West Side Story revient en fanfare en France cinq ans après son éclatant triomphe au Châtelet. Respectant au millimètre les chorégraphies intemporelles de Jerome Robbins, ce musical continue d’enchanter les générations à la Seine Musicale. La romance contrariée de Maria et Tony continue de nous faire flancher au rythme de chansons cultes. Mambo !

La Grande Pomme dans les années 50. Guerre des gangs entre les Jets et les Sharks sur fond d’immigration et de racisme. De la testostérone, l’envie d’en découdre, du désir et de la violence. L’amour pourra-t-il survivre à la haine ?

Dans un décor finalement assez dépouillé malgré la présence imposante d’échaffaudages, les corps et les voix sont superbement mis en relief. Plus de trente artistes sur scène mènent la danse avec un tonus d’enfer. Les tablaux choraux sont éclatants (« Mambo », « Somewhere », « Cool ») et la petite musique familière résonne agréablement à nos oreilles. On frissonne sur « Tonight » et « Maria ». L’orchestre dirigé par Donald Chan procure une ampleur épique à l’ensemble. Le résultat sonore s’avère assez prodigieux.

Natalie Ballenger campe une Maria flamboyante et courageuse. Elle est impeccable. Kevin Hack, lui, est bien plus falot que sa partenaire. C’est elle qui tient clairement la culotte. Keely Berne apporte beaucoup de piquant et de caractère à Anita.

Mention spéciale au jeu de lumières qui parviennent à vire complètement d’atmosphère : carré rouge sange de l’affrontement ou bien le rose flash de l’amour ou encore le blanc immaculé d’une utopie pacifique. Idée simple pour résultat très efficace.

Rêve parsemé de quelques nuages
Quelques bémols : la Seine Musicale n’est pas le lieu idéal pour accueillir WSS. L’espace est noyé dans un espace bien trop imposant (six-mille places !). Scène trop élevée pour les premiers rangs et on n’aperçoit rapidement plus grand chose au milieu de la salle (en catégorie 1 pourtant) si l’on ne se munit pas de jumelles. Cela reste frustant bien qu’on connaisse le spectacle par cœur.

Un petit goût d’inachevé demeure tout de même sur nos lèvres : le musical est tellement célèbre qu’il n’y a plus vraiment de surprises. On aurait voulu être plus bousculé, secoué. Le spectacle s’y prêtait à merveille mais tout cela est un peu trop lisse et aseptisé, pas assez « rough ». Si l’alternance entre la brutalité des groupes et l’intimité des duo fonctionne bien, un manque de passion éclate.

Alors évidemment, hors de question de bouder cette super production ! Il s’agit d’un spectacle incontournable à voir au moins une fois dans sa vie. Simplement, il aurait fallu pimenter un peu plus l’affaire. ♥ ♥ ♥ ♥

WEST SIDE STORY de Stephen Sondheim, Leonard Berstein et Arthur Laurents . M.E.S de Joey Mckneely. Seine Musicale. 01 74 34 54 00. 2h20 (avec entracte).

© Susanne Brill

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