Le Théâtre Hébertot respire la testostérone en ce moment. Avant de découvrir le facétieux et bouillonnant Maxime d’Aboville dans Les Jumeaux Vénitiens, place à des mâles en quête de vérité. Dans Douze hommes en colère, Charles Tordjman tente de recréer un univers carcéral anxiogène qui s’appuie pour beaucoup sur la justesse de la distribution.

Douze hommes en costume rétro sont alignés le long de la scène. Une lourde charge leur incombe puisqu’ils vont devoir décider d’envoyer ou non un jeune homme condamné par parricide à la chaise électrique. Il suffira d’une main levée qui exprime un doute pour que cette prétendue formalité se transforme en joute oratoire. La pièce de Reginald Rose est un huis-clos psychologique qui s’interroge sur la notion de libre-arbitre. Comment résister face au groupe ? Comment assumer une opinion contraire à la doxa ? Comment parvenir à convaincre ceux qui s’opposent à vos idées ?

Ruche en ébullition
C’est Bruno Wolkowitch qui endosse le rôle difficile de celui qui s’insurge contre les jugements à l’emporte-pièce. Belle prestance, calme olympien, assurance digne. Il éclaire l’ensemble d’une juste humanité. Difficile en un peu plus d’une heure d’exister alors que douze comédiens occupent l’espace ! Pourtant, Charles Tordjman réserve à chacun une bulle d’oxygène salutaire dans laquelle il peut librement s’exprimer. On retiendra le côté sanguin du directeur des lieux Francis Lombrail, l’autorité naturelle de Pierre-Alain Leleu, la séduisante réserve maladroite de Jeoffrey Bourdenet. La dynamique de groupe n’est certainement pas à remettre en cause.

En revanche, la comparaison avec le cinéma s’avère inévitable.  au théâtre un policier relève réellement d’une gageure. Les magies du montage évitent les temps morts et entretiennent une forme de suspense que la scène peine à surpasser. Du coup, l’ensemble paraît bien bavard et s’étire en longueur. Repasser sans cesse les preuves au crible de nouvelles interprétations va un temps. La valse des interrogatoires, aussi vifs qu’ils puissent être, crée une routine, accentuée par un certain statisme. La gestion bien réglée de l’espace, le jeu des lumières qui renvoie à l’écoulement du temps et une pointe de musique solennelle pimentent un brin l’ensemble. Pas assez.

L’adaptation de Francis Lombrail s’avère donc honnête et surtout portée par la qualité de la troupe (bien qu’on aurait souhaité que la moyenne d’âge des comédiens soit plus jeune…). Difficile de passer les feux de la rampe lorsqu’il s’agit de mettre en scène un policier. Charles Tordjman aura essayé. ♥ ♥ ♥

DOUZE HOMMES EN COLÈRE de Reginald Rose. M.E.S de Charles Tordjman. Théâtre Hébertot. 01 43 87 24 24. 1h20.

© Lot

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