Hasard du calendrier. Tandis que Florian Zeller patauge dans la grande salle du Théâtre de Paris avec L’Envers du décor, un petit bijou de comédie sentimentale épate salle Réjane. Difficile de rivaliser avec le génie Woody Allen… Stéphane Hillel restitue avec beaucoup de malice et d’intelligence l’humour si caustique du cinéaste dans Maris et femmes. Dans ce méli-mélo choral, les relations conjugales s’entrecroisent jusqu’au vertige, se déchirent puis se rabibochent grâce à l’abattage redoutable d’une belle distribution, Florence Pernel en tête.

Le couple obsède Woody Allen : ses failles, ses paradoxes, ses complications et surtout ses drôleries. Maris et femmes s’inscrit dans cette mouvance et décortique les aléas de l’amour sans jamais s’appesantir dans des exposés indigestes. Sally et Jack ont une grande nouvelle à annoncer à leurs amis Jodie et Gabe : ils ont décidé de se quitter à l’amiable. Coup de tonnerre au sein du quatuor. Cette séparation en douceur pousse insidieusement l’autre couple à se remettre en question : sont-ils vraiment heureux malgré les apparences ?

De ce noyau dur prêt à éclater, s’agrègent d’autres atomes également un peu paumés dans leur horizon amoureux. Comme toujours chez Woody Allen, les étoiles se regroupent en constellations dans des scènes chorales confondantes d’authenticité. En l’occurrence, sept New-Yorkais constituent la Pléiade de cette comédie : Rainer, une étudiante croqueuse d’hommes va faire succomber Gabe, son prof d’écriture ; Michael, le collègue de Jodie va s’enticher de la frigide Sally et Sam, une prof d’aérobic un peu cruche va donner un coup de fouet au quinqua Jack.

Constellation comique
Sur scène, Stéphane Hillel capture avec un entrain fou les égarements du cœur et de l’esprit de nos. Les répliques et les bons mots fusent pour notre plus grand bonheur. Tous les comédiens (sauf Alka Balbir, beaucoup trop artificielle dans son rôle de jeune groupie) se montrent complices et l’alternance des duos, voire des groupes, occasionne un dynamisme appréciable dans les échanges, sans temps mort. On retrouve avec plaisir José Paul, un habitué des comédies dans le privé, qui retombe sur ses pattes en prof de littérature mégalo et lâche et surtout Florence Pernel, royale en psychorigide chic qui se demande dans un passage culte si son mari est un renard ou un hérisson pendant qu’elle essaye de prendre son pied avec son prétendant… Elle mène la danse sans conteste.

Dans un joli décor graphique et épuré évoquant des gratte-ciel de BD, on passe une soirée réjouissante sur un thème certes rabattu mais tellement bien décortiqué par Allen et si bien interprété qu’il serait dommage de s’en priver ! ♥ ♥ ♥ ♥

MARIS  ET FEMMES d’après Woody Allen. M.E.S de Stéphane Hillel. Théâtre de Paris. 01 42 80 01 81. 1h25.

© Céline Nieszawer

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