Un petit coup de barre à l’approche de Noël ? Une envie de s’aérer l’esprit avec loufoquerie ? Alors direction le Rond-Point pour la nouvelle création de Pierre Guillois. Après son fantastique Le Gros, La Vache et le Mainate, le barbu à lunettes s’est lancé un nouveau défi avec Bigre. Aventure à trois totalement muette, cet ovni théâtral met le public à ses pieds. On adhère, on adore !

Qui n’a jamais connu cette situation ? Jeune étudiant sans le sou, vous avez sans aucun doute expérimenté les chambres de bonne aussi étroites qu’un mouchoir de poche et les toilettes communes. Partant d’un canevas quotidien, Pierre Guillois a imaginé une déconnade urbaine sous les toits en compagnie de trois âmes solitaires pas très bien dans leur pas. Le décor astucieux, imbriquant trois mini-espaces sur une même ligne, caractérisent avec goût les univers de nos paumés. Côté jardin, une chambre immaculée high-tech pour notre geek control-freak. Au milieu, le capharnaüm de monsieur bordélique et côté cour, la pièce proprette et bien agencée de notre étudiante en médecine pas très douée. Pas grand chose en commun donc, si ce n’est de se croiser souvent sur le pallier.

Les voisins d’abord
À travers cette promiscuité, les rapprochements s’opèrent tout comme les mesquineries et les grandes histoires d’amitié. Sacré pari de se passer du verbe pour incarner cette odyssée du dernier étage ! La magie du met opère sous nos yeux ébaubis. Mais pour que l’illusion fonctionne, la dramaturgie doit être en béton armé. Et il faut bien avouer que l’on reste scotché devant ce sens parfait des enchaînements et cette mécanique comique impeccablement huilée. Tout paraît couler de source, aucun droit à l’erreur quand on vise à faire rire. Un rien est prétexte à pouffer, qu’il s’agisse d’un moustique chassé de chambre en chambre, d’une soupe de poils, d’un lapin gambadant, de sous-vêtements aériens ou d’un karaoké en allemand.

Aucun fléchissement pendant une heure trente ; l’ouragan des zygomatiques s’abat avec la constance régulière d’un coucou. Il faut dire que les trois compères ne sont pas pour rien dans le succès de l’entreprise. On se régale de nouveau avec l’incomparable Olivier Martin-Salvan, nounours aux rugissements aigus ; Pierre Guillois décroche sans conteste la palme du loser attachant et Agathe L’Huillier apporte une touche girly chipie plutôt délectable.

Quel casse-tête finalement de parvenir à restituer toute la saveur drolatique de Bigre ! Il faut le voir pour le croire et dans ce cas, ne perdez pas une minute et filez réserver tant qu’il reste des places… On prédit un carton bien mérité à cette petite pépite. ♥ ♥ ♥ ♥

BIGRE de Pierre Guillois. M.E.S de l’auteur. Théâtre du Rond-Point. 01 44 95 98 21. 1h30

© Pascal Pérennec

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