La Comédie-Française donne de la voix salle Richelieu. Habituée à célébrer un artiste (Gainsbourg, Brassens, Vian), la troupe de Molière a décidé cette fois-ci de rendre hommage à la comédie musicale américaine (mais pas que… !). Sous la houlette des truculents Marina Hands et Serge Bagdassarian, nos caméléons de la scène embrasent les planches et se jettent à corps perdu dans le démon de la danse et du chant. Quelle générosité !

Pour faire face à la sinistrose ambiante, quoi de mieux qu’une fête conviviale, pleine de confidences, de rires et d’émotions ? Mettant à profit comme jamais la devise de la troupe « Simul et singulis », les concepteurs du spectacle s’appuient sur le parcours et l’individualité de chacun des comédiens ainsi que sur le jouer ensemble.

Mais quelle comédie ! se construit donc sur une triple alternance : des intermèdes très réussis (mis à part un sketch poussif sur la voyance), des solos et des numéros choraux. Chaque comédien a le droit à son moment de bravoure et peut laisser libre cours à sa folie et à sa personnalité. Ainsi, la poésie lumineuse de « Mon truc en plumes » de Florence Viala ravit les yeux ; la technique vocale de Sylvia Bergé force le respect dans « Don’t rain on my parade » ; la séduction gourmande de Marina Hands dans « My herr » ensorcelle. Mention spéciale aussi à Serge Badgassarian, hilarant en tragédien grotesque dans « Avant de nous dire adieu » et à Anne Kessler, en roue libre avec « Si, Maman si ».

L’émotion peut aussi prendre à la gorge comme lorsque Serge Bagdassarian se dévoile dans « Ma quête », qu’Anne Kessler brûle à petit feu avec « Je veux mourir sur scène » ou bien que Gaël Kamilindi, en troublant travesti, se lance dans « I go to sleep ».

La magie du spectacle repose donc incontestablement sur ces montagnes russes émotionnelles qui surprennent le public. Quelques pépites encore… Le spectacle commence de manière très touchante par l’entrée en scène de Yoann Gasiorowski qui dévoile un moment intime de sa vie mais nous n’en dirons pas plus. Idem pour le numéro sacrément fripon des garçons qui s’encanaillent comme jamais. Merci enfin à Elsa Lepoivre, démentielle dans la narration effrenée de son quotidien d’actrice : on succombe !

Quel bonheur de retrouver une troupe en pleine forme et heureuse de partager cette friandise avec nous. Un grand bravo à l’arrangement musical de Vincent Leterme et Benoît Urbain.

© Vincent Pontet

MAIS QUELLE COMÉDIE ! de Marina Hands et Serge Bagdassarian. M.E.S des auteurs. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h. ♥ ♥ ♥ ♥