S’aventurer dans l’écriture d’une pièce historique peut vite se révéler fatal. Daniel Colas se casse les dents en portant sur les planches l’accession au trône du jeune François Ier dans La Louve. Sous l’angle revendiqué de la comédie, ce spectacle à forte visée politique s’égare dans une vulgarité. Attention, la soirée est loin d’être désagréable mais le registre lourdement paillard gâche les réflexions pertinentes sur la condition de la femme. La plupart du temps enfermés dans la caricature, les comédiens semblent projetés dans un boulevard de la Renaissance interminable. Béatrice Agenin tire heureusement son épingle du jeu en redoutable intrigante.

L’Histoire a retenu de François Ier une jeunesse impétueuse et gouvernée par les sens charnels. Un Dom Juan vigoureux et insatiable. Daniel Colas a concentré l’intrigue de La Louve sur ce moment de bascule décisif : celui où le futur roi de France s’empare du trône à la suite d’un concours d’heureuses circonstances et de l’intelligence sans faille de sa mère. Sur le papier, l’idée est alléchante ; sur scène, on déchante. Dans ses notes d’intention, l’auteur-metteur souligne l’alternance de propos parfois légers, parfois « graves ». Rectification : La Louve se résume à 90% de blagues sexuelles pénibles dignes du pire Bigard (si au bout de ces deux heures trente on n’a pas compris que le plus grand roi de la Renaissance bande comme un âne…). On reste un peu sans voix devant tant de balourdise. Le problème majeur provient de cette absence de concordance entre une visée clairement politique (comment accéder au pouvoir alors que l’on n’est pas la premier dans la succession ?) et une tonalité « comique » omniprésente qui vient balayer les enjeux pourtant majeurs du texte.

Femmes déchirées
Les femmes ont un statut spécial ici : elles sont soit victimes de la goujaterie cruelle des hommes à l’instar de la pauvre reine Claude (touchante Maud Baecker) boiteuse et laide mais dévouée ou de la reine Marie (lumineuse Coralie Audret), folle amoureuse de son amant Suffolk (Adrien Melin, si fougueux)  mais prisonnière de son mari Louis XII, impuissant et débile. Louise de Savoie, la fameuse Louve, tire les ficelles avec humour et ambition, fermeté et hypocrisie. C’est le personnage le plus abouti et il faut avouer que Béatrice Agenin nage comme une anguille dans l’eau dans ce marécage rempli de flatteurs. Elle concentre les regards et le pauvre Gaël Giraudeau passe à la trappe, énervant queutard (mais le rôle est écrit ainsi). Il est si mal exploité ! Quel dommage.

Niveau scénographie, minimum syndical. On hésite entre le kitsch (intermèdes musicaux dignes d’un Era de supermarché) et l’ambiance d’alcôve avec les chandelles. L’accent est davantage porté sur les beaux costumes d’époque de Jean-Daniel Vuillermoz, qui suffisent à planter le décor.

En somme, cette Louve manque de sanglant. Faute de trancher entre caricature assumée et historisation théâtrale, Daniel Colas livre une pièce brinquebalante qui gère mal ses tournants dramatiques au profit d’un surlignage comique outrancier. ♥

LA LOUVE de Daniel Colas. M.E.S de l’auteur. Théâtre La Bruyère. 01 48 74 76 99. 2h30 (avec entracte)

© Lot

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