On connaît la Simone de Beauvoir intellectuelle, moins la femme passionnée, emplie de désir et d’amour. C’est cette Simone-là qu’Anne-Marie Philipe a décidé de mettre en lumière au Lucernaire. Un trio de comédiennes pour incarner les différentes facettes de la dame selon son homme du moment. Riche idée qui prend bien sur scène. Un moment feutré, mutin, parfois intense.

Une image vient de suite à l’esprit lorsque l’on évoque Simone de Beauvoir : celle d’un écrivain engagé dans son temps, cérébral. Une femme de lettres en somme. Et la femme tout court alors ? Sa riche correspondance épistolaire a fourni un matériau de choix pour Anne-Marie Philipe. La metteur en scène a pioché dans les lettres que Simone a envoyées à ses trois grands amours pour composer un échange ardent à quatre voix.

Simone X 3
Elle revient au début du spectacle sur les amours contingentes théorisées par le couple Beauvoir/Sartre : un pacte est crée selon lequel les aventures sont autorisées du moment qu’ils se confient tout l’un à l’autre, sans jamais rien se cacher. Cette façon ambitieuse de vivre leur histoire d’amour ne manque pas de sel. La dramaturgie est pour le moins originale : trois comédiennes d’allure et de jeu fort différents incarnent à tour de rôle Simone en fonction de l’amant privilégié. On commence avec le jeune Jacques-Laurent Bost, élève de Sartre. Cette passion, née d’un défi, se veut bucolique et ouverte sur la nature. Les deux comparses adorent marcher des heures au grand air, côte-à-côte.

Camille Lockhart joue avec brio la carte de la séduction malicieuse et fraîche ; on est moins convaincus par l’aspect plus charnel. Anne-Marie Philipe sert de garde-fou à la représentation : son expérience et son aisance captivent l’attention. C’est un réel plaisir de l’écouter nous raconter de-ci de-là la vie de Beauvoir. Elle manie les mots avec gourmandise et sa manière mi-distanciée, mi-coupable de nous raconter ses ébats avec une jeune fille vaut le coup. Enfin, Aurélie Noblesse est sans doute la plus émouvante du trio : sa Simone, folle amoureuse d’un auteur américain sans le sou, Nelson Algren, est déchirante d’absolu. Alexandre Laval, lui, incarne les trois hommes avec une interprétation encore un peu verte mais une gouaille rafraîchissante. Il faudrait creuser le filon émotionnel qui reste encore trop à découvert.

Pour l’amour de Simone offre finalement un paradoxe assez saisissant : il y est sans cesse question d’amour mais pas une seule fois les comédiens ne se touchent, se caressent ou se serrent vraiment dans les bras. Le cadre épistolaire crée une distance que l’ardeur crue des mots vient combler. Un peu plus de contact n’aurait sans doute pas fait de mal à l’affaire mais l’ensemble tient la route. À découvrir. ♥ ♥ ♥

POUR L’AMOUR DE SIMONE. M.E.S d’Anne-Marie Philipe. Théâtre du Lucernaire. 01 45 44 57 34. 1h10

© Michel Slomka

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