L’appétit d’Alexis Michalik ne connait décidément pas de limite. Après ses nombreux succès parisiens, le touche à tout se lance à la conquête de la comédie musicale. Au Théâtre de Paris, il monte Les Producteurs, mise en abyme impitoyable du monde du musical. Cocktail vitaminé, le spectacle se veut tonique et joue la carte de l’espièglerie. Le public se régale et nous aussi même si des réserves sont à émettre concernant des relents homophobes et sexistes clairement dispensables.

Le postulat de départ est osé : Max Bialystock, un producteur dans le pétrin, essaye de sauver la face en concevant une arnaque à l’assurance : créer sur les planches un spectacle indigeste (Des Fleurs pour Hitler !) avec le pire metteur en scène et une distribution de bras cassés. Sur le papier, la solution semble alléchante mais la machine va vite se dérégler.

Les Producteurs est une pièce qui détonne un peu dans l’univers des musicals. Volontiers boulevardière dans ses outrances, elle s’attarde donc sur des stéréotypes datés qui s’avèrent gênants. Par exemple, la secrétaire est forcément une blonde écervelée à grosse poitrine et godiche à souhait ; les homosexuels sont forcément maniérés, excentriques et déguisés comme les Village People. Ce mauvais goût affiché peut faire rire mais son excès en devient problématique. Il aurait fallu brider cette tendance.

Nonobstant ces excentricités mal à propos, le spectacle s’appuie sur un rythme d’enfer (sauf la fin, qui traîne en longueur) et Michalik sait imprimer une cadence soutenue. Les tableaux s’enchaînent avec fluidité, les chorégraphies sont impressionnantes d’harmonie et les qualités vocales des comédiens ne font aucun doute. Si les chansons en elles-mêmes sont loin d’être inoubliables, saluons tout de même le talent de traduction de Stage Entertainment. Les moyens sont au rendez-vous et on a vu les choses en grand. D’où cette impression réjouissante de spectaculaire revendiqué.

Plusieurs comédiens se détachent dont Serge Postigo, hilarant en producteur sans foi ni loi, gigolo de mécènes âgées et lubriques. Il se donne sur scène comme jamais. Benoit Cauden, à ses côtés, vaut aussi le détour en associé timide attaché à son doudou (!) et prenant progressivement ses aises. Les deux forment un tandem de choc. On mettra enfin en avant Roxane Le Texier et Andy Cock parfaits dans des rôles très clichés qu’ils assument jusqu’au bout.

Endiablée, la soirée dévoile ses charmes en sortant l’artillerie lourde. Amis de la subtilité, passez votre chemin. Les Producteurs offre toutefois une occasion divertissante de se changer les idées.

LES PRODUCTEURS de Mel Brooks. M.E.S. d’Alexis Michalik. Théâtre de Paris. 01 48 74 25 37. 2h. ♥ ♥ ♥

© Alessandro Pinna