Visiblement inspirée par Beckett, la nouvelle comédie noire de Pierre Notte au Rond-Point est un écrin pour deux grandes comédiennes qui n’ont plus l’âge des jeunes premières. Catherine Hiegel et Tania Torrens campent deux Tatie Danielle revenues de tout et fières de leurs rides. Cette ode à la vieillesse, à la fois tendre et sans pitié, bénéficie d’une écriture en dents de scie. Des fulgurances émaillent l’ensemble, le ton se veut souvent caustique mais la dynamique tourne aussi à vide.

Dans un univers apocalyptique, deux dames âgées se voient contraintes de cohabiter. Vissées les fesses sur leur chaise, elles essayent de combler le vide de leur existence comme elles le peuvent. Par la conversation notamment. Ou du moins, une ébauche de dialogue puisque ce duo de mamies se crêpe vite le chignon ! La première est une ancienne comédienne qui a nourri une passion intense pour un célèbre acteur ; la seconde, plus cassante, est une ancienne fille de joie épicurienne. Ces bêtes de foire s’amusent à se faire peur : l’une en simulant un Parkinson, l’autre une crise d’Alzheimer. Comment vivre ensemble dans un monde aseptisé, sans saveur, sans gluten et sans vilaines bestioles ? Peut-être en se lançant à corps perdu dans le jeu, la surenchère, la vindicative.

Pas de mamie blues !
Lorgnant vers Fin de partie et En attendant Godot, La Nostalgie des blattes évoque l’immobilisme d’une micro-société ankylosée par le poids des années et qui tente de survivre dans un monde qui l’a abandonnée. Contrairement à Beckett, ces vieilles ne semblent pas complètement résignées et revendiquent une volonté de se battre et de prouver aux autres qu’elles ne sont pas encore six pieds sous terre. D’abord ennemies, elles vont s’apprivoiser et comprendre que pour ne pas mourir, il faut accepter de s’ouvrir à l’autre.

Catherine Hiegel et Tania Torrens s’en donnent à cœur joie : elles prennent un malin plaisir à jouer les Tatie Danielle odieuses et touchantes. Leur complicité ne fait aucun doute. La première nage comme un poisson dans l’eau avec ses mimiques ahuries et sa voix rocailleuse. Elle râle et s’affirme comme une reine gériatrique. La seconde est plus maniérée, plus dans l’affectation avec ses airs de duchesse pincée et malicieuse à la fois. Avec pour seul décor deux chaises et des lumières mystérieusement bleutées, le spectacle se concentre clairement sur la performance d’actrices. Elle sauvent la pièce d’une écriture bavarde, qui aurait pu économiser davantage ses effets parfois un peu faciles (les blagues sur la vessie qui flanchent sont rigolotes mais tellement attendues). ♥ ♥ ♥

LA NOSTALGIE DES BLATTES de Pierre Notte. M.E.S de l’auteur. Théâtre du Rond-Point. 01. 1h10.

© Giovanni Cittadini Cesi

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