Véronique et Davina n’ont qu’à bien se tenir ! Olivier Martin-Salvan et son crew de haut niveau revisitent Ubu façon cours d’aérobic musclé. Après avoir tracé leur route en itinérance, la fine équipe de bras cassés pose son royaume en kit aux Bouffes du Nord. Au programme : une heure de franche poilade aux allures de grande récré régressive. L’ami Alfred n’aurait pas renié cette course au pouvoir dérisoirement enfantine.

C’est en petites foulées qu’Ubu nous accueille. Avec sa combi moulante à rayures rouges et blanches et son imposante toison qui lui recouvre même le dos, l’ogre Martin-Salvan impose sa silhouette gargantuesque. Il est vite rejoint par une troupe de zigotos tous plus timbrés les uns que les autres. Ensemble, le quintet pousse dans ses retranchements la dimension mêta de la pièce de Jarry. À aucun moment, il n’est question de sérieux ici. Le burlesque de la situation conduit la bande à envisager la représentation comme un espace de jeu géant. Tout est prétexte à la déconnade et au plaisir revendiqué de placer la corporalité comme matière à rire.

Bouge ton corps !
Exit les bonnes convenances et place au règne de la chair et des bas-instincts : la nymphomanie de Mère Ubu épuise la gente masculine ; Ubu punit la justice à coup de sodomie ; transpiration, crachats, simulacre d’onanisme imprègnent les lieux… Si la satire du despotisme constitue le cœur de la pièce, ce n’est pas le cerveau qui est sollicité mais bien les sensations. Puisque la scène se conçoit comme un terrain de sport (lutte, GRS, judo au choix), toute l’absurdité effrayante d’Ubu se cristallise autour de la gestuelle. Et inutile de vous dire que les comédiens suent toutes les larmes de leur corps pour nous concocter une bataille aux allures de marathon cartoonesque.

Du haut de sa carrure de rugbyman, Martin-Salvan mène son équipe à la baguette dans une ambiance bon enfant. Il se délecte jusqu’au bout des poils de son rôle taillé sur mesure et entraîne ses camarades dans un torrent de bonne humeur communicative. Mathilde Hennegrave fait des merveilles en mère Ubu boulimique de sexe ; Robin Causse minaude avec espièglerie ; Thomas Blanchard épate en homme-gamin dans la lune et Gilles Ostrowsky excelle en soldat malsain (il fait dangereusement penser à la hyène du Roi Lion).

Saluons donc la cohérence de ce travail qui respecte avec inventivité l’esprit récréatif et insolent de Jarry. Le décor de mousse modulable à l’envi invite à rentrer dans ce jeu de massacre avec un plaisir non feint. ♥ ♥ ♥ ♥

UBU, d’Alfred Jarry. M.E.S d’Olivier Martin-Salvan. Bouffes du Nord. 01 46 07 34 50. 1h.

© Sébastien Normand

 

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