Après une Iliade vivifiante, Pauline Bayle conclut logiquement son diptyque homérique avec L’Odyssée. Du Théâtre de Belleville au Théâtre de la Bastille, la jeune metteur en scène trace avec succès sa route. Reconnaissance méritée pour l’artiste, qui, une fois de plus, revisite ce grand texte fondateur avec une fluidité et un sens de la narration d’une simplicité follement efficace. De nouveau, on retrouve ses cinq comédiens fétiches dans une aventure maritime et identitaire pleine de souffle et de fraicheur.

Inutile de scruter la scène à la recherche d’un indice évoquant la Grèce antique. Ce serait peine perdue. On ne s’encombre pas d’une quelconque vérité historique ici. Pas de péplum avec Kirk Douglas et pas de grandeur surhumaine. En 2018, Ulysse est un être asexué en T-shirt, jeans et baskets. Un héros d’aujourd’hui qui peut s’incarner en tout un chacun.

Couleurs intenses
Sur des chaises à vue entourant le rectangle scénique, chacun des cinq aèdes attend son tour. Ils se partagent les scènes, les personnages et les épisodes avec une complicité naturelle. Tout s’enchaîne à une vitesse presque chorégraphique et on comprend rapidement qui est qui. Pauline Bayle tempère, comme dans L’Iliade, la notion de virilité et de féminité et brouille les frontières des genres. Une femme peut prendre les armes et se montrer sanguinaire tout comme un homme peut se révéler doux et maternel. Cette inversion n’évacue pas tous les stéréotypes mais fonctionne à merveille sur scène. Charlotte van Berssevelès, Viktoria Koslova, Alex Fondja, Florent Dorin, Yan Tassin jettent leurs tripes et donnent tout. On en redemande !

Aucun temps mort : Polyphème, Circé, Calypso, la vengeance d’Ulysse… On retrouve les moments clés de L’Odyssée menés tambour battant. Pas d’excès, pas de surenchère mais des images frappantes et magnifiques ponctuent le récit à l’instar de cette terre paillettée d’or qui recouvre le plateau une fois Ithaque retrouvée, de cette intense pénombre lorsqu’Ulysse descend aux Enfers, de ce liquide rouge qui éclabousse les poitrines au moment du massacre des prétendants… Ce travail chromatique ne laisse pas de charmer par sa beauté simple et évidente.

En assumant la carte de la polyphonie, Pauline Bayle joue une partition chorale entre rupture et harmonie qui touche dans le mille. Quand Ulysse reprend son histoire en main, les cinq comédiens s’avancent à l’unisson, leurs voix se répondant à merveille. ♥ ♥ ♥ ♥

L’Odyssée d’Homère. M.E.S de Pauline Bayle. Théâtre de la Bastille. 01 43 57 42 14. 1h30

© Pauline Le Goff

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