Après Les Femmes savantes, Catherine Hiegel poursuit son travail autour des grands classiques à la Porte Saint-Martin. Sous le regard bienveillant de son directeur, Jean Robert-Charrier, elle révèle toute la dimension ludique et badine du Jeu de l’amour et du hasard. Un marivaudage en règle qui laisse un brin de côté la dimension critique pour plonger dans les délices d’un jeu de cache-cache ébouriffant.

Quoi de mieux qu’un jardin pour s’ébattre follement en toute liberté ? Les décors végétaux de Gondry évoquent un tableau fripon de Fragonard. Hiegel a misé sur un espace naturel et élégant qui n’étouffe jamais le chassé-croisé amoureux de nos quatre acolytes. Silvia et Dorante (les nobles) et Lisette et Arlequin (les valets) se cherchent, se désirent, s’interrogent, se perdent dans ce paysage enchanté.

Les deux couples ne sont pas traités à la même enseigne : si Clotilde Hesme et Nicolas Maury ne déméritent pas en nobles (la première est tourmentée à souhait tout en demeurant très digne ; le second implacable et transi d’amour dans un contre-emploi), Laure Calamy et Vincent illuminent la scène de leur espièglerie. Tels deux gamins qui se pavanent et endossent des habits trop grands pour eux, ils multiplient les polissonneries : il faut admirer la suivante singeant les poses cérémonieuses de sa maîtresse et le domestique crânant vulgairement. Pas vraiment de cabotinage ici, juste le plaisir intense de jouer et de faire rire son public. La scène finale d’aveu est absolument délicieuse : la révélation de leur véritable condition constitue le clou du spectacle.

Public en délire lors des saluts d’ailleurs. Une ovation bien méritée pour ce jeu piquant et doux-amer. Hiegel a conçu son spectacle comme une parenthèse verdoyante et régressive. En prime, une joueuse de viole de gambe ponctue avec goût les scènes. Que demander de plus ? ♥ ♥ ♥ ♥

LE JEU DE L’AMOUR ET DU HASARD de Marivaux. M.E.S de Catherine Hiegel. Théâtre de la Porte Saint-Martin. 01 42 08 00 32. 2h

© Pascal Victor

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