Bienvenue chez les zinzins ! Sous la houlette de Pierre Pradinas, La Cantatrice chauve se mue en une folie douce minutieusement orchestrée. Logique absurde, discussions abracadabrantesques, non-sens total… L’ancien directeur du Théâtre de l’Union respecte avec gourmandise l’esprit délicieusement tordu de Ionesco. Dirigeant avec une névrose décalée ses six comédiens, il dissèque les rapports homme-femme avec beaucoup d’humour.

L’intrigue de la plus célèbre pièce de Ionesco se réduit à peau de chagrin. Un couple, les Smith, papotent dans leur salon anglais à la tapisserie psychédélique. Madame semble parler dans le vide : Monsieur est plongé dans son journal. Ce dialogue de sourds évoque déjà la marotte du dramaturge roumain : le tragi-comique du langage ou comment les humains échouent à se comprendre. L’arrivée importune des Martin qui au bout d’une scène délirant s’aperçoivent qu’ils sont mariés va propulser le spectacle vers une loufoquerie abyssale.

Le travail de Pradinas se veut limpide : on comprend le délitement du couple, la difficulté de vivre à deux, les luttes de classe, la vacuité du discours. On se rend également compte que Ionesco a du mal à s’arrêter : certaines scènes sont tout bonnement interminables et l’effet s’use jusqu’à la corde.

Belle bande de dingues !
Cette version s’appuie sur une distribution éclatante qui parvient à bien mettre en relief l’absurdité de la situation et des personnages. Romane Bohringer est hilarante en bourgeoise pincée et frustrée ; Julie Lerat-Gersant campe une bonne provoc’ avec distinction. Stephan Wojtowicz joue le contraste à fond entre sa nonchalance et ses plongées délirantes.

Plusieurs idées judicieuses parsèment la représentation : une horloge détraquée perturbe la chronologie ; le canapé se transforme en lit ; des gobelets (ceux qu’on donne aux fous pour leurs pilules ?) pleuvent à la fin et puis des voix de cantatrices vampirisent nos personnages ! L’affrontement épuisant entre les deux couples à coup d’associations verbales virtuoses évoque une crise de nerfs très savoureuse. On sort du 13ème Art exténué ! ♥ ♥ ♥

LA CANTATRICE CHAUVE d’Eugène Ionesco. M.E.S de Pierre Pradinas. 13ème Art. 01 53 31 13 13. 1h15.

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