Le jeune Nicolas Candoni dépoussière Peer Gynt de ses oripeaux enchanteurs pour ancrer son adaptation raccourcie dans une poétique de l’intime et du questionnement identitaire. Au Théâtre de Belleville, la pièce-fleuve d’Ibsen s’épanouit dans une contemporanéité rafraîchissante malgré un manque de finesse parfois.

Peer Gynt est un jeune homme avec des rêves plein la tête. Et beaucoup d’ambition. Son aura sera aussi glorieuse que Barack Obama ou Brad Pitt. Rien de moins. Pas le choix quand on est confronté à la pauvreté que de se bâtir des châteaux en Espagne… Prisonnier dans un taudis en compagnie d’une mère malade, le petit voyou se complaît dans le mensonge jusqu’au jour où il décide de concrétiser son imagination démente. Entre voyage initiatique, déconvenues, découverte de l’amour et misérable naufrage de la vieillesse, notre anti-héros en aura vu de toutes les couleurs.

Nature et découverte
Nicolas Candoni a résolument adopté le parti d’une transposition moderne en se focalisant sur la quête d’identité du rôle principal. Pas de merveilleux ici mais un ancrage dans le réel particulièrement visible. Les trolls se transforment en secte dirigée par un gourou fêlé ; les hommes d’affaires deviennent des traders de Wall Street et on rencontre même des prostituées et des stripteaseuses dans un peep-show. Si l’ensemble se révèle plutôt cohérent, on regrettera parfois des effets faciles (les billets de banque en l’air ; de la fumée on ne sait trop pourquoi ; des grains de polystyrène pour la neige) et une certaine vulgarité dans le choix des adaptations. En parlant d’adaptation, force est de constater que cette version allégée souffre quelquefois d’un manque de liant entre les différents épisodes qui nous font passer trop rapidement du coq à l’âne. Difficile parfois de s’y retrouver…

Concernant la direction d’acteurs, soulignons d’emblée l’excellent pari de Nicolas Candoni de s’être distribué dans le rôle-titre. Déjà, son physique d’éternel adolescent, un peu chétif, lui permet de s’approprier avec justesse cet état d’entre-deux, d’homme-enfant façon Peter Pan. Présent dans la quasi totalité des scènes, il tient son jeu à la baguette. Le reste de la distribution (globalement très jeune) s’avère prometteuse mais les instants les plus touchants se réalisent en compagnie de Coralie Russier, Solveig pure et dévouée l’accompagnant jusque dans la montagne abrupte, et de Catherine Hirsch, mère courage débordant d’amour pour son fils malgré ses airs désespérés.

Si le Peer Gynt de Nicolas Candoni possède les défauts de la jeunesse (effets racoleurs et illustratifs), sa version met aussi en valeur ses qualités :  une troupe jeune et dynamique, investie et passionnée avec un sens concret du collectif. ♥ ♥ ♥

PEER GYNT d’Henrik Ibsen. M.E.S de Nicolas Candoni.Théâtre de Belleville. 01 48 06 72 34. 2h.

© Sarah Desti

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