Le fantôme de Tennessee Williams plane sur la scène du Théâtre de l’Atelier. Autour d’un thème délicat, la GPA, la dramaturge américaine Jane Andersen souligne la fracture sociale entre riches et pauvres et les incompréhensions qu’elle génère. Prenante, cette pièce douce-amère bénéficie de la mise en scène délicate d’Hélène Vincent, vibrante directrice d’acteurs. Sans jamais verser dans le mélo, elle en fait ressortir les tonalités cruelles.

Deux couples : d’un côté Wanda et Hal triment dans leur caravane et ne parviennent pas à gâter leur petite tribu ; de l’autre côté Rachel et Richard, bien plus aisés, en mal d’enfant. Par le biais d’une petite annonce, la vie du quatuor va être bouleversée…

Difficile de cataloguer Baby dans un genre précis. À mi-chemin entre la comédie et le drame, on se laisse surprendre par cette histoire bien ficelée et bien écrite. Jouant sur les contrastes de caractère, sans caricature aucune, la pièce dessine surtout de formidables personnages féminins.

Moiteur dérangeante
L’apprivoisement compliqué entre Wanda et Rachel occupe tout le premier acte : la première accepte à contre-coeur de vendre son futur bébé à la seconde. Comment dès lors parvenir à établir une relation cordiale ? Isabelle Carré, éternelle adolescente, imprime une tendre et énergique dignité à son personnage de mère courage. Sa franchise fait mouche. Camille Japy, elle, habituée aux rôles de bourgeoise coincée, baigne dans son élément. Il faut l’observer en train de lancer des regards exaspérés voire apeurés face au mode de vie précaire Wanda. Leur échange savoureux donne du piquant à l’ensemble.

Vincent Deniard ne démérite pas en époux bourru et maladroit, follement amoureux de sa Wanda. Son physique impressionnant laisse affleurer un côté nounours attachant. Un personnage complexe qui sous ses allures monolithiques de brute épaisse dévoile un vrai sens de la famille. Le deuxième acte, marqué par l’arrivée de Bruno Solo, traine plus en longueur. Le personnage arrive trop tard pour que l’on s’y attache réellement.

Ne dévoilons rien de la fin : constatons simplement que la vie réserve bien des surprises et que notre quatuor y laissera des plumes. On sort de l’Atelier lessivés, l’âme agitée par de terribles questionnements. ♥ ♥ ♥ ♥

BABY de Jane Andersen. M.E.S d’Hélène Vincent. Théâtre de l’Atelier. 01 46 06 49 24. 2 h entracte compris.

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