Le théâtre résonne souvent avec la réalité. Alors que la France subit de plein fouet une violente secousse politique, Frédéric Bélier-Garcia met en scène Honneur à notre élue. La pièce de Marie NDiaye explore les intérations entre le terreau de l’intime et la sphère publique pour aboutir à un constat peu reluisant. À force de mulitplier les pistes, l’écrivain nous égare et rate le coche. Au Rond-Point, la proposition du directeur du Quai d’Angers manque de lisibilité et de clarification des enjeux.

Dans une ville portuaire au nom inconnu, notre élue règne paisiblement depuis dix ans. Respectée de tous pour son intégrité et son sens de la justice exemplaires, elle fait face à l’acharnement de l’Opposant. Tout va bien jusqu’au jour où les parents de l’édile débarquent à l’improviste chez elle. Entre thriller politique, inquiétante étrangeté, pause sportive en compagnie d’une majorette (Rambert si vous nous lisez..), fanatisme alarmant et mystère inssaisissable,  on ne sait pas dans quelles eaux nager avec Honneur à notre élue. NDiaye cultive la bizarrerie et refuse de donner des réponses tranchées. On navigue dans un entre-deux que Bélier-Garcia se plaît à entretenir.

Cerveau en bouillie
Le début du spectacle donne le ton et embrouille d’emblée le cerveau du spectateur puisque trois niveaux de perception se distinguent : au premier plan, Patrick Chesnais, l’Opposant (bien mal dirigé ; il faudrait qu’il apprenne à articuler correctement et à se montrer moins léthargique) et son assistant regardant la télévision, tous les deux en chair et en os. Au second plan, une vidéo projetant des visages grossis sur une belle tapisserie de Bayeux et au dernier plan, cette même vidéo en mode dézoomé. Résultat : on ne comprend rien et la première demi-heure s’avère éprouvante. L’espace démesurément grand engloutit en outre les comédiens qui semblent perdus.

Isabelle Carré mène sa barque dans cette brume épaisse : troublante et imperméable à toute tentative de compréhension, elle conserve un charme énigmatique qui lui sied parfaitement. Solaire et lunaire, aucune prise ne l’atteint. Imperturbable et faillible malgré tout, elle donne de la consistance à son personnage de maire opaque. Chantal Neuwirth et Jean-Paul Muel campent un couple de Bidochon odieux avec délectation et Christelle Tual joue la  traîtresse faussement greluche avec un aplomb incroyable.

Surcharge cognitive en sortant du théâtre : nos neurones capitulent face à cette pièce alambiquée qui circule dans tous les sens pour arriver à une fin confuse. La juxtaposition des genres et des registres ne prend pas. L’ensemble aurait pu être plus percutant s’il s’était agi de véritables saynètes séparées les unes des autres. Seulement, cet assemblage hétéroclite nous fait perdre la tête. ♥ ♥

HONNEUR À NOTRE ÉLUE de Marie NDiaye. M.E.S de Frédéric Bélier-Garcia. Théâtre du Rond-Point. 01 44 95 98 00. 1h40.

© Giovanni Cittadini Cesi

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