Elles s’appellent Anissa, Ludivine, Chirine, Laurène ou Yasmina. Jeunes et bien dans leurs baskets, elles ont la rage. La rage de déclamer à la face du monde leurs histoires, leurs émotions et leur sensibilité.Elles brûlent de l’urgence de se confier. Sur un mode décalé, comique, intellectuel ou plus poignant. Elles sont magnifiques ces neuf femmes qu’Ahmed Madani a réunies dans F(l)ammes, repris aux Métallos. Bien loin de faire de la figuration, elles imposent leur présence avec conviction, bonne humeur et volubilité. Qu’est-ce-qu’être une femme en banlieue ? Comment se construit-on en tant que filles d’immigrés ?

F(l)ammes est un spectacle qui brûle. Qui irradie. À la façon du stand-up, des femmes vont défiler et raconter une tranche de vie sur un ton plus ou moins imagé. Anissa par exemple. Elle a du mal à comprendre pourquoi Ulysse est vanté par tous alors qu’il a cocufié sa femme pendant des années. Pénélope, vertueuse et fidèle, a gâché vingt ans de sa vie à attendre un goujat. Manière de tordre le cou aux représentations viriles et patriarcales de la société. Avec un vrai sens de l’humour et de la dérision, Anissa énonce une vérité qui fait mal pour les hommes. Chérine, elle, a appris le karaté dès l’âge de trois ans pour ne pas se faire violer dans la rue. Il faut survivre dans cette jungle hostile. Haby raconte avec une pudeur bouleversante son excision sous la forme d’un conte.

Comment être à la fois femme et vivre en banlieue ? C’est cette articulation que travaille au corps Ahmed Madani. S’inspirant manifestement du témoignage de ces neuf femmes, le spectacle irradie d’une parole brute et vivifiante. Des mots coup de poing qui ébranlent dans leur fraîcheur brûlante. Chacune à le droit à son « numéro », variable en intérêt pour le spectateur mais toujours égal dans une forme d’urgence et d’ardeur à dire.

Groupe ou individu ?
C’est sans doute sur ce point formel que le mât blesse le plus : la mécanique s’enraye au bout d’un moment et la dramaturgie en prend un coup du fait d’un statisme parfois pesant. Les témoignages s’enchaînent sans réelle surprise (un happening corsé et spectaculaire vient toutefois corser l’affaire). Pourquoi Madani n’a-t-il pas développe l’aspect choral de son spectacle ? Quelques saynètes bien senties sur l’identité (en quoi une Arabe serait-elle plus intégrée qu’une Noire ?) auraient gagné à être approfondies. La fièvre se serait propagée avec d’autant plus d’éclat. Un cours express de karaté ou une danse dionysiaque, eux, galvanisent le public. Il est certain que mêler l’intime au collectif relève d’une gageure mais l’équilibre n’a pas trouvé sa juste mesure ici. On s’interrogera également sur l’utilité des vidéos parfois belles (des cheveux au vent) parfois incompréhensibles. Bref, si ces femmes sont éblouissantes dans leur parler, leur beauté, leur sensibilité, un problème de forme subsiste.

Il n’en reste pas moins que F(l)ammes frappe les esprits par son énergie, sa sincérité, son engagement. Un spectacle qui respire la spontanéité et qui fait beaucoup de bien tout en s’interrogeant sur la place de la femme au XXIè s. ♥ ♥ ♥ ♥

F(L)AMMES d’Ahmed Madani. M.E.S de l’auteur. Maison de Métallos. 01 47 00 25 20. 1h45

© François-Louis Athénas

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