Comment concilier la foi chrétienne et l’épanouissement amoureux lorsque l’on est homosexuel ? Bill C. Davis tente de résoudre ce problème épineux dans Les Vœux du Cœur au Théâtre La Bruyère. Après L’Affrontement, le dramaturge américain prolonge la dialectique du cœur et de l’esprit dans une pièce brûlante d’actualité, au sujet grave mais traité sur un mode loin d’être pesant par Anne Bourgeois. La metteur en scène se distingue par une direction d’acteurs au cordeau permettant de faire oublier une scénographie hasardeuse et ringarde.

Brian et Tom filent le parfait amour et aimeraient officialiser leur union à l’Église. Bien que progressiste, le Père Raymond ne peut approuver ce mariage « contre-nature ». Quand Irène, la sœur de Brian, s’immisce dans la partie, le prêtre vacille et voit ses certitudes s’écrouler…

Dans ce chassé-croisé amoureux, Bill C. Davis développe un art de la casuistique plutôt vertigineux où le libre-arbitre se confronte constamment à l’obéissance aux lois divines. Répondant aux codes du genre américains, Les Vœux du Cœur dégouline parfois de bons sentiments mais les propos touchent par leur point d’ancrage en résonance avec le monde d’aujourd’hui.

Quatre points cardinaux
Les polémiques entourant le mariage pour tous n’ont pas encore suscité beaucoup d’intérêt sur les planches. En sociologue avisé, l’auteur peint un quatuor de portraits délicatement ciselés, pas du tout manichéens. La grande force de cette version française repose sur l’alchimie qu’a su créer Anne Bourgeois entre les acteurs en exploitant pertinemment leur configuration et leur dynamique.

Davy Sardou et Julien Alluguette se complètent à merveille dans les rôles des apprentis mariés. Le premier délivre toujours autant de sensibilité dans son jeu en homme rongé par le doute tandis que le second impose sa plastique de rêve en tête brûlée fougueuse et tenace. Bruno Madinier est crédible en prêtre victime de crise de foi et s’ouvrant aux plaisirs de l’amour tandis que Julie Debazac apporte un vent de féminité bienvenu en séductrice fonceuse.

Leur complémentarité illumine la mise en scène, un peu plombée par un rapport à l’espace balbutiant et artificiel. Les vidéos préhistoriques de Sébastien Sidaner évoquent un jeu vidéo des années 80 tandis que la bande-son de Jacques Cassard ressemble à une fusion entre Era et une boum cheap. Cette volonté de coller au réel n’apporte rien à la représentation ; à la limite, quelques éléments de décor basiques auraient suffi, contrebalancés par le talent des quatre interprètes. Malgré ces quelques réserves, Les Vœux du Cœur pousse à la réflexion et entremêle habilement divertissement léger et débats d’aujourd’hui. ♥ ♥ ♥

LES VŒUX DU CŒUR de Bill C. Davis. M.E.S d’Anne Bourgeois. Théâtre La Bruyère. 01 48 74 76 99. 1h40.

© Lot

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