2016 sourit à Gaston Leroux… en chansons ! Alors que Le Fantôme de l’opéra débarquera en grande pompe à Mogador début octobre, le petit Théâtre si sympathique de la Huchette accueille dans ses locaux bien plus modestes La Poupée sanglante. En ces temps coutumiers de disette estivale, cette adaptation rafraîchissante signée Didier Bailly et Éric Chantelauze fait salle comble tous les soirs. Et c’est mérité ! Avec deux francs six sous et un décor réduit au strict minimum, le trio de choc fait des étincelles. On chantonne, on frisonne, on rigole en chœur.

Paris. 1923. Sur l’Île Saint-Louis, un mystère agite la populace : de jeunes femmes disparaissent à la suite sans laisser de traces. Fiancée à Jacques, un scientifique prometteur, la belle Christine semble volage. Son voisin Bénédict, difforme de naissance, brûle d’amour en secret pour elle. Leur union sera-t-elle possible ?

Avec La Poupée sanglante, on se replonge assurément dans le roman-feuilleton en vogue au siècle d’Eugène Sue. Chacun y trouvera son compte : histoire d’amour impossible entre la belle et la bête ; thriller angoissant ; chansons d’antan tellement titi ; réflexion scientifique sur l’homme démiurge et l’automate ; roman fantastique avec vampires et cie ; parodie de films d’action… Les rebondissements s’enchaînent sans répit et la minuscule scène n’autorise aucun égarement. Tout est bien synchronisé dans une ambiance bon enfant. Il s’agit ici d’un divertissement rocambolesque savoureux et ingénieux : pas besoin d’aller au Châtelet pour savourer une comédie musicale qui se défend comme une lionne.

Petits moyens, maxi efficacité
Trois comédiens seulement. Pour une quinzaine de rôles. Un casse-tête arithmétique demandant une interprétation en béton armé. Nos caméléons-chanteurs se métamorphosent à loisir en vieillard gâteux, en gamin des rues, en commère ou en monstre incompris en un tour de main. Charlotte Ruby se montre mutine et dévouée : Alexandre Jérôme hilarant en marquise hypocondriaque et grave en homme de sciences érudit. Enfin, on a été particulièrement sensible à Édouard Thiébaut : voix de velours et plastique séduisante (il ressemble comme deux gouttes d’eau au charismatique Lambert Wilson), c’est lui qui captive surtout l’attention et semble mener la danse. Il irradie surtout de sensibilité dans le rôle du mal aimé Bénédict. Son numéro inattendu de claquettes en ravira plus d’un ! Didier Bailly les accompagne avec malice et entrain au piano et on se régale !

Paris est une fête et La Poupée sanglante le confirme bel et bien. Une proposition très modeste dans ses moyens mais qui ne se ménage pas. Avec une adaptation haletante et une distribution complice et rodée, cette comédie musicale prouve qu’il n’y a pas besoin d’une pluie de paillettes pour que la magie opère. Et on y prend vite goût ! ♥ ♥ ♥ ♥

LA POUPÉE SANGLANTE de Didier Bailly et Éric Chantelauze, d’après Gaston Leroux. M.E.S d’Éric Chantelauze . Théâtre de la Huchette. 01 46 26 38 99. 1h25.

© Fabienne Rappeneau

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