Dénicher de nouveaux talents reste l’une des grandes joies du théâtre. Le jeune Eugène Marcuse, première année de conservatoire seulement, est l’une de ces pépites inédites. Dans la petite salle du Poche, il illumine le plateau d’une fièvre de loup déchaîné dans La Nuit juste avant les forêts. Koltès aurait sans doute approuvé le choix de ce comédien très engagé dans sa gestuelle et dans son regard.

Pas de prénom, aucune identité. Seulement le statut d’« étranger ». Il pleut dehors, les vêtements sont gorgés d’eau, les mouvements sont entravés. Dans cet environnement hostile et lugubre, un jeune homme recherche désespérément un contact, une main tendue pour briser une pesante solitude. Tout l’enjeu ici est de parvenir à nouer un dialogue, qui n’arrivera jamais d’ailleurs puisque l’adresse restera lettre morte.

La Nuit juste avant les forêts traduit une urgence : une seule phrase déroulée sur soixante pages. Apnée à la lecture. La pièce de Koltès est sans concession, d’une grande violence. On assiste au monologue d’une âme rageuse, en souffrance qui rejette un système dont elle se trouve à la marge. Inutile de le cacher, le texte est ardu : le dramaturge n’a jamais été un adepte de la facilité malgré des mots finalement très quotidiens.

Quasimodo écorché
Sur scène, on attend de voir ce que peut dégager celui à qui incombe la lourde tâche de s’envelopper dans les haillons de ce miséreux à la verve facile. Eugène Marcuse relève le défi haut la main. En s’installant dans la salle, on le remarque immédiatement. Il a l’air possédé : il transpire le mal-être. Quand il prend la parole, on est attiré par cette voix loin d’être harmonieuse, un peu écorchée. Entouré par des carreaux transparents, le comédien ressemble à Quasimodo : il disloque son corps à l’envi, araignée humaine aussi terrifiante qu’émouvante. On peut décrocher rapidement du texte mais Marcuse nous ramène toujours sur les rails par sa présence. Il ira loin. Jean-Pierre Garnier, qui le dirige avec assurance, a eu du flair.       ♥ ♥ ♥

LA NUIT JUSTE AVANT LES FORÊTS de Bernard-Marie Koltès. M.E.S de Jean-Pierre Garnier. Théâtre de Poche. 01 45 44 50 21. 1h15

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