles. Elle peut aussi faire grincer des dents car elle amorce une démarche d’empathie pour un terroriste. Claire cherche à comprendre par tous les moyens comment cette brebis égarée a pu commettre une telle horreur. Et même avant le drame, le pasteur se montre déjà obsédée par les agissements du kamikaze, ses transes chamaniques et ses accès de fureur incontrôlables.  Guidée par sa sensibilité, elle sombre peu à peu dans la folie sous le regard impuissant de sa campagne. Quand la foi s’accroche aux derniers lambeaux d’espérance et nie l’évidence, le résultat peut devenir catastrophique… Par sa construction dramatique en zig-zag, The Events s’attache à retranscrire par un mouvement de va-et-vient permanent l’avant et l’après de l’attentat ; l’escalade programmatique de la violence et la gestion compliquée de l’après-coup.

Berserk
La mise en scène sans chichis de Ramin Gray met surtout en valeur les deux forces en présence : Romane Bohringer, toujours solaire, fait preuve d’une douceur acharnée exemplaire. Elle insuffle de la densité à son personnage, sans le rendre manichéen. Face à elle, Antoine Reinartz a la lourde responsabilité d’être polyvalent : journaliste, père, politicien, terroriste, petite amie… D’une incroyable réactivité, il tient la réplique à sa partenaire d’une main de fer. Le tandem fonctionne sans problème.

Pour offrir un contre-point charmant de maladresse et de bonne volonté, une chorale locale intervient à chaque représentation et participe à la dramaturgie de l’ensemble. Juste dommage que le soir de la première, toute la troupe était blanche alors qu’on tourne quand même autour du multiculturalisme !

The Events tient donc son pari de déclencher une réflexion sur comment parvenir à pardonner l’impardonnable. Ce chemin de croix tortueux, entre espoir et remise en question, a le mérite de bousculer. C’est incontestablement réussi. ♥ ♥ ♥ ♥

THE EVENTS de David Greig. M.E.S de Ramin Gray. Manufacture de Nancy. 03 83 37 42 42. 1h25.

Annabella, l’étincelante putain

L’histoire littéraire ne fait aucun cadeau : comment succéder au triomphe mondial de Shakespeare sur la scène théâtrale ? Ses contemporains directs ont en fait les frais, John Ford en tête. Pourtant, avec Dommage que ce soit une putain (Annabella), le dramaturge jacobéen signe une brillante tragédie grand guignol gore et excessive. Injustement tombée dans l’oubli, cette pièce sulfureuse est remise à l’honneur grâce à Frédéric Jessua. Au Théâtre de la Tempête, le metteur en scène décuple la folie de ce brûlot corrosif en s’autorisant tous les délires possibles et inimaginables. La farce absurde s’imbrique dans la pureté incestueuse avec un sens efficace du va-et-vient (malgré quelques réajustements de registres à revoir).

Annabella respire l’interdit : dans la Parme du XVIème s, Giovanni et Annabella se livrent à un amour furieusement passionnel. Seul hic, ils sont jumeaux. La décence religieuse et la morale condamnent cette union contre-nature mais quand on est jeunes et fougueux, la bienséance importe peu. À côté, Roméo et Juliette ressemblent à des enfants de chœur…  Si on ajoute en outre une foule de prétendants en herbe, une amante délaissée jalouse et des domestiques comploteurs, le danger est à son comble.

Emporté par « l’énergie folle des personnages », Frédéric Jessua ne perd pas de temps et orchestre une valse sans répit entre Eros et Thanatos. La scénographie en tri-frontal accentue le côté show revendiqué de l’adaptation tout comme une mise en musique mi-rock, mi-Era (guitare et flûte traversière en tête). Pas de palais fastueux mais une immense bâche plastique noire façon sac poubelle dessine les contours d’un double niveau. C’est volontairement laid et cracra, histoire de bien souligner les vices de la société parmesane. L’un des courtisans (fantasque Harrison Arévalo) se la joue Freddie Mercury taggueur de pacotille. Le gâteau du banquet célébrant le mariage entre Annabella et Soranzo (fou furieux Thomas Matalou) est un immense fake en carton-pâte. Des machines à bulles égayent une scène intime dans une baignoire (vite transformée en cercueil…).

Liberté ludique
Ces quelques exemples donnent l’ampleur de la liberté de la mise en scène, qui ne se refuse décidément rien. Ultra ludique, elle met en valeur par contraste les moments purement amoureux, ceux où les jumeaux se dévoilent, jouissent et méditent sur le bien-fondé de leur liaison. Tatiana Spivakova et Baptiste Chabauty (déjà remarqué dans Platonov par Benjamin Porée il y a deux ans) forment un couple criant de vérité, félin et exalté. On y croit à cette histoire fusionnelle : l’assurance de la jeunesse, ses serments de fidélité et ses doutes. Les remords d’Annabella dans son monologue final se projettent dans une dimension aérienne puisque la comédienne est suspendue dans les airs, une vierge de fer menaçante autour d’elle. Simple et futé.

Saluons aussi la performance de deux révélations protéiformes : l’extraordinaire Justine Bachelet, caméléon à lunettes cynique et hilarante aussi bien en valet-confident qu’en musicienne coincée et l’épatante Elsa Grzeszczak qui endosse pas moins de trois rôles : la commère cash Putania ; la déchaînée Hippolita et le prétendant louche Grimaldi. Les deux jeunes comédiennes sont à suivre de très près.

Le grand bain de sang final, trash et tordant à force d’effets too much, résume ainsi la démarche de Frédéric Jessua : liberté et hubris ; parodie et grandiloquence ; terreur et fou rire. Miroir baroque de notre temps. Annabella est restituée ici avec la force de ses contradictions et de son instabilité. En plein dans le mille. ♥ ♥ ♥ ♥

ANNABELLA (DOMMAGE QUE CE SOIT UNE PUTAIN) d’après John Ford. M.E.S de Frédéric Jessua. Théâtre de la Tempête. 01 43 28 36 36. 2h05.

© A. Bozzi

Isabelle Huppert, Phèdre aux mille visages

À l’Odéon, le tout Paris se bouscule pour admirer Isabelle Huppert de retour au théâtre après Les Fausses Confidences. L’actrice-caméléon se lance dans une folle aventure sous la houlette de Krzysztof Warlikowski : jouer une mosaïque de Phèdre(s) en trois actes (une Phèdre fugitive, une Phèdre WASP passionnée et une Phèdre philosophe). Féru de patchworks, le metteur en scène polonais convoque des sources iconoclastes, d’Euripide à Coetzee en passant par Sarah Kane et Wajdi Mouawad, pour interroger la survivance du mythe de cette amoureuse sans concession. Si le résultat final ressort inévitablement d’un arbitraire discutable, l’ensemble cartographie jusqu’au vertige la légende d’une Phèdre intemporelle, riche de multiples couleurs et profondément attachante.

Perruque blonde platine, trench noir, lunettes de soleil. La première apparition de Madame Huppert évoque davantage une vamp décatie qu’une reine antique. Conformément à la tragédie d’Euripide, Aphrodite ouvre les hostilités en guise de prologue. Refaçonnée par Wajdi Mouawad, la déesse de l’amour se métamorphose en princesse du X désinvolte, créatrice de l’univers et violée depuis des millénaires par une cohorte de mâles en rut. Aguicheuse dans son body moulant, Huppert affole les sens et joue la carte de l’autodérision avec brio. Cet amuse-bouches décalé tourne à plein régime et augure le meilleur pour la suite de cette première partie. Pourtant, le Québécois se disperse ensuite dans une série de tableaux intrigants mais inaboutis (on ne sait pas vraiment vers quoi tend cette réécriture).

En souhaitant revenir aux origines libanaises de Phèdre, Mouawad esquisse seulement le portrait d’une exilée enfermée en compagnie de sa confidente Œnone (Norah Krief, très femme fatale en cuir noir) dans un hôtel cinq étoiles ressemblant à s’y méprendre à un asile de fous, une salle d’autopsie ou une chambre à gaz (au choix). Dans un contexte géopolitique flou, Phèdre revient sur son enfance traumatisée par la cruauté de son futur époux Thésée, qui l’oblige à contempler une pile de cadavres exposée sous ses yeux d’enfant. Sa famille décimée… Le poids de la mémoire en lambeaux est un thème qui irrigue Anéantis, la première pièce de Sarah Kane.

Huppert et Warlikowski connaissent tous les deux l’univers de Kane. La première l’a révélée en France dans 4.48 Psychose avec Claude Régy ; le deuxième a monté Purifiés à Avignon il y a dix ans. L’Amour de Phèdre constitue l’armature centrale de ce triptyque : là où l’Hippolyte mouawadien (brûlant Gaël Kamilindi) fusionnait (jusqu’au crime orgasmique) avec Phèdre ; l’Hippolyte kanien (narquois Andrzej Chyra) est devenu une épave obèse et lubrique, biberonné aux chips et aux bonbons. Passant sa journée à forniquer et à jouer aux jeux vidéo, le fils de Thésée affiche un cynisme nihiliste glaçant. Chez Kane, la tragédie prend des proportions véritablement familiales (car directement inspirée de l’histoire de la famille royale de Lady Di) avec l’introduction d’une fille, Strophe (Agata Buzek) et des parfums d’inceste en veux-tu en voilà. Warlikowski gère avec un doigté aguerri la tension entre distanciation et fureur, propre à la pièce de la dramaturge anglaise.

Abstraction incarnée
Isabelle Huppert revient à sa belle chevelure rousse et incarne à merveille la bourgeoise WASP dans son petit tailleur chic (Dior sûrement) rose bonbon. Mélange savoureux de Bree van de Kamp et de Sharon Stone dans Basic Instinct, Huppert maîtrise avec l’expérience du funambule le feu intérieur qui la consume : entre distinction glacée et terrible abandon, elle saisit le suc de l’héroïne grecque avec une passion froide. Dans une immense cage de verre, la lutte s’engage corps et âme dans un combat d’autant plus meurtrier qu’il se tapit sous une apparente tranquillité… Avec la fameuse scène de la douche de Psychose en toile de fond,  les névroses sont prêtes à sauter à la gorge de la malheureuse Phèdre.

Warlikowski semble tendre de plus en plus vers l’abstraction au fur et à mesure de la pièce. En demandant à Huppert de lire les didascalies de la pièce et en lui faisant jouer Phèdre, le metteur en scène la positionne à la fois comme spectatrice et comme actrice. Ce judicieux principe de dédoublement permet de naviguer entre les vivants et les morts, entre l’artifice et l’incarnation. L’effet est saisissant lorsque Huppert contemple son cadavre et décrit son propre rituel funéraire.

Enfin, avec Elizabeth Costello, Warlikowski métamorphose véritablement Phèdre en objet d’étude. En introduisant le roman du prix Nobel J-M Coetzee, il questionne le rapport entre les hommes et les Dieux sous la forme d’une conférence hilarante rappelant Woody Allen. Avec ses petites lunettes, Huppert répond aux questions du journaliste à travers un exposé concis : les cieux jalouseraient les humains… Avec des extraits de films à l’appuis (Frances et Théorème), la représentation vire méta ironiqe et Eros devient le véritable centre de gravité de l’intrigue. Si ce court moment procure un instant d’humour euphorisant, le manque de liant se fait tout de même ressentir. On aurait souhaité des transitions plus pertinentes et probantes entre ces trois blocs, l’assemblage paraît forcé. Heureusement, Racine conclut avec bonheur cette odyssée érotique avec une Huppert sans emphase, déclamant les vers classiques les mains dans les poches, comme une évidence. La beauté du naturel, sans doute.

Placées sous le signe de la démesure dionysiaque, les Phèdre(s) warlikowskiennes, au passé et au présent, transcendent les époques et les lieux pour parvenir à une forme d’universalité plurielle. Huppert imprime sa patte d’artiste génialement sans pudeur (la voir mimer une fellation n’a pas de prix) et exprime une insolente maîtrise dans son jeu. Queen Huppert trône au sommet de l’Olympe. ♥ ♥ ♥ ♥

PHÈDRES(S) de Wajdi Mouawad, Sarah Kane et J-M Coetzee. M.E.S de Krzysztof Warlikowski. Théâtre de l’Odéon. 01 44 85 40 40. 3h15 avec entracte.

© Pascal Victor

Tennessee Williams en lévitation à la Colline

Jusqu’en 2011, Daniel Jeanneteau ne s’était jamais confronté à l’œuvre du grand Tennessee Williams, par peur sans doute de verser dans le cliché du réalisme psychologique, si profondément attaché au dramaturge américain. Invité à mettre en scène La Ménagerie de verre à Shizuoka, le scénographe fétiche de Régy y a découvert « un champ de liberté et de rêve inattendu ». Fort de cette expérience enrichissante, l’artiste associé à la Maison de la Culture d’Amiens réitère l’aventure avec une distribution française, la fabuleuse Dominique Reymond en tête. Pour un coup d’essai, Jeanneteau signe un coup d’éclat, traduisant à merveille l’atmosphère flottante et purement mentale de la pièce dans un style japonisant éthéré.

Dans La Ménagerie de verre, la famille Wingfield se consume de solitude : tout gravite autour d’Amanda, mère-ogresse castratrice recluse dans un passé idyllique. Son fils cadet Tom étouffe et rêve de partir en mer pour échapper à cette emprise néfaste. En attendant, il trime pour faire vivre la petite famille en travaillant dans une usine à chaussures. La fille aînée, Laura, boiteuse et maladivement timide, s’évade en jouant avec sa ménagerie de verre et souffre en silence des abus d’une mère autoritaire. Le trio familial bien écorché reçoit la visite, le temps d’une dîner, de Jim, collègue de Tom et amour de jeunesse de Laura. La promesse possible d’un nouvel avenir…

On l’a bien compris, Tennessee Williams configure une cellule familiale éclatée car livrée tout entière vers l’introspection, les souvenirs et le passé. Recroquevillés dans leur moi inaccessible, les Wingfield ne déploient pas (contrairement à ce que leur nom suggère) entre eux une communication aisée. Loin s’en faut. On pourrait lire cette pièce au premier degré comme une dispute à trois infernale et platement hystérique. Du boulevard, presque. Or, Williams souhaitait justement attirer l’attention sur l’immatérialité d’une telle situation : en jouant avec la mémoire et ses fantômes, entre deuil impossible et fantasme d’avenir, le dramaturge déréalise le quotidien sinistre du petit appartement de Saint-Louis. On est d’entrée de jeu projeté dans l’univers mental de Tom, narrateur-personnage-magicien qui place la réalité sous le signe de l’illusion.

Monde flottant
Sensible à la dramaturgie évanescente de Tennessee Williams, Daniel Jeanneteau spatialise la métaphore du verre dans un environnement feutré et fragile de tulle blanc. Espace hors-temps, matriciel, le grand cube vaporeux emprisonne les personnages dans leur démence. Le sol duveteux semble à la fois évoquer des nuages cotonneux, propices au rêve et les marécages crayeux du trauma. Un luminaire central évoquant une méduse aux tentacules ensanglantées exemplifie cette tension incessante entre le flottement aérien et les blessures terriennes.

Si Daniel Jeanneteau a souhaité recréer La Ménagerie de verre en français, cela tient en grande partie à Dominique Reymond. Il a immédiatement pensé à elle pour le rôle monstrueusement dense d’Amanda. Et pas de doute, elle mange littéralement la scène. Carnassière schizo, elle trouble et provoque le malaise : pathétique et touchante lorsqu’elle évoque la foule de galants de sa jeunesse et odieuse d’égoïsme tyrannique. Elle minaude comme une princesse déchue dans sa robe jaune de pacotille et elle effraie en sorcière intransigeante. Un rôle à la démesure de son talent. À ses côtés, Oliver Werner se montre d’une discrétion virile et assure sa position de surplomb avec malice ; Solène Arbel s’en tire remarquablement bien dans la partition exigeante de Laura car elle démontre toute la pureté de son personnage, son courage et son abnégation. Enfin, Pierric Plathier s’immisce avec naturel dans cette famille perturbée avec le rôle de Jim, l’invité surprise, gentleman-salaud qui tentera d’extirper Laura de sa chrysalide.

Daniel Jeanneteau réussit donc à insuffler une présence dans la distance par son impeccable direction d’acteurs. Sa Ménagerie de verre s’envole dans les vapeurs japonisantes d’un univers en suspension. On lévite avec grâce et terreur en compagnie des Wingfield. Leurs ailes brisées se poseront sans aucun doute avec succès à la Colline. ♥ ♥ ♥ ♥

LA MÉNAGERIE DE VERRE de Tennessee Williams. M.E.S de Daniel Jeanneteau. Théâtre de la Colline. 01 44 62 52 52. 2h.

© Elizabeth Carrechio

Polyeucte : contre la barbarie intégriste

Grande spécialiste de Corneille, Brigitte Jaques-Wajeman extirpe tout le suc brûlant de Polyeucte au Théâtre des Abbesses. D’une effroyable actualité, la tragédie chrétienne exploite l’intégrisme religieux jusqu’à son extrême. Épurée, d’une beauté austère, sa mise en scène ne prend pas beaucoup de risques ; son mérite revient plutôt à l’accessibilité qu’elle donne à la langue cornélienne, soutenue par des comédiens solides malgré un délitement de l’attention en milieu de course.

Polyeucte : fanatique ou héros-martyre ? En Arménie, sous protectorat romain,  le tout jeune marié exulte. Non pas à cause de son mariage avec sa charmante épouse Pauline mais parce qu’il vient de se convertir secrètement à la foi chrétienne, poussé par son ami Néarque. Il décide d’aller briser les idoles dans les temples païens et goûter les joies d’une immortalité en compagnie de son seul et unique Dieu.

En génie du dilemme, Corneille orchestre sa tragédie en un réseau de tensions explosives : amour divin ou amour humain ? La souffrance ou l’union terrestre ? Avec Polyeucte, le dramaturge s’interroge sur les motivations qui poussent un jeune prince à devenir extrémiste du jour au lendemain. Y’aurait-il une part de vanité dans cette quête de gloire éternelle ? La religion serait-elle un pilier plus sûr que l’évanescence d’un amour temporaire ? Cette radicalisation renvoie bien sûr à tous les fanatiques religieux d’aujourd’hui, Daech, en tête. Jaques-Wajeman a senti l’urgence de monter cette pièce relativement peu connue de Corneille pour en faire resurgir toute la terrifiante modernité.

Intense austérité 
Sur un plateau nu, trônent exclusivement un lit et deux imposants murs coulissants. Rien de plus. Il s’agit de mettre en valeur les interactions complexes et douloureuses entre les forces en présence. Corneille adore fusionner politique et amour : ici, Pauline se retrouve prise dans un triangle amoureux puisqu’elle vient de se marier par devoir à Polyeucte (qu’elle aime d’ailleurs) mais son ancien amant Sévère, qu’elle croyait mort, revient et tente de la reconquérir. Félix, le père de Pauline, se sert de sa fille comme d’un vulgaire appât afin de conserver le pouvoir. Bref, toutes ces affinités contraires éclatent sur la scène avec évidence.

Dans des costumes chic et des jolies robes de soirée, les comédiens se révèlent impeccables : Clément Bresson campe un Polyeucte intense, aussi illuminé que tourmenté par ses deux passions ; Aurore Paris lui donne la réplique avec dignité et fougue, elle est une Pauline formidablement humaine ; Marc Siemiatycki  soulève tout le ridicule du personnage ingrat et manipulateur de Félix tandis que Bertrand Suarez-Pazos se démarque en Sévère viril et mesuré.

La fin de Polyeucte se transforme en film d’horreur : Pauline surgit ensanglantée, convertie au christianisme après l’exécution de son amour. La scène frappe et glace d’effroi ; les mots de Nietszche condamnant la violence sanguinaire des fanatiques concluent la pièce et prônent une paix éclatante. ♥ ♥ ♥

POLYEUCTE de Pierre Corneille. M.E.S de Brigitte Jaques-Wajeman. Théâtre des Abbesses. 01 42 74 22 77. 2h.

© Mirco Magliocca

Alexis Moncorgé : la fièvre dans le sang

Dans la cave intimiste du Poche, Alexis Moncorgé adapte et joue avec exaltation Amok, une nouvelle passionnelle de Zweig. Bête de scène, le petit-fils de Jean Gabin se retrouve vertigineusement possédé par le mauvais génie malais. Il porte sur ses solides épaules une mise en scène illustrative coupant court à l’imaginaire.

Mars 1912. Sur le pont d’un navire, un médecin décide d’avouer un lourd secret. Il fuit les Indes afin d’échapper au fantôme qui le hante. Celui d’une femme orgueilleuse préférant mourir plutôt que de porter l’enfant d’un adultère. Venue trouver en cachette notre anti-héros alcoolique et dépressif pour avorter incognito, elle se heurte au refus d’un homme cruel. Bien qu’il fonde seulement pour les dominatrices à poigne, le médecin veut forcer sa belle hautaine à le supplier, histoire de changer la donne. Pris de remords, il fait cependant volte-face et tel un amok, se met à la pourchasser afin de tenter la sauver.

Chez Zweig, tout se résume à la passion. Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Destruction d’un coeur, Brûlant secret, La Confusion des sentiments… Autant de nouvelles-phares d’un disséqueur des montagnes russes émotionnelles. Pour Alexis Moncorgé, Amok condense à les thématiques zweguiennes à leur paroxysme en privilégiant le motif du secret, brûlure incandescente difficile à garder pour soi…

Folle ivresse
L’écrin confiné du sous-sol du Poche offre un lieu propice aux confidences : le beau mâle viril se livre corps et âme dans cette plongée démentielle et progressive dans la folie. Le phénomène de rétrospection analytique et froide n’entrave pas le souvenir bouillonnant d’une telle obsession. Le comédien restitue l’ivresse du lâcher-prise démoniaque avec une rage d’interprétation tout à fait saisissante. Le public tremble face à cet homme qui bascule de la rationalité vers la dépossession la plus complète.

En revanche, le travail scénique de Caroline Darnay semble presque superflu : quitte à être radical, la seule présence d’Alexis Moncorgé aurait suffi à nous emmener dans son univers d’aliénation. Pas besoin d’ombres chinoises représentant une forêt, de musique tropicale, de danse frénétique d’exorciste ou de bruits de mouettes et de cloches pour créer une ambiance. Le travail sonore et gestuel s’avère pénible car bêtement illustratif. Ces multiples effets de réel empêchent justement de construire une représentation mentale car ils pointent sans cesse du doigt une démarche interprétative à suivre et à subir. Les jeux de lumière en clair obscur de Denis Koransky sont eux bien plus inspirés et subtils.

En somme, cet Amok vaut surtout pour la densité de jeu d’Alexis Moncorgé qui se glisse avec bonheur dans la peau d’un fou amoureux qui hypnotise son auditoire. ♥ ♥

AMOK de Stefan Zweig. M.E.S de Caroline Darnay. Théâtre de Poche. 01 45 44 50 21. 1h15.

© Christophe Brachet

Le swing explosif d’Alexandre Zeff

Alexandre Zeff déteste les zones de confort. Après s’être frotté avec audace et style à Je suis le vent et Le 20 Novembre, le jeune metteur en scène récidive dans son déchiffrage du théâtre contemporain avec Big Shoot de Koffi Kwahulé. La petite salle de La Loge swingue et tremble d’effroi face au duel comico-cruel du bourreau et de sa victime dans un monde en crise. Dans un esprit jazzy respectant à merveille l’écriture kwahulienne, Zeff souligne la portée divertissante de la souffrance érigée en jeu bouffon et démoniaque.

Dans la pénombre, un homme est assis en tailleur. Prisonnier d’une cage transparente, il compte les heures avant le rebours fatal. Dernier survivant d’une cité fantôme, Stan s’est volontairement offert en pâture pour rassasier l’avidité voyeuriste d’une foule en manque de sensations fortes. Son juge, le dirigeant de la ville, trône à jardin dans un beau fauteuil pourpre. Il s’engage par un contrat tacite avec son ultime victime à proposer un show du tonnerre de Dieu pour contenter les manants. Dans ce perturbant face-à-face, les rôles semblent distribués à l’avance mais la dialectique du maître et de l’esclave renverse progressivement la vapeur…

Big Brother jazzy
Comme toujours chez Koffi Kwahulé, l’ordure côtoie le sacré ; la musique nourrit l’écriture. Big Shoot ne déroge pas à la règle puisque le dramaturge ivoirien s’inspire clairement des programmes de télé-réalité tapageurs pour enclencher ses réflexions sur la société du spectacle debordienne. Zeff n’hésite d’ailleurs pas à amplifier le mouvement à travers une scénographie comme souvent impressionnante (fait d’autant plus remarquable qu’on se situe dans un espace minuscule). Ici, le duo évolue dans un carré saturé de néons colorés à ses extrémités ; trois jazzmen accompagnent cette joute oratoire avec beaucoup de classe et d’aplomb et les insultes répondent poétiquement au rythme détendu et nerveux du swing.

Montée d’adrénaline engendrée par la dope, blessure par balle, référence au cinéma, orgasme : la polysémie de Big Shoot déploie en éventail deux constantes, à savoir la violence et le plaisir. Une imbrication fondue et totale signifiée par le rituel SM auquel se livrent les deux personnages. La relation complexe les unissant, entre interdépendance et rejet, fascine. Zeff a su choisir des comédiens investis, complémentaires et démentiels. On retrouve Thomas Durand, un fidèle, dans le rôle de Stan, le bouc-émissaire volontaire. Assumant sans complexe une partition qui peut sembler ingrate au premier abord, le comédien au physique de grand dadais adolescent commence par plier sous la torture avec un malaise gauche grandissant. Clown malgré lui dans son insignifiance excentrique (il adore tricoter et se débrouille bien en anglais), il change la donne en dévoilant les fissures d’un être fou, aux allures de Joker malsain. À ses côtés, Jean-Baptiste Anoumon exulte en démiurge excessif et taquin, séducteur monstrueux. Enveloppé dans sa longue cape façon Matrix, il mène la danse tel un gourou possédé.

Avec Big Shoot, Alexandre Zeff dessine donc avec force le parcours de deux solitudes qui se rencontrent et tentent de s’apprivoiser dans un show spectaculaire voué au néant. Comment créer du beau à partir de la violence ? Comment le pouvoir de la fiction peut suspendre temporairement le couperet de la mort ? Voilà deux questions que pose Kwahulé dans ce court dialogue auxquelles Zeff parvient à répondre grâce au talent de deux comédiens intrinsèquement unis, comme le yin et le yang. L’écrin resserré de La Loge permet de faire exploser avec plus de retentissement la bombe orale de ce shoot final. ♥ ♥ ♥ ♥

BIG SHOOT de Koffi Kwahulé. M.E.S d’Alexandre Zeff. Théâtre de la Loge. 01 40 09 70 40. 1h10.

© Cie Camera Oscura

Thomas Jolly, roi de la pop shakespearien

Après la conviviale odyssée shakespearienne de Henry VI, inutile de dire que Thomas Jolly était attendu au tournant. Adoubé par le public et la critique (et très prochainement aux manettes de deux opéras à Garnier et à l’Opéra Comique), le trentenaire poursuit logiquement son compagnonnage avec le grand Will en s’attaquant au gros morceau de Richard III. Ambitieux, le jeune Jolly l’est assurément en se distribuant dans le rôle-titre alors qu’on le voyait à peine (à la toute fin) dans sa saga de dix-huit heures. Avec sa double casquette d’acteur vedette et de metteur en scène, il prend des risques. S’il captive l’auditoire en crapaud bossu métamorphosé en diva capricieuse et sournoise, son travail scénique se révèle plus fragile et reste à la surface malgré une indéniable fougue rock’n’roll communicative.

Avec Richard III, Shakespeare signe sans doute l’une de ses tragédies les plus noires et acerbes. Folie du pouvoir, drame de la jalousie, complexe d’Œdipe et caprice de gosses cimentent la personnalité d’un aspirant au trône complexe et revanchard. Richard III, l’enfant rejeté et non désiré, se prend à rêver de gloire militaire et rien ne résiste à ses fourberies et ses traîtrises. Pas même et surtout pas sa famille que ce soient ses frères Clarence et Édouard, ses neveux ou sa belle-sœur Élisabeth.

De cette histoire de vengeance, Thomas Jolly replaque les codes propres aux jeux vidéo et aux séries qui ont contribué à établir son succès populaire. Le futur roi boiteux passe son temps à contempler ses caméras de sécurité, les enfants royaux s’éclatent sur leur console et l’insistance apportée aux effets sonores et lumineux confirme l’intérêt du jeune metteur à scène pour le spectaculaire saupoudré d’« entertainment ».

Si Shakespeare s’érige définitivement comme un dramaturge de l’hybris, Jolly n’hésite pas à en remettre une couche et c’est bien là le cœur du problème. Autant la durée marathonienne d’Henry VI, son ambiance si chaleureuse et la sensation d’avoir participé à une aventure inoubliable parvenaient à faire oublier ses maladresses, autant le resserrement de l’action (un peu plus de quatre heures) pointe fatalement du doigt les faiblesses de l’ouvrage. Concrètement, Jolly possède les défauts de ses qualités à savoir un élan énergique hors du commun, une belle idée du partage, une capacité à transformer le théâtre en « binge watching ». Mais peut-être par excès de générosité, sa mise en scène verse dans une surenchère qui frôle trop souvent le mauvais goût.

En témoigne la scène capitale de la première partie lors du mariage de Richard et d’Anne : le plateau se transforme en rave party rock et pop dans laquelle Jolly joue avec jubilation un maître de cérémonie diva à mi-chemin entre Lady Gaga (I’m a monster), Michael Jackson (le costume blanc et rouge) et Freddie Mercury (l’androgynie festive). Tout le monde danse, on chante, on s’agite, on fait sa rock star mais la mayonnaise ne prend pas devant un public frileux et circonspect. Un bide.

Trop de clinquant tue l’émotion
Plus précisément, ce Thomas Jolly soulève constamment des paradoxes qui entraînent des réactions à la fois agacées et ravies. Un exemple significatif est à chercher du côté de l’ambiance visuelle et sonore du spectacle. On ne sait jamais si l’on doit être consterné par l’aspect cheap de ces puits de lumière mobiles façon Star Wars et ces bruitages irritants qui prennent un peu le public pour des bécasses (inutile d’accentuer sans cesse les instants de crise par un son grandiloquent) ou, si au contraire, notre âme d’enfant ne resurgit pas par saccades devant cette avalanche d’effets spéciaux ludiques et régressifs (ces mêmes lumières stroboscopiques sculptent l’espace avec imagination tout en y imprimant une pulsion d’urgence).

Cependant, l’esthétique adoptée bascule globalement dans le clinquant et le « bling-bling » d’où un manque certain de cachet. Pourtant, le triomphe de Jolly depuis Avignon (il est désormais programmé partout en France) a dû entraîner une hausse significative du budget de la troupe de La Piccola Familia qui aurait pu être réinjecté dans une scénographie et une plastique générale plus ambitieuses. Ce parti-pris revendiqué contamine la dynamique de l’ensemble : en mettant en lumière de façon trop outrancière l’aspect show de Richard III, Jolly semble avoir perdu en chemin la matrice tragique de la pièce.

Heureusement, certains passages conservent tout leur poids dramatique et distillent une émotion authentique. Lorsque les trois mères, Marguerite, la veuve bannie et prophétesse (épatante Charline Porrone) ; Élisabeth, l’épouse royale qui vient de perdre ses enfants et son mari le roi (ambiguë Émeline Frémont) et la Duchesse d’York, la génitrice du monstre, se réunissent pour se lamenter et préparer leur vengeance, la tension est à son comble. Les trois tableaux représentant le trio de familles massacrées surplombent sans pitié ces femmes pitoyables. Sûrement le moment le plus bouleversant et le plus prenant de cette expérience (en plus des imprécations lancées par Marguerite). Thomas Jolly a par ailleurs eu raison de s’attribuer le rôle principal. Il en possède la carrure : le diablotin aime faire rire et se laisse aller à une insouciance tyrannique savamment maîtrisée. Drama queen poseur et insolent, il extériorise avec panache sa fureur de possession et intériorise sobrement ce conflit de gamin éternellement complexé. Belle composition.

Avec Richard III, Thomas Jolly ne réitère pas l’exploit d’Henry VI. Poussé aussi par des délais ultra rapides, le jeune metteur en scène semble s’être reposé sur ses lauriers et ses acquis alors qu’il aurait fallu passer la vitesse supérieure et monter un cran au-dessus dans sa réflexion sur ce monstre attendrissant. On attendait plus de cette nouvelle mouture : plus de surprises, plus d’émotion, plus de nouveautés. Si ce spectacle ne démérite absolument pas et se montre divertissant à souhait, il reste trop terre-à-terre et dans l’épate pour réellement convaincre. Un dosage plus équilibré entre poésie et spectaculaire aurait sans doute permis à ce Richard III de décoller davantage. ♥ ♥ ♥

RICHARD III de William Shakespeare. M.E.S de Thomas Jolly. Théâtre de l’Odéon. 01 44 85 40 40. 4h20 (entracte compris)

© Brigitte Enguerrand

Suliane Brahim et Jérémy Lopez, fougueux amants-enfants de Vérone

Étonnant quand on y pense. Le Français n’avait pas monté Roméo et Juliette depuis plus de soixante ans. Éric Ruf s’est longuement interrogé sur les raisons de cette désertion apparemment inexplicable. Bien décidé à dépoussiérer les clichés (souvent mièvres) qui collent à la peau de cette pièce culte, l’administrateur général opère une désacralisation généralisée du mythe des amants de Vérone. Plutôt que de calquer une image stéréotypée et préconçue, Ruf revient à une forme de genèse vierge et exalte la simplicité évidente de l’amour malgré les guerres claniques. Avec une distribution de « gueules », il livre une version racée et authentique de la tragédie shakespearienne.

Salle Richelieu, on est loin du faste doré et capiteux habituellement dévolu à la pièce du grand Will. Signée par le patron des lieux en personne, la scénographie nous plonge davantage dans un champ de ruines, vestiges d’une fête désenchantée. Pas de palace ici mais un immense décorum à la blancheur douteuse, lieu de rendez-vous et de rixes sordides (les nobles évoluent même dans des toilettes poisseuses et carcérales). La couleur terne est donnée d’emblée, les forces en présence constituent des êtres intermédiaires, des nantis victimes d’un déclassement brutal et sans appel.

Humanité à fleur de peau
Cette volonté de restituer un entre-deux, aussi bien historique (nous sommes sûrement dans les années 30-50, ambiance mafioso et dolce vita façon Audrey Hepburn dans Vacances romaines) que social met en lumière la profonde humanité du drame. Roméo et Juliette, avant d’avoir été transformés en archétypes, sont des êtres humains pris dans les tourbillons délicieux et incontrôlables du coup de foudre. Ruf a délibérément opté pour deux rôles éponymes inattendus. D’un côté, la brunette Suliane Brahim se révèle à croquer en nymphe faussement prude, ravissante dans ses multiples robes rehaussées d’un serre-tête fleuri. Sans jamais verser dans la niaiserie, elle délivre plutôt une candeur mutine et une maturité enfantine. De l’autre côté, le bondissant Jérêmy Lopez accède enfin à son premier grand rôle à la Comédie-Française. Habitué aux emplois comiques de trublions, le jeune moustachu prouve qu’il en a sous le capot :  s’il conserve toujours sa maladresse attachante et son impétuosité, il sait également manifester la profondeur d’un cœur simple débordé par la passion. Si le pari semblait risqué sur le papier, le résultat sur scène en vaut la chandelle.

Si le tandem séduit, le reste du casting imposant n’est pas en reste. Un petit mot pour chacun : Claude Mathieu se fait plaisir en nourrice un peu autoritaire et beaucoup dévouée à sa jeune maîtresse ; Danièle Lebrun se surpasse en Lady Capulet survoltée. Serge Bagdassarian, physiquement méconnaissable, incarne avec bonhomie la voix de la sagesse de Frère Laurent ; Laurent Lafitte et Pierre-Louis Calixte des cousins de Roméo fiévreux et déconneurs (irrésistible numéro de music-hall) ; Didier Sandre se montre très élastique en Capulet fêtard et taquin, hilarant en costume de soubrette mais également colérique et injuste à souhait. Dans sa direction d’acteurs, Ruf parvient donc à naviguer aisément du rire au tragique dans un mouvement fluide.

Pour sa première mise en scène en tant que directeur du Français, Éric Ruf frappe fort avec cette mouture si proche de nous, d’une brutalité exaltée, négociant parfaitement les virages sentimentaux et comiques ; nerveux et apaisés. Malgré la traduction indigeste de François-Victor Hugo, on reçoit la tragédie intemporelle de Shakespeare avec une force vivace. De la belle ouvrage et un joli succès en perspective. ♥ ♥ ♥ ♥

ROMÉO ET JULIETTE de William Shakespeare. M.E.S d’Éric Ruf. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h45 (entracte compris)

© Vincent Pontet

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