Préparez-vous à miauler à Mogador ! Cats sort ses griffes et renaît de ses cendres près de trente ans après sa création française au Théâtre de Paris. Sous l’impulsion de Nicolas Nebot et Ludovic-Alexandre Vidal, l’adaptation hexagonale du musical culte s’avère menée tambour battant par une troupe échevelée de plus de trente artistes grimés en félins aussi taquins que solennels. Une version délicieusement surannée et qui assume son côté kitsch tout en présentant de graves lacunes au niveau du livret.

Adapté de poèmes pour enfants de T.S Elliot, Cats transpose sur le mode animalier la parabole chrétienne de l’ascension à travers une épreuve vocale préfigurant Star Academy : une quinzaine de matous doit convaincre le vieux sage Deutéromone afin d’avoir le privilège d’accéder au paradis des chats, la Jellicosphère. D’entrée de jeu, des crispations se forment car l’intrigue ne possède aucune évolution dramatique et stagne désespérément.

Composée de numéros quasi exclusivement présentatifs et nullement dramatiques, Cats se contente d’enchaîner les portraits félins, classés en fonction de leur métier (conducteur de train, rappeur ou pirate…), sans prendre la peine de développer une réelle histoire. Résultat, les trous sont remplis avec des chansons pour la plupart anecdotiques à part celle entêtante des Jellicles et « Ma vie », traduction plutôt maligne du tube « Memory », interprétée par une poignante Prisca Demarez.

Entrechats
Si Cats pêche par un livret bien faible, il se rattrape au niveau de ses chorégraphies époustouflantes et rigoureusement millimétrées. Véritable prouesse technique, ce musical enchaîne les sauts, les pointes et les acrobaties dans des numéros purement dansés à couper le souffle. Bien plus prenantes que les chansons gadget, les performances corporelles frisent la perfection; orchestrées avec brio par Chrissie Cartwright. La scénographie immersive d’Alan Walker, représentant une décharge aux dimensions de nos charmantes bestioles, facilite leurs multiples cabrioles.

Le coup de poker surgit à la fin avec le meilleur morceau du show,« Le Magistral Mister Mistoffelees », joué avec un facétieux panache par Axel Alvarez, superbe dans son costume moulant pailleté noir. Incarnant le chat-magicien, le danseur évolue dans un cadre multicolore festif et se dépense sans compter dans une série de pirouettes vertigineuses.

Incontestablement, Cats a mal vieilli avec tous ces synthés métalliques, son esthétique très marquée eighties (avec des coiffures choucroutées rappelant Cindy Lauper et Bonnie Tyler…) et son côté old school un brin artificiel. N’empêche, le divertissement en vaut la chandelle et puisque le kitsch semble assumé, aucune raison de s’en priver ! ♥ ♥ ♥

CATS d’Andrew Lloyd Webber. M.E.S de Trevor Nunn. Théâtre Mogador. 01 53 33 45 30. 2h40.

© Brinkhoff/Mögenburg/RUG

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