Qui n’a jamais eu envie de pulvériser le sourire Émail Diamant de Barbie et Ken ? Leur idylle sirupeuse et sans nuages a de quoi filer de l’urticaire. Leur jeunesse, leur beauté et leur plastique parfaite donnent le bourdon…

Sous le vernis irréprochable des apparences, se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Dans Les Beaux au Petit Saint-Martin, Léonore Confino envoie valser les bienséances et nous entraîne dans le tourbillon de la vie à deux . C’est par le prisme idéalisé de la petite Alice, la fille du couple, que le décalage entre le rêve et le quotidien s’opère. En s’évadant dans son univers de poupées, la fillette fuit le conflit en se créant un cocon réconfortant, celui d’une famille heureuse et parfaite.

La vie à deux se transforme ici en uppercuts mordants, entre ironie et hurlements incontrôlés. L’auteur jongle entre une vision très juste des rapports humains et un certain esprit de démesure qui confinerait presque à la caricature. Entre moqueries et noms d’oiseaux, ces parents se cherchent et cherchent encore à donner du sens à leur couple. On sent poindre une forme de désespoir chez ces deux êtres au bord du gouffre qui n’en peuvent plus de se mentir et sont prêts à exploser.

Côme de Bellescize entretient avec art cette confusion entre jeu et gravité tout au long de la pièce. Entre déshumanisation grotesque et engagement émotionnel, le metteur en scène impose un jeu très physique à son tandem de choc. Élodie Navarre et Emmanuel Noblet montrent une belle alchimie et savent adopter la bonne distance ou au contraire un rapprochement au moment opportun. Très bien dirigés, ils s’investissent à fond et se révèlent aussi hilarants que touchants. ♥ ♥ ♥ ♥

LES BEAUX de Léonore Confino. M.E.S de Côme de Bellescize. Petit Saint-Martin. 1h. 01 42 08 00 32.

© Émilie Brouchon