Avec Papa va bientôt rentrer, Jean Franco se distingue nettement de la masse de comédies qui afflue en cette rentrée théâtrale de janvier. Un petit bijou hilarant et touchant sur fond de guerre du Vietnam qui souligne l’alliance revigorante d’un duo de comédiennes impeccables.

Suzan et Mia s’opposent comme le jour et la nuit. La première est une femme au foyer accomplie qui ne déroge jamais aux règles tandis que la seconde se veut plus rebelle dans l’âme, ancienne activiste pacifiste. Les deux voisines se côtoient cependant sans cesse car en l’absence de leur mari, partis au front, il faut bien passer le temps. Le deux Américaines voient les jours s’écouler lentement jusqu’au jour où Isaac, l’ex-compagnon de Mia, refait surface. Le déserteur doit trouver un abri. Comment le trio va-t-il cohabiter ?

L’écriture ciselée de James Franco aborde sans pathos et avec beaucoup d’alacrité la solitude de ces « desperates housewives » des années 70. Les bons mots, l’alcool et l’entraide féminine aident mais une certaine mélancolie émerge de cette comédie pétillante. L’idée géniale de ces maris « plats » permettant de surmonter le trauma de l’absence est à cet égard révélatrice de cette ambiance contrastée, entre rire et émotion.

Femmes de caractère
José Paul ne perd pas son temps : la situation est posée très rapidement et l’on prend beaucoup de plaisir à s’immiscer dans la conversation sans gêne entre les deux ménagères. Il faut avouer que la distribution est royale. Lysiane Meis campe une Républicaine aux idées bien étriquées dans sa robe droite avec une ravissante folie douce. Son attrait pour la bibine et son envie de se laisser aller face à un rigorisme qui n’a plus lieu d’être sont irrésistibles. Face à elle, Marie-Julie Baup se montre plus terrienne et moins fantasque. Dans son pantalon pattes d’eph, son pragmatisme résolu laisse place à une nostalgie attendrissante. Benoit Moret complète la distribution en déserteur peu dégourdi dont le courage finira par s’emballer.

Par le biais d’une comédie aux couleurs yéyé, Jean Franco signe une pièce plus profonde qu’il n’y parait. Avec ses dialogues très bien troussés et son casting aux petits oignons, Papa va bientôt rentrer s’impose sans difficulté comme la surprise de ce début d’année. ♥ ♥ ♥ ♥

PAPA VA BIENTÔT RENTRER de Jean Franco. M.E.S de José Paul. Théâtre de Paris. 01 48 74 25 37. 1h15

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