Pour sa première mise en scène au Français, le sociétaire Gilles David a opté pour La Demande d’emploi de Vinaver. Mais pourquoi, en fait ? L’ancien PDG de Gillette a tenté de fusionner le cadre professionnel d’un entretien d’embauche avec le foyer conjugal d’un homme à la dérive. Mêler l’intimité de la cellule familiale aux humiliations de l’entreprise était audacieux en 1971. Plus en 2016. Tout comme cette écriture hybride et hachée extrêmement compliquée à suivre. Malheureusement, on pique rapidement du nez. La faute, non pas au quatuor toujours très bien dirigé, mais bien davantage à un texte poussif qui se perd dans les méandres d’un lexique technique vite fatigant.

Départ volontaire ou licenciement, on ne saura jamais vraiment. Fage souhaite en tous les cas changer de vie. Un entretien décisif avec Wallace, DRH d’une société innovante, pourrait aboutir à une vie plus palpitante. Si le commercial paraît d’abord sûr de lui, la pugnacité et la sournoiserie de son interrogateur le mettent à rude épreuve. Pauvre Fage ! Chez lui, le temps est aussi à l’orage : son ado Nathalie annonce qu’elle est enceinte (l’avortement reviendra comme un leitmotiv tout au long de la pièce) et sa femme se pique de vouloir travailler ! La bérézina en somme.

On voit très (trop) bien où Vinaver veut nous embarquer : en brouillant les frontières entre les cloisons du foyer et celles du brouillon, le prolixe dramaturge souligne le chaos généralisé qui gouverne notre monde. Comment faire front au travail alors qu’on ne parvient même pas à gérer son chez soi ? En souhaitant valoriser cette poétique du banal et du quotidien, Vinaver aplatit les enjeux de son texte. Le vocabulaire beaucoup trop trivial n’autorise pas d’échappées réellement littéraires et l’ensemble paraît bien plat.

Louis Arène, remonté à bloc
Pour tenter de pallier cet ennui, il faut une mise en scène béton et Gilles David s’en tire plus qu’honorablement. On oubliera ces agaçants fondus au noir entre chaque séquence, qui tendent à robotiser sa proposition. Dans un espace blanc ultra épuré en forme d’angle droit, les quatre comédiens sont impeccables. On apprécie de revoir Louis Arène, sous-exploité cette saison, dans un rôle à contre-emploi : implacable, il titille le malheureux Alain Lenglet (tout en dignité fissurée) avec l’appétit féroce d’un lion trop longtemps retenu en cage. On aime également retrouver Clotilde de Bayser, touchante en mère inquiète et femme au foyer parfaite progressivement ouverte à la voie de l’indépendance. Enfin, Anna Cervinka (au contraire, très exposée cette saison) se prête avec naturel au jeu de l’ado rebelle.

En somme, malgré une interprétation au taquet, une direction d’acteurs éclairée et un travail scénique tout à la fois sobre et déchaîné, cette Demande d’emploi bâtit d’un texte faible et peu  palpitant. Dommage. ♥

LA DEMANDE D’EMPLOI de Michel Vinaver. M.E.S de Gilles David. Comédie-Française. 01 44 58 15 15. 1h25

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