Jusqu’à présent, Alexis Michalik nous avait habitués à des fresques historiques ambitieuses et des intrigues à tiroirs. Avec Une histoire d’amour, la coqueluche du théâtre livre une odyssée plus intimiste, à la chronologie linéaire. Plus simple dans son approche, plus actuelle dans ses propos, cette nouvelle aventure se conçoit comme un mélo qui s’assume. Mais attention : mélo ne signifie pas forcément pathos facile ici. L’émotion pointe le bout de son nez naturellement, sans qu’on n’y fasse attention. Le mérite en revient à une écriture diablement efficace et sans fioriture qui suscite immédiatement une empathie. Une connivence avec les personnages, un intérêt pour l’histoire. En mettant en scène l’ordinaire, l’aventure de l’amour, dans une sphère qui l’est moins, Michalik fait vibrer à l’unisson un public conquis par ce conte moderne.

C’est l’histoire de deux âmes qui n’auraient pas dû se connecter. Mais que voulez-vous, le coeur a ses raisons que la raison ignore. Justine aime les garçons. Enfin, c’est ce qu’elle croit. Mais sa rencontre avec Katia bouleverse son univers et la passion embrase les deux jeunes femmes. L’envie d’un enfant se fait pressante chez Justine. Katia, marqué par un père violent et une mère disparue trop tôt d’un cancer, se montre plus réticente. C’est finalement Katia qui tombera enceinte. Cet événement marquera paradoxalement la fin du couple. Douze ans après, la petite Jeanne a bien grandi. Sa maman, touchée par le même mal que sa génitrice, est sur le point de mourir. Qui pour s’en occuper ?

Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour concocter un épisode digne de Plus belle la vie. La magie du théâtre fait pourtant des merveilles. On y croit de bout en bout. Les dialogues sont percutants ; l’écriture et la mise en scène fluides. On navigue dans le temps et l’espace avec une facilité déconcertante. Presque en un claquement de doigts. Le changement à vue des décors par les comédiens eux-mêmes ne brise en rien le quatrième mur. L’illusion opère.

Imprimant un jeu réaliste à ses comédiens, Michalik remonte également sur les planches. Composant avec le fantôme de sa femme disparue, William, son personnage, est peut-être le plus attachant. Alcoolique à la dérive, c’est lui finira par s’occuper de sa nièce, la sensible Jeanne jouée par la lumineuse Violette Guillon.

Oscillant entre Éros et Thanatos, cette Histoire d’amour ne se laisse jamais déborder par ses thématiques, parfois lourdes, comme le deuil . Nonobstant quelques naïvetés (une bande-son parfois trop appuyée ; des pas de danse un brin mièvres), ce nouveau spectacle a su toucher juste.

UNE HISTOIRE D’AMOUR d’Alexis Michalik. M.E.S de l’auteur. Théâtre de la Scala. 01 40 03 44 30. 1h25 ♥ ♥ ♥ ♥

© François Fonty