Les femmes savantes : des crédules mystifiées ou des révolutionnaires féministes ? Macha Makeïeff ne tranche pas vraiment et ose tout à la Scala-Paris. Farfelue et vive, sa mise en scène traduit une lecture intelligente de la pièce de Molière. D’une parfaite clarté, les alexandrins résonnent avec extravagance sur le plateau. 

Molière transposé dans les années 70 avec costumes flashy, animaux empaillés et tourne-disques ? Pourquoi pas après tout. C’est l’époque de la révolution sexuelle, de l’émancipation féminine, des hippies et des expérimentations en tout genre. Un contexte que Philaminte n’aurait sans doute pas reniée. Férue de sciences, elle gère d’une main de fer sa tribu et terrorise son époux Chrysale. Notre docteur en herbe destine sa fille Henriette à Trissotin, escroc pédant qui cache son ignorance sous des phrases bien tournées… La jeune fille aime cependant Clitandre. Qui de la science ou de l’amour triomphera ?

Macha Makeïeff semble toujours sur le point de verser dans la caricature en présentant ces femmes comme des hystériques obnubilées par leur maître à penser mais leur exaltation donne en réalité du baume au cœur. Il y a presque quelque chose d’enfantin à les observer en train de fabriquer des potions magiques munies de leur blouse blanche et de leurs lunettes de protection. Cette candeur se double aussi d’une conscience féministe qui, bien que discrètement évoquée, n’en demeure pas moins puissante.

Ces Géo Trouvetout au féminin, perchées dans un univers parallèle, trouvent des interprètes engagées et totalement délurées. Marie-Armelle Deguy ne tient pas en place : on adore son côté pile électrique. Et que dire de Thomas Morris, formidable en séductrice sur le tard ? Sa démarche de bébé canard et ses dons de chanteur le transforment en castafiore d’anthologie.

En baptisant son spectacle Trissotin ou les femmes savantes, la metteur en scène choisit délibérément de placer le curseur sur cette figure d’inquiétant imposteur. Son entrée en scène provoque la stupéfaction : imaginez un mélange entre John Galliano et Conchita Wurst et vous obtiendrez la nouvelle silhouette de ce fieffé manipulateur. Avec son allure androgyne, entre cheveux longs, talons hauts et voix suave, Geoffroy Rondeau hypnotise ses fidèles et le public. Charismatique, le comédien se transforme en gourou piquant à souhait. Confusion des genres pour mieux étourdir ses victimes ?

En tout cas, on saluera la dynamique de ce travail qui se conçoit comme une cocotte-minute qui bouillonne jusqu’à l’explosion. Le résultat est vivifiant et très actuel. Bravo !  ♥ ♥ ♥ ♥

TRISSOTIN OU LES FEMMES SAVANTES de Molière. M.E.S de Macha Makeïeff. La Scala Paris. 01 40 03 44 30. 2h15

© Brigitte Enguerrand