Après avoir dompté le vent et la glace, Phia Ménard se lance à la conquête de l’eau et de la féminité dans Belle d’Hier. Au Théâtre de la Ville, la circassienne s’emploie à défiger les assignations millénaires liées à la représentation de la femme dans une performance aussi bien fascinante que fumeuse. Une expérience purement cognitive déconcertante et finalement décevante.

Dans un congélateur géant, un commando s’affaire : durant trente minutes, des costumes de druidesses d’un autre âge sont plantés face au public dans une danse carrée. Silhouettes inquiétantes et givrées, la chaleur ambiante leur fera perdre progressivement de leur superbe.

Le décor est planté et Phia Ménard cherche incontestablement à intriguer. Pari réussi avec ce préambule interminable (la moitié du spectacle tout de même) censé symboliser la survivance antédiluvienne de la soumission féminine. Enfermées dans leur carcan rigide, entravées dans leurs mouvements, ces poupées XXL sans âme guettent leurs libératrices.

Popeye en robes
Cinq cousines de Cendrillon, une fois débarrassées de leur combinaison informe, viennent alors à la rescousse en déshabillant leurs ancêtres inanimées. En leur arrachant la peau, elles accomplissent un retour aux origines ultra physique. Dans un défilé de sceaux et de poubelles, elles se lancent, essorent, piétinent et suspendent ces robes antiques.

À travers ce rituel mécanique trop répétitif, la plasticienne entend reconfigurer la place de la femme dans la société en la présentant comme une superhéroïne increvable aux gros biscoteaux. Méditation en miroir de son propre parcours d’homme métamorphosé en femme, Belle d’Hier ne s’encombre pas vraiment d’une quelconque subtilité. Il n’est pas sûr que la valorisation de la femme soit atteinte en montrant des amazones qui se tuent à la tâche avec cette lessive puissance dix même si l’on comprend rapidement que Phia Ménard entend déconstruire les préjugés en poussant à l’absurde ces tâches ménagères.

Devant cet ovni, une sensation d’inaboutissement s’impose, l’impression de s’être fait avoir sur la marchandise. La première scène démesurément étirée s’avère symptomatique de cet effet de remplissage. Si la durée peut parvenir à faire émerger un sentiment de hors-temps, il convient de ne pas en abuser. Une fois le grand nettoyage accompli, reste évidemment une mise à nu littérale et des rires de ménades-succubes glaçants. Un geste effroyablement cynique pour une libération loin d’être joyeuse…

Concernant les prouesses techniques aquatiques, la déception pointe aussi le bout de son nez. Exceptée une jolie cascade de gouttes provenant des vêtements qui sèchent sur leur cintre, on reste diablement sur sa faim. Et que dire de cette fin renvoyant à la matrice féminine esquissée par le symbole bien lourdaud de la grotte ?

En voulant ainsi associer l’eau et la femme (thème ultra rabattu au passage), Phia Ménard livre une performance trop premier degré pour offrir une véritable prise de recul et un appel à la réflexion. Même au niveau plastique, Belle d’Hier ne décolle jamais et si les femmes prennent le pouvoir, elles ne le font pas finement. Malgré une démarche salutaire et violente, la catharsis s’effectue avec de trop gros sabots pour soulever l’adhésion… ♥

BELLE D’HIER de Phia Ménard. M.E.S de l’auteur. Théâtre de la Ville. 01 42 74 22 77. 1h.

© Jean-Luc Beaujault

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