Imaginez la famille comme un champ de bataille tellurique et sanguinaire. Revenant aux sources du théâtre antique, la mise en scène organique d’Ivo van Hove assume l’hybris originelle d’Électre et d’Oreste. De ce deux tragédies d’Euripide le directeur du Toneelgroep en souligne la violence, la sauvagerie, la primitivité. Aguerris, les comédiens du Français s’enlisent dans les marécages de la vengeance avec délectation. Le noir et le rouge ont envahi la salle Richelieu : préparez-vous au carnage !

On le sait bien, la mythologie concentre tous les tabous possibles et imaginables. En exil, Électre retrouve son frère Oreste. Ils décident de réhabiliter leur père, Agamemnon, assassiné par leur mère Clytemnestre et son amant Égisthe, en se débarassant des coupables. Ils souhaitent aussi récupérer le trône qui leur appartient et dont ils ont été injustement chassés. La boucle infernale de la violence ne semble pas connaître d’échappatoire et c’est bien en cela que nous sommes en face d’une tragédie.

Pour représenter la pourriture qui corrompt les âmes, van Hove a conçu une scénographie autour de la boue. Liquide et solide à la fois, l’élément salit les corps comme il les exalte ; il vivifie et souille. Devant composer avec cette fange, les comédiens livrent une perfomance physiquement très engagée. Ils se transforment alors en effrayants sauvageons assoiffés de sang. Saluons Suliane Brahim, revêche à souhait dont la coupe à la garçonne accentue sa sauvagerie ; Christophe Montenez continue d’explorer le territoire de la folie en Oreste exalté et fragile ; Elsa Lepoivre est une grande tragédienne, idéale en Clytemnestre.

Les percussions scandent les transes de la troupe qui se plonge dans une chorégraphie inquiétante, comme si la communion avec les dieux passait aussi par une forme de violence. L’accompagnement musical devient donc un acteur à part, essentiel à l’élaboration du rituel solennel qui se met en place.

Si quelques tunnels ponctuent l’ensemble, force est de constater la puissance d’évocation du théâtre de van Hove qui sait créer des images frappantes à l’image du brasier final qui provoque la suffocation du public, tenu en haleine. ♥ ♥ ♥ ♥

© Jan Versweyveld

ÉLECTRE/ORESTE d’Euripide. M.E.S d’Ivo van Hove. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 2h.

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