Une comédie musicale sur les fêtes du réveillon ? Avec ce pitch alléchant, Gaétan Borg et Stéphane Laporte ont concocté un spectacle surprenant qui concilie les registres avec une étonnante maîtrise. Une ambiance à la Friends dynamitée par des sujets in comme le sida ou l’homosexualité. Une tonalité gay-friendly assumée mais qui ne se montre jamais vulgaire, toujours à fleur de peau. Boostée par une construction dramatique intelligente et un quatuor de comédiens complémentaires et au taquet, 31 est la bonne surprise de ce début d’année au Studio des Champs-Élysées.

Ils sont quatre : presque autant que les cinq doigts de la main. On dénombre Victoire, la mère de substitution accro à la gym et franche du collier ; Stéphane (énergique Carole Deffit), la médecin surexcitée ; Ruben, l’ex-réceptionniste qui jongle avec sa sexualité et Anthony, jeune PDG ouvertement gay et exubérant. En ce 31 décembre 1999, les amis sont réunis comme d’habitude pour célébrer le nouvel an. Sauf que juste avant le bug de l’an 2000, les rancœurs vont refaire surface et le grand déballage va commencer…

Mais surprise ! Le pugilat attendra car on remonte le temps en assistant à chaque réveillon passé en compagnie de nos quatre trublions. Toute la décennie 90 y passe. On ne comprend rien au début, puis les fils de l’intrigue se dénouent progressivement. Cette chronologie à rebours ressemble à la méthode pointilliste : on a une vue d’ensemble et les détails s’accumulent au fur et à mesure qu’on y prête plus d’attention. Le procédé s’avère diaboliquement bien mené et réserve son lot d’imprévus et d’émotions : on passe de la poilade entre copains aux disputes en passant par les malentendus, les non-dits… La mise en scène fluide de Virginie Lemoine, qui va à l’essentiel avec peu de moyens, gère ces saynètes avec entrain.

Chanter pour accepter l’autre et soi-même
Les jolies chansons aux paroles futées de Stéphane Corbin alternent gravité et légèreté. Elles prônent surtout la tolérance. Lorsque Valérie Zaccomer évoque les ravages des années sida en donnant de sa voix, on a la chair de poule. Ou encore lorsqu’Alexandre Faitrouni se lance sans fard dans une chanson dénonçant le rejet homophobe au cours des différents âges de la vie. Le couple qu’il forme avec Fabian Richard (son personnage d’Espagnol viril qui a du mal à vivre son homosexualité est très convaincant) sur le plateau n’est jamais racoleur : au contraire, leur complicité éclate à travers des gestes discrets de tendresse, des regards, des sourires. Le véritable message de 31, au-delà d’être une belle histoire d’amitié, se joue sans doute ici : apprendre à accepter qui l’on est ne va pas forcément de soi mais à partir du moment où l’on ose verbaliser ses émotions, la bulle éclate dans un ouf de soulagement.

On abordait 31 l’esprit léger. On en ressort un peu mouvementés, surpris d’une telle finesse d’écriture alors qu’on s’attendait seulement à une comédie musicale sympathique. Comme quoi, le théâtre est bien le lieu de tous les possibles. ♥ ♥ ♥ ♥

31 de Gaétan Borg et Stéphane Laporte. M.E.S de Virginie Lemoine. Studio des Champs-Élysées. 01 53 23 99 19. 1h40.

© Anthony Klein

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