Comment transformer l’injure et le harcèlement en force émancipatrice ? Avec Les Petites Reines, Clémentine Beauvais concentre en une boule d’énergie solaire une multitude de faisceaux adolescents qui sont autant d’interrogations judicieusement soulevées. L’humour et l’émotion font bon ménage dans l’adaptation enlevée de Justine Heynemann présentée au Montansier. Une économie de moyens au service d’une interprétation enjouée et attachante, complexe également. Le trio de comédiennes au centre de cette folle aventure se montre soudé et complémentaire. Une belle réussite.

Hakima, Astrid et Mireille ont un point commun : elles ont toutes les trois été élus Boudin de l’année au collège-lycée de Bourg-en-Bresse. Cette distinction honorifique réunissant les pires laiderons de l’établissement selon leurs camarades va constituer le pivot d’une nouvelle existence. Un périple de longue haleine se prépare lorsque Hakima décide de ruiner la Garden Party de la Présidente de la République. L’adolescente a en effet appris qu’on allait décorer ce jour-là le général responsable de l’amputation des jambes de son frère Kader. Mireille, la meneuse de troupe, souhaite se rendre dans la capitale à vélo avec ses deux nouvelles amies après avoir pris au mot les paroles en l’air de sa philosophe de mère. Malgré les coups durs, la persévérance et la bonne humeur du trio contamineront un public en délire via les réseaux sociaux et les reportages en tout genre…

On comprend rapidement pourquoi Les Petites Reines a cartonné en libraire : Clémentine Beauvais s’attarde sur les chamboulements de l’adolescence avec un sens de la formule cinglante et une forme d’auto-dérision salutaires. Mireille accepte ses kilos en trop avec sagesse malgré les moqueries. Aucun pathos ici mais une maturité touchante et décapante. L’acceptation de soi, le regard des autres, l’absence d’un modèle paternel, le rejet, l’entraide, la complicité, le dépassement de ses limites : autant de thèmes, qui loin d’être éparpillés, s’unissent avec harmonie et limpidité.

Adolescence criante de vérité
La mise en scène lumineuse de Justine Heynemann éclaire les enjeux du roman : un décor réduit au strict minimum (trois jolis vélos colorent égayent le plateau ainsi que des routes de France et de Navarre projetées en toiles de fond), une adaptation dynamique sans temps mort et une brochette d’actrices au taquet. Manon Combes est une Mireille pétillante et rentre-dedans, éclatante de naturel ; Justine Bachelet campte une Hakima droopy-darienne lunaire et Barbara Bolotner une Astrid complètement déjantée accro aux jeux de management et exubérante. Rachel Arditi et Mounir Margoum complètent la distribution en se glissant avec talent dans la peau de divers personnages.

LES PETITES REINES de Clémentine Beauvais. Adaptation de Justine Heynemann et Rachel Arditi. M.E.S de Justine Heynemann. 1h20. ♥ ♥ ♥ ♥

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