Radio, télé, théâtre… Depuis deux ans, Vincent Dedienne s’est rapidement imposé comme un pilier incontournable du PAF. Après une longue tournée, il se pose pour quelques dates à l’Atelier, histoire de contenter des fans de plus en plus nombreux. Avec sa frimousse à croquer, ce cousin éloigné de Kiki aux bouclettes noires nous plonge dans un toboggan émotionnel dans S’il se passe quelque chose. Doté d’une hypersensibilité prégnante, le presque trentenaire retrace son parcours avec une pudeur exhibitionniste. Les yeux pétillent à la sortie.

Une voix grave de femme se fait entendre à travers les ondes d’une radio. Le grain évoque Muriel Robin mais à la mention de l’Indochine, on comprend qu’il s’agit de Marguerite Duras. L’auteur de L’Amant revient sur l’impossible pratique de l’autoportrait, son inexistence fondamentale. C’est donc un défi que se lance Vincent Dedienne, celui de tracer un chemin de soi à travers le seul en scène (il n’aime pas trop l’étiquette du one man show…). Exercice périlleux mais pas impossible.

Tout commence par une histoire d’adoption : le petit Pamplemou a été abandonné par ses parents et tente de se raccrocher à la branche d’un arbre peu solide… La forme du conte désamorce tout pathos et initie le ton si particulier du spectacle : à fleur de peau et drama queen. Polymorphe, il passe de la conseillère Pôle Emploi bitchy et bécasse au vendeur de jeux psychorigide sans oublier le prof de diction snob et pédant et la mamie comédienne qui perd doucement mais sûrement la boule. On vous avait prévenus, c’est les montagnes russes des sentiments ici.

Kiki au théâtre
Sans lorgner vers Tonton Freud, S’il se passe quelque chose semble conçu comme un exutoire : transformer la solitude heureuse du petit garçon et de l’ado de Mâcon (célèbre pour son andouillette et son salon international de camping) en expérience à partager. L’envie folle de faire du théâtre survient dès sept ans grâce à une VHS mettant en scène Muriel Robin, confortée par un premier spectacle à quatorze ans puis par son entrée à la majorité à la Comédie de Saint-Étienne. Le jeune Vincent veut transmettre aux autres, faire rire son auditoire, compenser peut-être l’inconnu biologique par la certitude de retrouver tous les soir un public qui l’aime et qui l’encourage.

Avec Vincent Dedienne, introspection délirante et quête intime et touchante de soi font bon ménage. Une certaine élégance dans l’humour. Un artiste qui gravit tranquillement les chemins jusqu’au sommet sans prendre le melon. Piquant et frais comme un pamplemousse, son spectacle démontre qu’on peut émouvoir tout en ne se privant d’aucune folie. Salutaire. ♥ ♥ ♥ ♥

VINCENT DEDIENNE : S’IL SE PASSE QUELQUE CHOSE de Vincent Dedienne, Juliette Chaigneau, Mélanie Lemoine et François Rollin. M.E.S de Juliette Chaigneau et François Rollin. Théâtre de l’Atelier. 01 46 06 49 24. 1h35.

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