Pour son grand retour sur les planches, Yasmina Reza met en scène sa dernière pièce au Rond-Point. Mystérieusement baptisée Bella Figura, cette création navigue en eaux troubles autour de la déliquescence des âmes et des couples. Oscillant entre une comédie bourgeoise caustique et une ambiance crépusculaire shootée au fantastique, la « Belle Figure » se cherche encore dans une dramaturgie balbutiante. Solidement incarnée par un quitet de comédiens rodés et unis, cette vague à l’âme généralisée laisse un peu sur sa faim.

Cas de figure classique : un homme marié un peu lâche (Boris) – une amante possessive et un brin lasse (Andréa). Dispute sur un parking, les rancœurs éclatent ; on essaye de se rabibocher quand paf ! une mamie (Yvonne) se fait renverser par la voiture jaune flashy. Manque de chance, la bonne copine de la femme de Boris et son mari Eric font partie de la famille de la dame âgée.

Sur ce canevas improbable, Reza tisse une comédie de caractère et de moeurs piquante qui fait se rencontrer des personnages hauts en couleur et très bien dessinés. Voici d’ailleurs le principal atout de cette pièce. Josiane Stoléru amuse la galerie en vieille gaga infantilisée ; Camille Japy excelle en harpie qui se laisse progressivement aller : Micha Lescot toujours formidable en grand dadais bien sous tout rapport et qui explose : Louis-Do de Lencquesaing touchant en homme acculé, pathétique. Enfin, Emmanuelle Devos domine la distribution dans le rôle de cette femme extravagante qui aimerait enfin profiter de la vie. Carnassière, entière, émouvante, elle est toujours sur le fil et jamais dans la caricature.

Vague à l’âme nocturne
L’emsemble est imprégné d’une réelle mélancolie, d’une forme d’exténuation léthargique qui se propage jusqu’au public. Paradoxalement, malgré des situations explosives et incongrues (cf la scène des toilettes et du diner), le tout génère une léthargie qui plombe le rythme global. Reza cultive cette atmosphère nébuleuse mais de manière trop figurative. Des bruitages animalesques de crapauds tentent d’introduire une dimension inquiétante mais il aurait fallu densifier et complexifier l’affaire. Idem pour ces mini-films en noir et blanc entre chaque saynète. Le clair-obscur des lumières est beau, on a l’impression d’être une soir d’été à la terrasse d’un restaurant… Cela ne suffit pas à nous embarquer totalement dans cette histoire finalement banale.

Bella Figura de Yasmina Reza. M.E.S de l’auteur. Théâtre du Rond-Point. 01 44 95 98 00 . 1h25 ♥ ♥ ♥

©Pascal Victor

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