Le très chic opéra Bastille s’offre une virée ensoleillée à la campagne en reprogrammant L’Elisir d’amore de Donizetti. La rustique espièglerie signée Laurent Pelly propulse la star Roberto Alagna dans un registre inattendu, celui du clown-paysan hilarant. Ambiance dolce vita et bal musette à tout va pour cette forme légère et distrayante.

Dans un village basque, le simplet Nemorino se consume d’amour pour Adina, belle fermière orgueilleuse et érudite. Rejeté sans vergogne, le malheureux broie du noir lorsque qu’un mystérieux élixir inspiré de la légende de Tristan et Iseult pourrait renverser la vapeur. Impossible de laisser passer l’occasion lorsqu’un escroc dénommé Dulcamara arrive en ville avec le soi-disant remède…

Bottes de foin
De ce « melodramma giocoso », Laurent Pelly restitue toute la verve italienne, piquante et pétillante. Les décors champêtres et festifs impressionnants de Chantal Thomas alimentent l’esprit bon enfant. Cette folle gaîté se répercute jusque dans la gestuelle cartoonesque des interprète, Roberto Alagna.

Cinquante ans au compteur et quelle souplesse ! Tel un cabri incontrôlable, le ténor gambade parmi les bottes de foin, se roule par terre ou se moque gentiment de ses partenaires avec un sens de l’autodérision salutaire. Avec son borsalino, sa salopette et son marcel, la vedette casse son image de gendre parfait en s’octroyant une vivifiante cure de jouvence. Le public retient son souffle lorsqu’il se lance dans l’air culte «Une lagrima furtiva » sous une pluie d’étoiles mélancolique, dans la pénombre. À ses côtés, Aleksandra Kurzak fait des étincelles dans le rôle d’Adina. Compagne sur scène et à la ville d’Alagna, la soprano s’amuse en coquette capricieuse et volage. La complicité des deux tourtereaux éclate dans la chaleur du sud, surtout lorsqu’ils jouent sans cesse au jeu du chat et de la souris

.Ambrogio Maestri, imposante carrure, se régale en bonimenteur vénal dans sa caravane d’Ali Baba tandis que Marlo Cassi campe Belcore, le rival ridicule, sergent pas bien imposant.

Résolument populaire, cette version solaire de L’Elisir d’amore saura combler les néophytes comme les aficionados. Enfourchez vos Vespa et lancez-vous sans hésiter dans cette course-poursuite haletante et joyeuse. ♥ ♥ ♥

L’ELISIR D’AMORE de Gaetano Donizetti. M.E.S de Laurent Pelly. Opéra Bastille. 08 92 89 90 90. 2h45 (avec entracte)

© Roh/Catherine Ashmore

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