À la Pépinière-Théâtre, le décor est bien planté. Un écriteau géant, à cour, indique que nous sommes à Monkswell, une pension de famille fraîchement inaugurée. L’intérieur cosy évoque un confort British avec imprimés tartan, fauteuils moelleux, tête de cerf… Bref, un endroit idéal pour se reposer ; certainement pas pour accueillir un meurtrier !

Un indice devrait pourtant nous mettre la puce à l’oreille : un portrait d’Agatha Christie nous observe. C’est ce souci du détail qui anime la mise en scène de Ladislas Chollat qui s’attaque à un monument du théâtre anglo-saxon. La Souricière, c’est un peu l’équivalent de notre Cantatrice chauve. Une pièce jouée sans interruption depuis des années et qui fait salle comble tous les soirs. La clé du succès ? Un huis-clos efficace porté par des personnages bien croqués et un humour qui fait mouche.

Le metteur en scène a repris tous ces ingrédients en les adaptant à la sauce française, avec l’aide habile de Pierre-Alain Leleu. Le résultat se veut sympathique, entraînant et bien ficelé. Pas évident de parvenir à recréer la tension propre à l’enquête policière sur les planches. Des problèmes de rythme peuvent poindre le bout de leur nez. Ici, l’intrigue se noue plutôt avec fluidité et on suit avec plaisir les interactions entre les différents suspects malgré quelques coups de mou.

Ladislas Chollat a eu le souci de donner une couleur bien particulière à chacun des comédiens qu’il dirige. L’étonnant Brice Hillairet vampiriser ainsi la scène, véritable farfadet excentrique et intrusif ; Dominique Daguier est impayable en major au grain de voix bien particulier ; Sylviane Goudal s’avère odieuse en retraitée tatillon et râleuse ; Pierre-Alain Leleu campe un mystérieux étranger amusé des coutumes anglaises avec malice. Christelle Reboul, elle, est une charmante hôtesse, pétillante tandis qu’on se prend d’amitié pour Marc Maurille dans le rôle du détective. Tout ce petit monde contribue grandement au plaisir de la soirée.

On ne se prend d’ailleurs pas au sérieux ici, on chante et on danse même ! Les petits numéros essaiment le spectacle et constituent une bulle d’air appréciable, un peu kitsch et désuette mais pleine d’entrain !

En somme, un divertissement soigné et de qualité qui remplit sa mission. ♥ ♥ ♥

LA SOURICIÈRE d’Agatha Christie. M.E.S de Ladislas Chollat. Adaptation de Pierre-Alain Leleu. Théâtre de la Pépinière. 01 42 61 44 16. 1h40

© François Fonty